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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 20:39

 

 

Mercredi  21 octobre 2009 :

    Après réunion au sommet, je réussis à convaincre les instances dirigeantes qu’il serait plus sage que je ramène Araka Nui au mouillage initial de KOUBA pour un grand nombre de raisons.

 

    A ½ heure de l’heure limite de la marée haute de coefficient 103, j’obtiens le feu vert d’exécuter seul avec Olivier ce déplacement. Il s’agit de sortir du bolong le plus délicat et ceci la veille du départ de l’équipe.

   

    Comme j’avais essayé de le faire admettre : si le bateau s’échoue à marée haute avec un coefficient de 103, on peut envisager de planter la tente et attendre un mois une autre marée aussi importante… pour dégager vers la civilisation !

Au pire, je dirai : égoïstement  cette éventualité ne me gêne pas !

 

    Ce qui pouvait donc se produire, se produisit  et contre toute attente, seul avec Olivier, nous nous échouons à marée haute par un coefficient de 103…

 La marée commence à descendre. De deux choses l’une, où je réussis à me dégager en y mettant le paquet ou bien on y reste un mois !

    Je mets les machines sur le pont en sciant en arrière : un coup à Bd un coup à Tbd. Il s’agit d’un gros avantage du catamaran pour dégager ses dérives de la succion provoquée par la vase. Le temps passe. Olivier s’est mis à l’eau, il parcourt avec l’eau jusqu’à la poitrine l’environnement proche du bateau malgré les gros remous de mes hélices. Je redouble d’attention pour lui. Ses déplacements me donnent une indication précieuse sur les hauteurs d’eau disponibles dans l’eau devenue couleur chocolat. Je reconnais mon erreur. D’une part j’allais trop vite : le bateau s’est trop engagé sur le haut fond et puis je savais qu’il fallait véritablement rentrer dans les branches des palétuviers et j’ai mégoté pour préserver ma peinture de coque…

    A présent, je mets les gaz à fond ça décalamine mes moteurs. C’est déjà ça. Mais il ne faut pas que cette position se prolonge.

    A force d’envoyer à fond en arrière d’un bord et avant toute de l’autre bord, j’arrive à faire bouger mon char d’assaut. C’est gagné. De petits mouvements en petits mouvements la bête finit par s’ébrouer et se dégage en arrière.

    Au préalable, j’avais pensé à disposer les aspirations hautes de réfrigération de mes moteurs en isolant l’aspiration basse des sails-drive. Histoire de ne pas trop remplir mes circuits de boues et de sable…

 

    Je n’hésite plus à engager franchement l’étrave d’Araka Nui dans les branches de palétuviers et au diable la peinture de ma Do. C’est reparti. Cette fois je ne chercherai plus jamais à m’écarter de la trace ultra précise de mon Maxsea.

    C’est promis.

    Demain l’équipe d’ANIMA pourra embarquer l’esprit libéré, le passage très délicat est franchi, la voie est libre.

   

Jeudi  22 octobre 2009 :

    Toutes les cantines médicales, les tentes, les matelas, les bagages, les 300 litres d’eau de pluie de Nioumoune, l’eau minérale et les cantines de gamelles et de nourritures en tout genre sont réembarqués une fois de plus sur la pirogue d’Alouga par l’équipe de Hyacinthe au petit jour et à dos d’homme.

 

    Confiant de ma trace informatique je propose à Hyacinthe de filer devant et de nous laisser seuls. Il hésite un peu, car il n’imagine pas la précision diabolique de notre Maxsea. Il finit par accepter pensant prendre de l’avance.

    Le transit de retour vers la Casamance se passe très bien pour nous.

    Nous descendrons plus vite que prévu. Nous retrouvons le très large marigot de Gambie puis la Casamance aux rives distantes de plus d’un kilomètre.

    Nous arrivons vite au petit bolong de DIOGUE, tout près de l’embouchure du fleuve. C’est  Yves qui prend la barre et négocie le passage. Le goulet est très étroit et depuis la surface rien n’indique qu’il faille raser la langue de sable sur bâbord.

