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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 09:33

Les quinquae viae (les 5 voies) sont des voies pour accéder à l'existence de Dieu par la raison. Elles sont développées par Saint Thomas d'Aquin dans la Somme théologique, Ière partie, question 2, article 3 : « Dieu existe-t-il ? »

 

La méthode pour remonter à Dieu par la raison se résume à trois points : par mode de causalité (il est la cause de ce monde), par mode de négation, c’est-à-dire en niant en lui ce qui est limite en nous (par exemple : Dieu n'est pas matériel, mortel, localisé etc.), et par mode d'éminence, en affirmant qu'il existe en lui éminemment ce qui est qualitatif en nous (par exemple : Dieu est amour, intelligence, puissance.)

 

Saint Thomas n'avait aucunement pour but de prouver l'existence de Dieu ; en effet, s'adressant à des étudiants en théologie (c'est-à-dire des frères prêcheurs, des prêtres, etc...), il n'y avait aucune intention de leur prouver l'existence de Dieu, car elle était évidente. L'intention de Saint Thomas était plutôt de montrer que l'on pouvait accéder à Dieu avec la raison naturelle en partant de ce que l'on constate du monde. C'est pourquoi ce ne sont pas des preuves, mais des voies.

 

Les trois premières voies sont de la même nature, elles évoquent une régression infinie et désignent Dieu pour y mettre fin. Elles ne sont que des manières différentes de dire la même chose. La quatrième est un argument de degré ou le sommet de la perfection ne peut être que Dieu. La dernière voie et un argument du dessein qui nécessite un ordonateur qui ne peut être que Dieu.

 

 

  • La voie par le mouvement

 

« La première voie. Il est évident, nos sens nous l'attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or, tout ce qui se meut est mû par un autre. En effet, rien ne se meut qu'autant qu'il est en puissance par rapport au terme de son mouvement, tandis qu'au contraire, ce qui meut le fait pour autant qu'il est en acte; car mouvoir, c'est faire passer de la puissance à l'acte, et rien ne peut être amené à l'acte autrement que par un être en acte, comme un corps chaud en acte, tel le feu, rend chaud en acte le bois qui était auparavant chaud en puissance, et par là il le meut et l'altère. Or il n'est pas possible que le même être, envisagé sous le même rapport, soit à la fois en acte et en puissance; il ne le peut que sous des rapports divers; par exemple, ce qui est chaud en acte ne peut pas être en même temps chaud en puissance; mais il est, en même temps, froid en puissance. Il est donc impossible que sous le même rapport et de la même manière quelque chose soit à la fois mouvant et mû, c'est-à-dire qu'il se meuve lui-même. Il faut donc que tout ce qui se meut soit mû par un autre. Donc, si la chose qui meut est mue elle-même, il faut qu'elle aussi soit mue par une autre, et celle-ci par une autre encore. Or, on ne peut ainsi continuer à l'infini, car dans ce cas il n'y aurait pas de moteur premier, et il s'ensuivrait qu'il n'y aurait pas non plus d'autres moteurs, car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu'ils sont mûs par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s'il est mû par la main. Donc il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c'est Dieu. »

 

L'origine de cette preuve remonte à Aristote. Les choses sont constamment en mouvement, or il est nécessaire qu'il y ait une cause motrice à tout mouvement. Afin de ne pas remonter d'une cause motrice à une autre, il faut reconnaître l'existence d'un Premier moteur non mû : c'est Dieu.

 

 

  • La voie par la causalité efficiente

 

« La seconde voie. Nous constatons, à observer les choses sensibles, qu'il y a un ordre entre les causes efficientes; mais ce qui ne se trouve pas et qui n'est pas possible, c'est qu'une chose soit la cause efficiente d'elle-même, ce qui la supposerait antérieure à elle-même, chose impossible. Or, il n'est pas possible non plus qu'on remonte à l'infini dans les causes efficientes; car, parmi toutes les causes efficientes ordonnées entre elles, la première est cause des intermédiaires et les intermédiaires sont causes du dernier terme, que ces intermédiaires soient nombreux ou qu'il n'y en ait qu'un seul. D'autre part, supprimez la cause, vous supprimez aussi l'effet. Donc, s'il n'y a pas de premier, dans l'ordre des causes efficientes, il n'y aura ni dernier ni intermédiaire. Mais si l'on devait monter à l'infini dans la série des causes efficientes, il n'y aurait pas de cause première; en conséquence, il n'y aurait ni effet dernier, ni cause efficiente intermédiaire, ce qui est évidemment faux. Il faut donc nécessairement affirmer qu'il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu. »

