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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 11:57

Du 5 au 19 février 2010 :

   La mission humanitaire médicale du docteur Do a pris fin aujourd’hui.

   Nous quittons Bandial à l’extrême limite : les gros coefficients de marée dont nous avions bénéficié il y a 4 jours, pour accéder au village, sont à la baisse. Nous étions passés juste à marée haute grâce à un gros coefficient de 113; aujourd’hui il n’y a plus qu'un coefficient de 69, soit 0,45 m de hauteur d’eau en moins à pleine marée haute… J’appréhende un peu, car je sais que l’endroit très étroit et peu profond rencontré à l’aller pourra nous bloquer pour un mois, jusqu’à la prochaine grande marée et ceci pour seulement quelques centimètres qui manqueraient.

    Cette fois nous abandonnons toute l’équipe d’ANIMA à son sort ; ils prendront la pirogue de Hyacinthe pour rejoindre Ziguinchor.

    Je suggère de prendre la barre exceptionnellement pour regagner la Casamance par ce bolong très étroit, parfois pas plus large que notre barge flottante... Do manoeuvre très bien, mais dans les cas tendus : elle stresse !

Je lui laisse le soin de me guider en faisant le relais entre la trace de notre logiciel de navigation Maxsea, sur l’écran disposé sur la table à carte dans le carré, et le poste de pilotage extérieur. Les puristes de l’informatique pourraient réclamer un second écran devant la barre…Comme je partage l’avis d’Antoine : sur un bateau, tout équipement se trouve dans son état « normal » lorsqu’il est en panne! Donc faisons simple si nous ne voulons pas passer notre temps, si précieux, à nous dépatouiller avec des appareils qui ont retrouvé leur situation « normale ».

     Une fois de plus notre fidèle compagnon « Maxsea » a enregistré la route au ¼ de mètre près et nous permet de nous sauver à temps de ce Paradis désertique qu’est Bandial.

    Non seulement nous passons sans encombre, allégés tout de même des 15 passagers d’ANIMA, mais en prime nous rallions Ziguinchor avant la nuit.

    Nous retrouvons notre mouillage de Ziguinchor, face à l’hôtel Kadiandoumagne et son fabuleux signal de wi-fi qui arrose toute la rade ! Notre antenne wi-fi « américaine » améliorant encore plus le signal : c’est royal de surfer sur le web depuis le bateau !

    Trois jours complets et presque trois nuits sont nécessaires à votre serviteur pour mettre en ligne les 4 derniers articles sur le blog d’Araka Nui.

    Autant vous dire que pour vous faire profiter de nos petites aventures cela me coûte… sans parler des reproches de ma Do : «  et ton fils, il ne t’a pas eu de la journée… !

    Comme il a  déjà été dit au départ, ce journal est une façon de remercier tous ceux qui nous ont aidés de près comme de loin dans l’élaboration du bateau et du grand départ, la famille et les amis.

Ils sont nombreux et nous ne les oublions pas !

    Le blog est mis à jour, il faut passer maintenant à la phase suivante : je dois fignoler la rédaction de ce qui était depuis décembre dernier « la professionnalisation des apiculteurs de Niomoune » pour devenir aujourd’hui le « Projet Diola » comportant 5 volets distincts. Rien que ça.

    Quelques journées seront encore nécessaires pour arriver à réunir toutes mes idées et les retranscrire de façon pédagogique. Ce projet est destiné à tous les bailleurs de fonds installés à Ziguinchor (des Etats-Unis à l'Espagne en passant par la France etc...) pour lesquels je sollicite des financements au nom de Niomoune. Dans ce travail, je me fais aider par ma Do qui est toujours de bons conseils !

    Les jours passent très vite. Nous avons un impératif : Dimanche 14 février nous devons récupérer le formateur apiculteur à Affiniam, Dominique (Nica) COLY, pour l’embarquer une semaine à Niomoune et former nos villageois qui nous attendent de pied ferme.

    Je sais, pour commencer à connaître les us et coutumes en Afrique, que ce n’est pas gagné !

    Les deux derniers jours ouvrables à Ziguinchor seront juste suffisants pour faire la tournée des ONG, du Conseil Régional et surtout une visite éclair du Chef de Centre Régional de l’Hydraulique : Monsieur « Eau Potable en Casamance ».

    Très vite, je découvre un homme de terrain qui connait bien son affaire et me confirme le bien-fondé de mes suggestions.