    Aussitôt mouillé nous apprécions la beauté du paysage. Décidemment cette Basse Casamance est exceptionnelle. Les paysages se suivent et ne se ressemblent pas ; pourtant nous retrouvons toujours les mêmes « ingrédients » : palétuviers, cocotiers, manguiers, rôniers, tamaris…

C’est l’ambiance qui fait la différence.

    Ambiance ou pas tout le monde se jette à l’eau. C’est l’heure du bain.

    La pirogue arrive juste avant le coucher du soleil. Il est temps pour l’équipe de monter son camp de base au bord de la rive qui surplombe le bolon sous les cocotiers. Paysage idyllique.

    Les tentes seront montées à la lampe de poche par nuit noire. Je donne un coup de main à Phylomène et Emma qui n’ont jamais monté ces trucs en toile. N’étant pas doué moi-même pour ce genre d’exercice, ma Do dira plus tard : « es-tu sûr de leur avoir monté la sortie avec vue sur le bolong ? » Mauvaise langue.

    Non seulement la tente est bien disposée mais encore c’est une de celle qui tiendra bon lors de la tornade de la nuit suivante !

 

Vendredi  23 octobre 2009 :

    Ce n’est pas tout mais il faut aller au boulot ma Do…

Yves qui dort à bord demande qu’on le débarque pour prendre son petit déjeuner avec son équipe en face du bateau.

    La nuit aura été mouvementée. Un orage nous est passé dessus avec ses vents forts habituels. A chaque fois, la même rengaine, nous replions la moustiquaire et on veille au grain. Le bateau se met en travers du bolon et dérive dangereusement vers la rive avec les pirogues mouillées en bordure. Pour ne rien casser j’opte pour le principe de précaution cher à nos hommes politiques modernes : je lance Volvo et Cie, rien de mieux pour mettre Yves debout.

    Il ne nous sera d’aucune aide. Tout ce raffut n’arrange pas le sommeil de notre hôte qui doit avoir besoin de bonnes nuits réparatrices. Nos opérations « tornades de Casamance » l’auront épuisé.  Ce sont les aléas du bateau. Avec ma Do nous sommes rodés, cela fait parti de nos nuits endiablées quotidiennes…

 

    Après avoir lâché sa mère, Teiva retourne vaquer à ses occupations. Il refuse de faire l’école avec son père. Toutes les malices de ma part n’y changeront rien. Après son film nous prenons le chemin du village.

    Ma Do m’aura donné les grandes lignes d’orientation par VHF pour la rejoindre à la maison de santé.  

    Le chemin est très reposant et relativement court par rapport à tout ce que nous avons déjà connu. Passé le bosquet de notre campement nous accédons au cœur des terres. Une immense lagune dominée par les villages que l’on devine à peine au milieu des hautes futaies de fromagers, rôniers et cocotiers.

    Là, une quantité d’échassiers blancs, noirs, petits et gros s’envolent à notre approche. Au loin, au milieu de ce lac, des équipages de pélicans majestueux nagent à la queue leu-leu. Ils adoptent toujours des figurent de flottille en formation.

 

 N° 28-1C La lagune de Diogué

« La lagune intérieure de Diogué » C

 

    Nous longeons ensuite les rizières et déjà la maison de santé est en vue. Pour ce dernier village de la mission la phase d’approche sera un vrai plaisir.

    Nous croisons des femmes qui se rendent au même point que nous. Celles-ci n’acceptent pas facilement d’être photographiées. Nous sommes en pays musulmans, ici les Diolas catholiques sont minoritaires. En fait la position stratégique de Diogué à l’embouchure de la Casamance profite à une colonie importante de pêcheurs Ghanéens qui viennent exclusivement aux périodes propices pour exploiter les eaux poissonneuses. Leur village rustique et délabré indique leurs conditions de vie précaires.

 

N°28-2 Patients qui rejoignent la case de santé Djogue 

« Patients qui rejoignent la case de santé à travers les rizières »

 

    Avec Teiva nous nous enfonçons dans ce village tout en longueur à la recherche des épiceries que l’on m’a indiqué. Je rencontre pour la première fois des bribes d’hostilité parmi les villageois que nous dérangeons dans leur quotidien.