 

(ex ratione causae efficientis) Nous observons un enchaînement de causes à effet dans la nature, or il est impossible de remonter de causes à causes à l'infini ; il faut nécessairement une Cause Première : c'est Dieu.

 

 

  • La voie par la contingence

 

« La troisième voie se prend du possible et du nécessaire, et la voici. Parmi les choses, nous en trouvons qui peuvent être et ne pas être ; la preuve, c'est que certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent, ont la possibilité d'exister et de ne pas exister. Mais il est impossible que tout ce qui est de telle nature existe toujours; car ce qui peut ne pas exister n'existe pas à un certain moment. Si donc tout peut ne pas exister, à un moment donné, rien n'a existé. Or, si c'était vrai, maintenant encore rien n'existerait; car ce qui n'existe pas ne commence à exister que par quelque chose qui existe. Donc, s'il n'y a eu aucun être, il a été impossible que rien commençât d'exister, et ainsi, aujourd'hui, il n'y aurait rien, ce qu'on voit être faux. Donc, tous les êtres ne sont pas seulement possibles, et il y a du nécessaire dans les choses. Or, tout ce qui est nécessaire, ou bien tire sa nécessité d'ailleurs, ou bien non. Et il n'est pas possible d'aller à l'infini dans la série des nécessaires ayant une cause de leur nécessité, pas plus que pour les causes efficientes, comme on vient de le prouver. On est donc contraint d'affirmer l'existence d'un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d'ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l'on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu. »

 

Il y a dans l'univers des choses nécessaires qui n'ont pas en elles-mêmes le fondement de leur nécessité. Il faut donc un Être par Lui-même nécessaire qui est Dieu.

 

 

  • La voie par les degrés des êtres

 

« La quatrième voie procède des degrés que l'on trouve dans les choses. On voit en effet dans les choses du plus ou moins bon, du plus ou moins vrai, du plus ou moins noble, etc. Or, une qualité est attribuée en plus ou en moins à des choses diverses selon leur proximité différente à l'égard de la chose en laquelle cette qualité est réalisée au suprême degré; par exemple, on dira plus chaud ce qui se rapproche davantage de ce qui est superlativement chaud. Il y a donc quelque chose qui est souverainement vrai, souverainement bon, souverainement noble, et par conséquent aussi souverainement être, car, comme le fait voir Aristote dans la Métaphysique, le plus haut degré du vrai coïncide avec le plus haut degré de l'être. D'autre part, ce qui est au sommet de la perfection dans un genre donné, est cause de cette même perfection en tous ceux qui appartiennent à ce genre: ainsi le feu, qui est superlativement chaud, est cause de la chaleur de tout ce qui est chaud, comme il est dit au même livre. Il y a donc un être qui est, pour tous les êtres, cause d'être, de bonté et de toute perfection. C'est lui que nous appelons Dieu. »

 

C'est une preuve reprise de Platon, qui a remarqué qu'il y a des perfections dans les choses (bien, beau, amour, etc.) mais à des degrés différents. Or il faut nécessairement qu'il y ait un Être qui possède ces perfections à un degré maximum, puisque dans la nature toutes les perfections sont limités.

 

 

  • La voie par l'ordre du monde

 

« La cinquième voie est tirée du gouvernement des choses. Nous voyons que des êtres privés de connaissance, comme les corps naturels, agissent en vue d'une fin, ce qui nous est manifesté par le fait que, toujours ou le plus souvent, ils agissent de la même manière, de façon à réaliser le meilleur; il est donc clair que ce n'est pas par hasard, mais en vertu d'une intention qu'ils parviennent à leur fin. Or, ce qui est privé de connaissance ne peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et intelligent, comme la flèche par l'archer. Il y a donc un être intelligent par lequel toutes choses naturelles sont ordonnées à leur fin, et cet être, c'est lui que nous appelons Dieu. »

 

On observe un ordre dans la nature : l'œil est ordonné à la vue, le poumon à la respiration, etc. Or à tout ordre il faut une intelligence qui le commande. Cette Intelligence ordinatrice est celle de Dieu.