 

N°28-3 Pose goûter à Djogue 

 « Pose goûter dans la partie de village musulman de Diogué »

  

 

 28-4 La mascotte de Diogué
  « Pélican fétiche déambulant dans le village de DIOGUE »

 

N°28-5 Epicerie et mosquée à Djogue 

  « La mosquée du village de DIOGUE

diffuse des prières à longueur de journée 

dans un environnent sale »

 

    Hyacinthe m’accompagne jusqu’à l’unique boucher du village. C’est bien le premier village que nous rencontrons où une telle échoppe existe. D’ailleurs dans les villages isolés Diolas nous avons acquis le fait qu’il y a très peu de possibilités d’achat alimentaire. Au moins nous savons à quoi nous en tenir…

    L’étalage diffère peu de ce que j’ai connu au Maroc dans ma jeunesse.

Ils n’ont rien d’appétissant ces morceaux de barbaques couverts de mouches dans cet environnement surchauffé et sale.

    Je fais quand même mes emplettes en me disant que je n’en mangerais pas.

    Hyacinthe m’en confie 3 Kgs supplémentaires pour lui mettre au congélateur du bord. Nous mangerons tous cette viande en un ragoût excellent, cuisiné par Néné la cuisinière d’Alouga, pour notre soirée de départ à NIOUMOUNE…

 

 n°28-6 Diogue boucher

  « La boucherie de DIOGUE, les mouches en prime »

 

Samedi 24 octobre 2009 :

    Dans la mesure où l’approche du village depuis le bateau est agréable, nous en profitons avec Teiva pour mettre tous les jours les pieds sous la table avec l’équipe d’ANIMA pour le déjeuner.

    De plus mon artiste retrouve sa mère toujours avec plaisirs.

   

    Nous avions déjà repéré un petit groupe de militaires armés, camouflés sous un arbre, à une encablure de la maison de santé où notre équipe professait.

    Nous apprendrons plus tard que ces militaires avaient été envoyés là pour assurer la sécurité de notre mission. Il est vrai que Diogué a déjà subi depuis 2001, trois attaques et pillages en règles des rebelles. Seul le village de pêcheurs a été pillé de fond en comble en 2004 par les rebelles qui ont emporté quatre grosses pirogues de haute mer chargées de tout ce qui avait été dérobé dans les cases des pauvres pêcheurs.

 

N°28-7 Déjeuner à DIOGUE 

  « Déjeuner sous l’arbre de l’école à DIOGUE

sous la surveillance d’un militaire armé »

 

     Malgré l’invective générale, je sors mon appareil photo en plein repas pour prendre ce militaire qui transporte un lance roquette sur l’épaule, c’est déjà de la « protection lourde ».

 

    Nous visitons l’école qui semble aux premiers abords abandonnée. Il n’en est rien, c’est son allure normale la rentrée scolaire a déjà eu lieu : tôles manquantes sur le toit, pupitres branlants et délabrés, chaleur torride sous les tôles chauffées à blanc. Il y a même la leçon de la veille sur le tableau noir.

 

 

N°28-8 Ecole DIOGUE 

« Teiva, le seul élève de l’école de DIOGUE aujourd’hui »

  

    D’ailleurs l’état de l’école est le même que celui de la maison de santé qui a perdu 10 tôles depuis 2 ans et que personne ne daigne réparer. Le président du Comité Médical osera même dire à Yves : «  l’ONG nous a dit d’attendre qu’ils viennent réparer… ». Et il veut nous faire gober ça ?

    Sans vouloir entrer dans le détail des comptes de ce Comité en ce qui concerne la maison de santé de DIOGUE, j’apprends que la totalité des recettes du précédent passage d’ANIMA a été dilapidée en dépenses extravagantes, fantaisistes et injustifiées, sans aucun rapport avec la maison de santé et contrairement aux règles.

    C’est l’Afrique.