Source :

Commentaire de Dominique :

 

Chacun aura la liberté d'accorder Sa définition du Dieu évoqué par Thomas d'Aquin.

Pour ma part, mon Dieu n'est pas à l'image du "grand barbu sur son nuage rose" des catholiques.

Mon Dieu est Conscience - Energie.

Quoi qu'il en soit une Intelligence est nécessaire pour expliquer l'Univers, n'en déplaise aux athées adorateurs de Jacques MONOD

Le biologiste Jacques MONOD de l’Institut Pasteur de Paris, membre du Parti Communiste français, (Prix Nobel de médecine en 1965) concluait dans son ouvrage « Le hasard et la nécessité » en 1970, voici déjà 46 ans : « L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres ».

Il ne pouvait pas y avoir plus forte expression à l’époque pour imposer l’idée que la vie soit apparue « par hasard » !

Et pourtant… Jacques Monod se trompait affreusement.

Qu'il en soit ainsi.

Aujourd'hui 8 juillet 2017 j'ai été amené à connaître un homme extraordinaire. Un professeur de l'université de Dakar, Abdou Ndao, venu spécialement dans la région pour défendre l'implantation d'un projet "pharaonique" (exploitation de zirconium dans le sable des dunes d'Abéné...).

Contrat d'ors et déjà signé avec une multinationale sino-australienne. Contractuellement le Sénégal recevra 10% des subsides (autant dire les miettes), mais en fait selon un rapport officiel sénégalais, rendu public sur internet, vu que les dites sociétés sont enregistrées à Hong-Kong, il faudra se passer de leurs impôts sur les revenus ! En définitive : revenus 00 pour le Sénégal.

Le zirconium est un minerai presque aussi cher que le diamant, il est utilisé dans de très nombreuses industries dont le nucléaire. Autant dire que c'est un minerai très prisé et vu sa rareté on comprend mieux son prix très élevé sur le marché mondial. Si les sénégalais possèdent une véritable montagne d'or, c'est sûr que, comme pour d'autres Nations africaines, les sénégalais ne bénéficieront pas de la moindre trace. En conséquence que diront les générations suivantes à leurs pères ?

Cette réserve qui dort dans les sables des dunes qui protègent la mangrove est une valeur sûre. Elle ne peut que prendre de la valeur en dormant où elle se trouve. Puisque vous dites "avoir le temps" vous les amis africains, pourquoi céder aujourd'hui ce trésor à l'étranger, puisque vous n'en retirerez que des miettes ? Je ne parlerai même pas de l'état du site lorsque les exploitants, ces messieurs de la multinationale, en auront fini et auront décampé. Je ne parlerai même pas des conséquences écologiques et humaines que les "pilleurs" laisseront derrière eux. Comme cela se voit partout chez leurs prédécesseurs en pareille matière : depuis presque un siècle que ces multinationales sans vergogne puisent les ressources minières à hautes plus-values des nations pauvres de la Planète.  

Amis sénégalais, laissez dormir ce trésor pour l'instant. Laissez le devenir encore plus vital pour les sociétés industrielles. Laissez monter les enchères en fonction de l'adage : "ce qui est rare est cher" ! 

En attendant organisez-vous, réfléchissez, formez vos futurs cadres et un jour, peut-être, vos enfants auront trouvé la meilleure technologie pour "extraire" eux-mêmes ce minerai "à la petite cuillère" dans le respect total des populations, de l'environnement mais surtout au profit de tous les sénégalais. Car les sommes en question sont colossales. Qu'elles vous profitent à 100% serait moral.

Ne partagez pas avec des étrangers le produit de ce trésor qui appartient à vos enfants.

Mais attention les contrats d'exploitation sont signés...

Il ne m'appartient pas ici de donner la solution pour s'en défaire... Car c'est sûr il y en a une et UNE seule. 

Donc ce professeur va implanter, avec d'autres partenaires sénégalais, une Ecole des Sciences Sociales  Appliquées en Basse Casamance, j'ai déjà l'intention d'y inscrire le fils de mon épouse dès novembre prochain : suivre le lien www.essabc.com

Je voudrai saluer cet homme de conviction en copiant ci-dessous un texte de son site, car il décrit la culture animiste Diola, qui a une vision limpide du Dieu créateur de tout.

Etant moi-même marié à une femme Diola, je pense que ce texte qui évoque le Dieu animiste des Diolas est bien d'à propos dans cet article à la suite de saint Thomas d'Aquin sur l'existence de Dieu. 

 

RELIGION ET RELIGIOSITÉ DIOLA : DE PUISSANTS LEVIERS

POUR L’ACTION SOCIALE.

Dingass Diedhiou, Sociologue, Canada
Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue, Sénégal
Matar Ndour, Photographe, Sénégal

" Comme dans toutes les sociétés africaines, la société traditionnelle Diola est fondamentalement animiste et, en son sein, baigne une atmosphère de potentialités mystiques dont l’axe tournante principale gravite autour de la notion de «forces vitales» dont parlait Lucien Lévy-Bruhl dans son classique publiée il y a plus de 106 ans, Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures («sociétés inférieures» sic !). Si le système social des Diolas est égalitaire, les «forces vitales» qui peuplent l’univers de cette société sont disposées en chaîne verticale et, selon les circonstances du moment, capables de se déplacer, de se réjouir, de s’énerver, de crier, de pleurer ou de chanter. Certaines de ces forces naissent, meurent et renaissent dans un cycle de vie sans fin tandis que d’autres sont statiques et éternelles. Au sommet de celles-ci trône, seul et tout puissant, Ata-Émit Dieu et, en dessous, les fétiches uki’in (singulierboeki’n) ou génies délégués, puis les ancêtres morts, les vivants, les animaux et, enfin, les plantes et les cendres.

 

Dieu Ata-émit est Ata sembé, c’est-à-dire la force des forces, la force suprême, la puissance surnaturelle, ce qui est à la fois incréé et créateur de tout, celui qui – comme le disent les Diolas eux-mêmes –celui qui commande la «pluie qui pleut» (Émitaï veut dire, à la fois,«pluie» et «Dieu unique» en langue Diola). On doit à Ata émit la création des quatre principaux éléments de la vie que sont l’air, l’eau, la terre, le feu. On Lui doit aussi la création de l’univers, de la vie, de la mort, des ancêtres, des uki’n, des planètes, de la forme du cosmos, bref de tout ce qui est. Tous ces êtres qui peuplent l’univers des Diolas ont été créés de sa propre main pour la vie et il les a ordonnés de telle manière que leur dynamique, solidaire, soit un cycle de vie sans fin dont il a lui-même fixé, une fois pour toute, et les mécanismes internes et l’orientation finale.

 

Le Dieu suprême, Dieu unique des Diolas monothéistes, ne se préoccupe ni de ce qui est bon ni de ce qui est mauvais. Ce qui est bon et ce qui est mauvais est du ressort des uki’in «génies intermédiaires» qui dominent le panthéon de l’imaginaire des Diolas. La vocation ontologique des uki’n est, à la fois, de parachever l’œuvre du créateur unique et de veiller au respect de l’ordre cosmique fondé par Ata sembé. Comme chez les Kulin d’Australie, les autochtones d’Amérique, les Héréro, les Tshi, les Ewé et les Yorouba d’Afrique de l’ouest, une fois l’œuvre de création achevée, Ata émit le créateur édicte des lois et s’éloigne de la terre, laissant les forces intermédiaires qu’il a créés le soin prolonger son immuable œuvre dont elles n’ont pas la possibilité de modifier ni la trajectoire ni la destinée finale.

 

Puisqu’il ne parle jamais directement aux hommes une fois son œuvre achevée, Ata émit passe toujours par ces forces pour rappeler à tout le monde les obligations communautaires indispensables pour assurer l’équilibre cosmique. Les prophètes-messagers qui pullulent dans l’histoire du pays Diola, femmes ou hommes toujours choisis au sein de leur communauté, sont rarement des enfants. Ils reçoivent le message céleste par le moyen des songes, des rêves et divers autres signes que seuls les plus anciens peuvent interpréter.