 

   Globalement les recettes que les médecins d’ANIMA ont générées étaient d’environ 240 €, c'est-à-dire une fortune à l’échelle des besoins vitaux du système. Le fait de ne pas avoir « utilisé » cette somme pour la maison de santé conformément aux règles gouvernementales est, à mon sens, un détournement directement dommageable pour les villageois. En effet, les recettes des consultations (0,50 € par patient) doivent être réparties suivant des prérogatives définies par les instances médicales sénégalaises, à savoir 40% pour payer l’agent de santé, le solde étant utilisé pour le fonctionnement et l’entretien de la maison de santé mais principalement pour constituer un stock de médicaments dont la vente permettra ensuite son renouvellement. Depuis presque 10 ans que ce système existe, aucune maison de santé n’est jamais arrivée à se constituer un stock…

    C’est l’Afrique.

 

  Je suis scandalisé par le comportement de cette poignée d’hommes du Comité qui se jouent des conditions sanitaires des villageois.

   A Diogué ils ne disposent même pas de médicament pour soigner le paludisme.

   

   

N-28-C12-Oiseau-.JPG 

 « Oiseau casamançais » C

 

    A côté de la maison de santé de Diogué, une maternité vient d’être inaugurée. C’est une ONG espagnole qui en est à l’origine. Je n’avais jamais vu en Casamance un projet respirant autant l’intelligence de ces concepteurs pour une adaptation fonctionnelle et rationnelle. Au vu de la finition, je suis convaincu que cette ONG a fait surveiller tous les travaux jusqu’à la remise des clefs par un technicien espagnol. C’est signé. C’est un exemple à suivre. En Casamance on ne voit que des bâtiments très mal conçus et  pas réalisés pour durer (les tôles de la toiture de la maison de santé ont été en partie arrachée pour ces raisons).

    Hyacinthe m’expliquais que l’ONG qui a financé les impluviums de NIOUMOUNE a été trompée par l’entrepreneur sénégalais à qui elle avait confié les travaux sans contrôle. Ainsi l’artisan diminuait les proportions de ciment pour augmenter son bénéfice. Conclusion : l’impluvium n’est pas étanche…C’est de la gabegie.

    C’est l’Afrique.

 

    Après ce coup de gueule je m’apprête à prendre congé de vous.

J’espère vous avoir fait participer au mieux cette expérience qu’a été cette mission médicalisée itinérante d’ANIMA d’octobre 2009.

    Je tiens à saluer chaleureusement toutes ces personnes qui dépensent chacune de leur poche plus de 1200 € pour venir réaliser avec l’équipe plus d’un millier de visites médicales en un mois,  donner de leur temps, de leur patience de leur amour à ces villageois qui semblent toujours figés dans leur tradition et qui ne décollent pas vers la modernité malgré tous les efforts fournis.

    Le désirent-ils ?

    En sont-ils capables, sans aide humaine soutenue extérieure ?

    Certains responsables disent qu’il faudrait leur couper les aides financières afin qu’ils se responsabilisent d’eux mêmes. Le Sénégal vit à 80% d’aides extérieures dont une grande partie de la France. Je pense que ce serait une décision catastrophique qui engendrerait même de graves sources de conflits. Sur notre belle planète Terre nous vivons déjà sur une poudrière…en ces époques folles, ça suffit ainsi.

    Pour ma part, je suis convaincu que c’est principalement leur attachement à la tradition animiste que les Diolas, l’ethnie principale présente dans tous les villages de Basse Casamance, qui fait que ces gens demeurent comme ils sont depuis des siècles. Ils sont en phase avec la Nature qui les nourrie, ne possède aucun bien matériel si ce n’est leur troupeau et leur case, s’en contentent et ne se plaignent pas. Ils vivent principalement d’échanges et leurs entrées d’argent sont infinitésimales et irrégulières. Ils cultivent leur riz pour leur consommation familiale, pêchent pour se donner les protéines nécessaires. Mis à part les oignons d’importation, le concentré de tomate et les « jumbo » (magie cube) ils ne consomment pas de légumes. En ce qui concerne les fruits, nous avons constaté que les manguiers et citronniers ce comptent sur les doigts de la main à Nioumoune…c’est maigre pour 3 000 habitants.  