 

En effet, dès qu’une personne est «possédée» par une force vitale qui l’utilise pour transmettre un message à la communauté, aussitôt commence pour elle un cycle de comportements hors du commun (transes, voies d’outre tombes, apparitions mystérieuses, visions surnaturelles, etc.). La rumeur sur la sacralité de ce messager et se répand dans tout le pays Diola et, vers elles, affluent des milliers et des milliers de «fidèles» qui viennent prier et recevoir la révélation ainsi que les «commandements divins» qui s’y rattachent.

 

Cette personne devient automatiquement un mythe, une légende. Elle est adulée, adorée, sanctifiée et des sacrifices sont organisés dans tous les villages pour exhausser les prières qu’elle recommande à sa communauté. Ainsi en était-il du roi Sihalébé Diatta dont le corps gît en sarcophage au Musée de l’homme à Paris mais, surtout, d’Aline Sitoé Diatta morte en 1943 à Tombouctou, au Mali, et qui ordonnait à son peuple le refus catégorique de toute activité imposée par les colons français (rejet de la culture de l’arachide au détriment de celle du riz, refus de payer l’impôt en espèces ou en nature et du recrutements/enrôlements à la guerre) et engagea celui-ci sur le chemin de la résistance.

 

Notre enquête en pays Diola révèle que pour ces gens-là, les uki’n sont des créatures invisibles et, pour reprendre une expression Diola courante, des «choses de la brousse» aussi courtes que les pygmées de la forêt équatoriale et aussi agiles que les méchants bagoune, créatures mystiques dont la fonction est de tuer les innocents.

 

Les uki’n sont mâles ou femelles, se marient entre eux, font des enfants, divorcent et se remarient, exactement comme les humains. Toutefois, ils sont différents des humains et leur univers à part est formé d’entités hiérarchisées selon la puissance et le pouvoir mystérieux que la société confère à chacune de ces forces. Un boeki’n qui traite d’un meurtre n’est pas le même que celui qui s’occupe d’un vol. Le boeki’in qui s’occupe des conflits liés à la terre n’est pas, non plus, le même que celui qui oblige un créancier à s’acquitter de sa dette. Certains ukiins’ occupent spécifiquement des problèmes relatifs aux femmes, d’autres aux hommes ou aux enfants. Il y a des uki’n messagers qui reçoivent plaintes et confessions pour lesquelles ils prononcent des sentences irrévocables tandis que d’autres sont chargés de rendre gorge, de punir les coupables de fautes graves, pour ainsi protéger la société contre les mésaventures humaines. Certains uki’in sont bons et dociles, d’autres mauvais, acariâtres et agressifs selon leur humeur et la nature des problèmes pour lesquels ils interviennent.

 

Les uki’n Diola sont hiérarchisés en uki’n communautaires, claniques, familiaux et individuels. A chaque niveau sur cette longue hiérarchie verticalo-horizontale correspond un boeki’in qui joue un rôle communautaire spécifique sous l’œil attentif de Maan le roi mystique. Ce dernier est, à la fois, maître féticheur et gardien du temple au nom duquel il détient, en zone Huluf du Kassa en particulier, le plus grand boeki’n appelé Elinkiney. C’est parce qu’il est le détenteur de ce puissant boeki’n que Maan a aussi un droit de regard sur la quinzaine d’uki’n secondaires qui organisent et régulent, sous son œil bienveillant, la vie sociale de ses «sujets» sur lesquels, rappelons-le, son pouvoir est atemporel s’arrête à la porte du sacerdoce qu’il offre à tous.