    La grande majorité des Diolas sont également catholiques, au grand désespoir de leur prêtre qui n’arrive pas à faire la liaison entre les cérémonies fétichistes et l’eucharistie !

  

    Par contre, je pense qu’il serait temps de « donner » intelligemment.  

Je m’explique.

    Il convient de responsabiliser et d’intéresser les destinataires des aides. Une technique qui fonctionne consiste à « vendre » à une personne reconnue compétente (sous forme d’un crédit) un projet qu’elle financera par la vente ou la mise en location des services correspondant. L’ouvrage doit être en général subventionné pour offrir un niveau de paiement de service adapté aux capacités de la population. Par exemple un impluvium dont l’eau serait revendu pour assurer l’entretien et le renouvellement par son « propriétaire ». Actuellement cette eau est bien payée en théorie par les villageois mais les revenus incomplets « se perdent dans la nature » et rien ne permet d’assurer l’entretien annuel et encore moins le renouvèlement.

    

 

Photo-28-C13-Jeune-vacher.JPG 

«  Jeune chevrier » C

 

            Après des décennies d’aides aveugles, il serait temps de donner intelligemment.   

    Donner sans suivi c’est bien mais ce n’est pas suffisant en Afrique.

    En donnant aveuglément, on se donne bonne conscience peut être, mais l’aide consentie est éphémère, insuffisante et mal utilisée. Il faut impérativement aller plus loin quand on désire « donner » pour que l’aide profite à un développement tendant vers l’autonomie, sans quoi c’est de toute évidence de l’assistanat que l’on développe. Et ceci est un cadeau empoisonné.

    Pour se faire, il convient d’adjoindre à tout don extérieur un contrôle sérieux avec possibilités de mesures coercitives à l’égard de personnes malveillantes ou contrevenantes. Ceci me paraît important à dire, car actuellement j’ai l’impression que de ce côté il y a une lacune dont les africains savent profiter…voire abuser.

    Du même coup, ils deviennent assistés et dépendants de notre système : ils ne pourront jamais décoller et trouver une autonomie.

    C’est quand même le but à atteindre, si je ne m’abuse !!

    La formation par la coopération est toujours nécessaire au plus haut point avec un accompagnement jusqu’à la réelle responsabilisation des individus.

    Tout est dit, pour aider vraiment ces régions à décoller une bonne fois pour toute, il faut : aider bien sûr mais aussi responsabiliser, intéresser, contrôler, former et accompagner.

Voilà pourquoi, à mon sens, ces pays en voie de développement ne décollent pas : trop d’aides apportées ne répondent pas à l’ensemble de ces critères indissociables.

    Un grand nombre de villageois sont devenus, depuis 30 ou 40 ans que ça dure, « dépendants » des aides internationales. Ils trouvent toujours une nouvelle ONG pour répondre à leurs besoins du moment.

    Au bout d’une génération ça marque forcément les hommes…

 

    Comme cette histoire de la dizaine de puits du « jardin potager villageois » de Cachouane …

    Partout en Casamance, on sait que les puits artésiens doivent être désensablés tous les ans. A chaque nouvelle ONG qui passait s’enquérir des besoins des villageois de Cachouane, il lui était répondu : un puits … évitant du coup le travail de désensablage. L’ONG en question s’empresse alors de le faire la main sur le cœur et convaincue d’avoir « enfin donner de l’eau aux villageois» ! Aujourd’hui il y a près de 9 puits ensablés sur un terrain bien clôturé de 5000 m² et seul le dernier construit en date fourni de l’eau pour arroser ces précieux légumes !  

C’est ça l’Afrique.

    Dans ce même village, une ONG passe avec l’intention d’offrir une bibliothèque. Les négociations sont engagées avec les villageois pour choisir l’emplacement.

A bon escient l’ONG propose la construction à côté de l’école. Non, c’est mieux au bord du bolong…décident les villageois. Qu’à cela ne tienne, les ONG savent qu’il faut tenir compte des souhaits des villageois ! L’argent est remis, les travaux sont bien réalisés.

    Par contre, sans contrôle, les villageois (ils sont moins de 400) ont changé la destination du bâtiment : aujourd’hui c’est une belle « discothèque-maison des jeunes » et l’achat de livres c’est transformé en sonorisation puissante et éclairage de boîte de nuit avec panneaux solaire. Ce qui semble démesuré vu l’état de pauvreté général du village.

C’est ça l’Afrique.

 

 

 28-16-Perroquet-du-Senegal-.JPG

 « Perroquet vert du Sénégal »

 

   En guise de conclusion, j’ajouterai que tout doit être mis en place en urgence pour que ces populations ne pensent pas à tord que Dakar ou l’Europe ce sont des El Dorados. Connaissant leurs espaces de vie, je peux dire qu’ils partent sans le savoir, en enfer, en quittant leurs villages. Même si ici l’isolement, la précarité et la pauvreté relative se font ressentir lourdement.

   Tout doit être mis en œuvre pour que ces populations instruites ou pas restent aux pays dans leurs traditions et leurs racines. Nous devons les aider à développer ou améliorer « leurs traditions et coutumes» en premier lieu et pas nécessairement croire que notre modèle est le bon en les incitant à tendre vers notre exemple de société. Ils le pensent déjà assez d’eux-mêmes.

 

    Je suis convaincu que notre société dite moderne fait fausse route.

Il faut revoir sérieusement notre société de consommation uniquement motivée par le matériel et qui fait abstraction à toute spiritualité nécessaire.

    Je suis convaincu que Dieu est présent dans la Nature ; mais tout  être humain, athée où pas, devrait commencer par se mettre en phase avec les seules lois de la  Nature. Ceci permettrait à l’immense majorité d’entre nous, originaires d’Europe ou d’Amérique du nord, de revoir sérieusement la copie. Tous les curseurs sont au rouge et nous fonçons vers le précipice, voire le point de non retour.

 

    Pendant les quelques 9 années de viticulture pratiquée à Sabran, j’ai pu analyser à quel point notre système agricole était verrouillé par 98% des producteurs et leurs conseillers vers une diminution des prix de vente en augmentant l’industrialisation des cultures et en omettant le respect du vivant.

    L’agriculture biodynamique que j’appliquais sur mes vignes avait des résultats probants en terme de qualité organoleptique et sanitaire de mes raisins. Mais bien sûr ma production étant réduite il me fallait vendre plus cher. Mais quel vin ! C’était un « ali-cament », n’en déplaise aux instances nationales qui réfutent ce terme.

    Je n’insisterai pas sur le résultat des 50 années d’aides agricoles qui ont transformé ces paysans libres et en phase avec les lois de la Nature en fonctionnaires dépendants de systèmes d’aides.

    Et ceux sont toutes ces pratiques que les états soit disant développés veulent exporter pour aider les pays pauvres à décoller ?

    Bizarrement les africains sont toujours vierges, les différentes techniques insufflées n’ont jamais vraiment prises. A leur place je ne prendrai pas pour argent comptant les leçons de ceux qui représentent l’échec. 

 

Photo-28-14-Riziere-au-village-de-BOUN--15-.JPG 

 « Rizière en octobre »

 

    En Afrique de l’ouest, la main d’œuvre importante et pas chère devrait permettre de développer l’agriculture.

    Je suis choqué de découvrir que la Casamance « le grenier du Sénégal » produit globalement très peu de fruits et légumes ou qui sont rachitiques et peu goûteux à quelques exceptions près, parce que ramassés verts. Il est vrai que nous sommes encore à la mauvaise période pour cultiver autre choses que le riz… me dit un Casamançais ! La malnutrition est chose courante. Ce n’est pas normal quand on dispose de terres suffisantes et bénies des dieux autour de soi.

    Je n’ose même pas parler du million d’enfant qui meure de faim chaque année dans le monde.

    Au Sénégal, les médecins constatent des carences dans les populations. Les africains mangent trop peu de légumes. Des ONG essayent d’aider à implanter des « potagers scolaires », c’est tout simplement génial, mais cela à du mal à se généraliser et à se pérenniser.