 

Après le grand boeki’n Elinkiney, le royaume huluf dispose d’un autre boeki’n appelé Diëghëghën’dey qu’on trouve dans chaque village et qui est, en quelque sorte, le second plus grand fétiche de ce terroir où il est structuré en «Diëghëghën’dey fédéral» et en «ughëghëndey locaux» qui sont de véritables structurales religieuses vassales du grand Diëghëghën’dey central. Puis viennent dans l’ordre, le boeki’n de la confession appelé Elun au village de Djiiwant et dont le rôle est de recevoir les confessions des meurtriers et de tous ceux qui, au hasard de leurs chemins, ont vu de leurs yeux un cadavre humain. Innocent ou non, chaque Diola doit se confesser au vue d’un cadavre mort, sous peine de recevoir de lourdes sanctions des uki’n qui protègent la communauté contre les meurtres et les actes criminels.

 

Le beoki’n appelé Hulem, qui est la forme centralisée des uki’n claniques appelés Éloung, a non seulement pour rôle principal de sanctionner et de punir les coupables mais, également, de prévenir les délits de vendetta, les meurtres et les suicides en milieu Diola. Par la confession publique obligatoire et les sanctions appropriées en cas d’infortune, il joue dans l’univers symbolique des Diolas les mêmes fonctions de justicier et de purificateur des âmes souillées par le sang humain.

 

Quant au fétiche de la circoncision appelé Ebilë, il régit, par les confessions, les libations et les offrandes que les Diolas font chaque fois qu’ils se croient en faute, les interdits sexuels et les règles du mariage ainsi que les relations domestiques et de genre qui séparent et unissent en même temps l’univers des symboliques hommes et des femmes. D’autres uki’n existent qui sont beaucoup plus centrés sur la chance et la quête du bonheur. Font partie de cesuki’n, le Hufiila, fétiche familial ou individuel souvent planté aux abords des concessions et pour lesquels les Diolas prient pour avoir plus de chance quand ils voyagent, quand les enfants passent un examen ou traversent une rivière dangereuse.

 

Également, il existe des uki’n dédiés à la protection des humains tels que le Huben et le Hunii (tonnerre, en langue Diola) qui sont souvent sous l’apanage des femmes qui les plantent, en toisons fourchus de feuilles de rôniers et de plumes d’oiseaux tressées, aux croisements des sentiers afin d’implorer un hivernage pluvieux, des rizières plus fertiles et une protection contre les attaques des criquets, les maladies du riz, le vol, etc. On peut mentionner aussi Kalafum le uki’n du mariage, Kuhulun ? le uki’n spécifique des forgerons mais aussi de libation à l’arrivée d’un nouveau-né et à l’occasion d’un décès et d’un décès brutal inexpliqué. On peut citer enfin (et notre répertoire de ce complexe panthéon est loin d’être exhaustif), Kataf le uki’n qui honore la bravoure des hommes valeureux et qui sert de lieu de sanctuaire lorsqu’on se prépare à aller à la chasse ou à la guerre, etc.

 

Tous ces puissants uki’n qui peuplent la religion et l’univers symbolique des Diolas sont de puissants et efficaces instruments de régulation sociale interne d’une société traditionnelle dont la cohésion, la discipline, la bravoure et le courage des membres sont légion en Afrique de l’ouest. Pour tout dire, les uki’n sont au cœur de la religion Diola et, dans la vie profane, ils sont des régulateurs de conduites d’une exceptionnelle efficacité sociale.

 

Si notre pays, le Sénégal, était tout Diola dans son âme et qu’il plantait, çà et là sur ses artères encombrés par l’indiscipline et l’insouciance collective, les symboles du fétiche Élinkiney avec interdiction formelle – sous peine d’une lourde sanction imposée par ce puissant boeki’n – de ne faire ni demi-tour ni de rouler en sens inverse, imaginons-nous comment fluide aiderions-nous la circulation sur nos nouvelles autoroutes.

 

Nous parlons de la religion Diola et de ses vertus politico-sociales mais à travers les Diolas proprement dit, nous parlons de toute l’Afrique noire contemporaine. Cette Afrique-là a besoin de se réconcilier avec elle-même et avec ses propres traditions millénaires dont l’abandon progressif l’a porté à se perdre au milieu de la jungle où elle ne sait plus dans quelle direction elle doit aller. Puissent tous ceux qui l’aiment si fort et croient en elle l’aider à se remettre sur ses propres pieds " !!!! 

 Source : www.essabc.com

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  • : Araka Nui autour du monde
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  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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