    Je suis choqué de voir le côté archaïque et aléatoire des cultures. Pour avoir été moi-même vigneron en agriculture biodynamique, je ne suis pas du tout pour une agriculture industrialisée comme l’Europe s’en est faite la championne (et dont elle paiera cher sous peu son erreur, dans la mesure où elle entend l’intensifier pour baisser les coûts face à la crise). Autre débat.      

 

 

    Justement, en Afrique c’est l’occasion de développer une agriculture d’avenir respectueuse de l’environnement mais surtout de la santé de l’Homme.

    Ici, je suis choqué de voir cultiver des légumes en plein soleil. Le soleil d’Afrique directement sur les légumes c’est incompatible. Ici les légumes devraient être placés constamment à mi ombre. C’est le b-a ba. Comme ce n’est pas la tradition ici, on ne le fait pas !

    Pourtant un potager planté avec de nombreux arbustes aux propriétés insecticides dans la partie cultivable et avec en périphérie d’autres espèces plus imposantes, ceux-ci fourniraient la lumière diffuse nécessaire. Certes ce n’est pas un schéma de culture industrielle !

 

 

 N-28-15-Un-potager-modele.JPG

 « Un potager ombragé modèle à Cap Skiring

avec des papayers au milieu des planches de légumes »

 

    (Je vais me proposer de monter un tel potager chez Hyacinthe à Nioumoun).

 

    Par ailleurs, sur le plan économique, il y a sûrement beaucoup à faire en industries légères du côté des énergies renouvelables. Les français qui se plaignent d’une imposition inadmissible auraient beaucoup à faire dans ces pays africains vierges. Certains s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Pour un expatrié il faudrait une première qualité avant de penser réussir en Afrique : avoir une parfaite connaissance de l’esprit africain et l’appliquer.

 

    En Basse Casamance un seul médecin (et un dentiste) suffirait pour couvrir les besoins d’un territoire grand comme plusieurs départements. De plus un tel professionnel de la santé pourrait tirer des revenus supérieurs à la moyenne locale en fonction des tarifs pratiqués actuellement dans les maisons de santé. Pourquoi un jeune médecin  sortant de la Faculté de Médecine de Dakar préfère t-il utiliser son diplôme en France ou ailleurs pour se voir confier des postes sous payés d’internes ?  En proposant un revenu au moins équivalent peut être y aurait il un volontaire ? C’est mathématiquement possible et humainement réalisable.

 

    L’accès à la santé c’est une des premières des libertés que l’Homme doit à ses semblables. Et que l’on ne me pompe pas avec les Droits de l’Homme et du citoyen : du pipo de politique. La réalité est bien plus concrète.

    Après la santé je placerai directement l’alimentation, mais ce n’est pas en arrosant les autochtones de sacs de riz américains que la faim de populations sera enrayées définitivement dans le monde. D’autant plus que les pays donateurs peuvent flancher et abandonner à leurs tristes sorts ceux qui en étaient devenus dépendants.

    Et puis c’est tout de même incroyable de mourir de faim sur une terre cultivable. Si Israël à développé des techniques de cultures en plein désert pour exporter ses produits agricoles dans un marché difficile, l’Afrique n’en est pas là, elle possède malgré tout suffisamment de terres cultivables pour nourrir ses bouches avec des techniques simples et adaptées sans recourir à la mono culture de masse.

    Mais je sais que le handicap africain est ailleurs. La réalité est tout autre. L’Europe impose des barrières douanières infranchissables aux produits agricoles du sud.  Certains des pays riches de l’Union préfèrent envoyer quelques 0,4% de leur PIB, pour se donner bonne conscience, mais en préservant frileusement leurs intérêts : elle y gagne au change !

    En résumé le système est corrompu, on ne nous dit pas tout.

Rien d’étonnant en tout cas que les situations n’évoluent pas dans le bon sens.

 

   

 

N-28-9-Ecole-DIOGUE.JPG 

  « Oui, il y a de quoi se sauver de cette école… »

 

 

N-28-10-Maternite-a-Djogue.JPG 

 « La maternité de Djogué récemment inaugurée »

  

    Mon tour d’horizon et mes impressions suite à cette première mission s’achèvent, il est temps de prendre congé de vous.

    Déjà j’ai plusieurs projets que je vais échafauder en compagnie de Hyacinthe et des chefs de villages.

    Je pense aider à développer l’apiculture sur Nioumoune et lancer dès février une formation avec un spécialiste Diola d’Affiniam. En même temps nous créerons un GIE avec le noyau dur des apiculteurs de Nioumoun et solliciter des petites aides à diverses ONG et le Président du Conseil Régional que j’ai déjà rencontré, pour assurer l’achat de matériel, puis créer un second GIE composé de la cinquantaine d’apiculteurs de toutes les îles Karone, Blisse et Nioumoune avec une très grosse demande d’aide pour créer plusieurs mielleries dispatchées dans les différentes zones afin de perfectionner l’extraction et la mise en pôts. 

    Par ailleurs je prends contact avec des formateurs biodynamistes ; bien entendu je n’imagine pas apporter mon aide dans ce pays vierge autrement qu’en y développant la culture du vivant la seule qui ait de l’avenir. 

    Bref, tout un programme, mais là, c’est une autre question.

 

    Déjà, avec Do, nous savons que nous resterons autour du Sénégal jusqu’à l’hiver prochain, date à laquelle nous traverserons vers Salvador de Bahia au Brésil en passant peut être l’été au le Cap Vert pour échapper à la saison des pluies du Sénégal.

    Mais nous savons aussi que Nioumoun est l’organisatrice en juillet prochain d’une initiation, soit 25 ans après la précédente.

    Un mois de grandes fêtes qu’il nous sera peut être difficile de manquer…

 

    Lundi prochain, l’arrivée de gros coefficients de marée nous incite à aller soulager nos coques couvertes de grosses berniques à CACHOUANE derrière l’île de KARABANE près de l’embouchure de l’Océan.

    C’est l’endroit idéal en Casamance pour caréner, du fait du faible gradient de cette plage de sable dur.

   

 N-28-11-Echouage-a-Kachouane.JPG

 « Serait-ce ma Do qui aurait eu un coup de barre malencontreux ?»
  

    Le temps a passé et en guise d’au revoir, je vous donne un scoop : Araka Nui est enfin libéré de ses berniques, mais pour combien de temps !

 

Tout l’équipage vous dit : KASSOUMAYE,

 

Dominique PRACHERSTORFER,
skipper d’ARAKA NUI                                                                                           

 

Tous les n° de photos suivis d’un « C » proviennent de la collection photographique  de Catherine, infirmière de l’équipe ANIMA.

 


NB : le temps passe très vite et nous voilà déjà en janvier au moment de publier cet article... dans un hôtel civilisé : la Maison Bleue à Cap Skirring.

Le dernier scoop c'est que les berniques  sont à nouveau ENORMES sur nos coques... ce n'est pas grave, on gère la crise.

Le principal : nous sommes actuellement "en vacances" avec Paulette et les tontons, entre la mer et les 2 piscines j'ai espoir que mon Teiva gagne une étoile en natation, ca y est il fait de belles apnées...

 

 Dernier scoop : ma Do vient de recevoir son cadeau de Noël : un superbe appareil photo... du coup c'est votre serviteur qui en sera l'heureux utilisateur et au plus grand plaisirs de nos fidèles lecteurs qui découvriront dès le prochain article en préparation un nouveau format de photos et une qualité extraordinaire, merci aux sponsors Panasonic Leica et Paulette;
Sans oublier mon sponsor à vie : la Marine Nationale que je salue.


La maison Bleue Cap Skirring ,
 

 " Mon futur plongeur démineur à l'exercice...
dans la piscine de la Maison Bleue
à Cap Skirring  "


La mer à Cap Skirring 

 "Mon équipage dans les vagues de l'océan
 sous l'oeil attentif du surveillant de baignade peu commode de l'immense plage de Cap Skirring"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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