    Les propositions pour Niomoune dépassent même le seul intérêt de Niomoune et nous décidons que je solliciterai le Président du Conseil Régional pour financer en urgence une étude du projet « réservoir d’eau potable individuel enterré ».

En Casamance, l’eau potable est le grand casse tête et dans les îles c’est carrément le cauchemar. En attendant, les solutions mises en place depuis des décennies sont fuyardes...

Quand on me parle de dessaliniser l’eau de mer, je réponds: ce n’est pas une technologie pour les villages et le prix de cette eau dépasse de loin les possibilités financières des villageois. L’ingénieur de Ziguinchor me le confirme, il a lui-même abandonné l’idée.

Quand on me parle de faire des forages à 80 ou 100 mètres de profondeur, je réponds que tous ceux que j’ai vus fournissaient une eau plus ou moins saumâtre et que les villageois devaient la payer… L’ingénieur me fait comprendre que malgré tout, il faut bien faire quelque chose, alors il va percer des trous pour des sommes colossales (financées par les américains), tout en sachant que le résultat finira toujours plus ou moins rapidement par de l'eau saumâtre !

 

    Je suis parti du principe simple que l’eau du bon Dieu qui tombe en Casamance, 4 mois par an, jusqu’à 1500 millimètres, est potable, non polluée et GRATUITE.

Il suffit de savoir la stocker...
Rassurez vous chers lecteurs, l’Afrique n’a pas attendu que j’arrive !

Depuis de nombreuses années des ONG ont financé de très nombreux impluviums collectifs de 350 M3. L’eau est revendue un tout petit prix pour assurer l’entretien annuel et l’amortissement de l’ouvrage en vue de sa reconstruction 15 ans plus tard.

   Il suffit de voir l’état pitoyable de ces impluviums et de parler avec les utilisateurs pour se rendre compte que ces ouvrages sont fuyards au bout de quelques années seulement et que le paiement aléatoire de l’eau ne suffit même pas à assurer l’entretien !   

    D’où mon idée : plutôt que d’insister à construire de nouveaux impluviums autant installer une citerne enterrée de 5 m3  au niveau de chaque habitation (capacité calculée pour donner l’autonomie en eau potable à une quinzaine de personnes habitant une case pendant les 8 mois de saison sèche).

    Après une petite revue des différents fabricants français sur le web, je découvre que mon idée simpliste au départ était complètement rentable si on intégrait la notion de longévité des deux systèmes. Ce qui est royal, c’est qu’une fois  la citerne individuelle payée par une ONG, l’eau du bon Dieu redevient gratuite !

   Pour que vous ne soyez pas en reste sur les détails, je vous joins le texte du projet de principe. Ambitieux vous me direz ? Peut être, mais réalisable, car j’ai découvert qu’ici les différentes coopérations des pays « riches » possèdent de très gros budgets. Alors on y croit.

     

AUTONOMIE ECONOMIQUE EN MILIEU ENCLAVE

ET

MAINTIEN DE LA CULTURE DIOLA

(îles Petit Kassa, Blisse et Karone)

 

"LE PROJET DIOLA DE PRINCIPE"

Coordonnateur : Dominique PRACHERSTORFER

Tél. 77 78 904 38 ou 77 38 137 61

(Document officiel définitif – Dernière mise à jour : le 8 février 2010)

 

INTRODUCTION

    Une parfaite connaissance de la Nature qui les entoure et le culte qu’ils lui portent ont permis aux DIOLAS de Basse Casamance, comme pour beaucoup d’ethnies d’Afrique de l’Ouest,  de traverser des siècles sans problème de survie.

    Aujourd’hui, aux vues des difficultés grandissantes qu’ils rencontrent nous serions en droit de nous poser la question : est ce que le « modernisme » que nous avons apporté a répondu à leur épanouissement durable ?

    Pour les villageois de Niomoune, de toute évidence la réponse est : non !

    Le village de Niomoune, fort de ses 4 000 habitants, ses 620 élèves scolarisés répartis dans 21 classes jusqu’au collège, est particulier par son isolement et son enclavement durable. Il voit ses fonctions vitales s’amenuiser d’année en année. Il en est de même pour de nombreux autres villages des îles du Petit Kassa, Blisse et Karone.

    Il y a péril à court terme.

Pour tout homme moderne, la question est de savoir : comment peut-on les aider ?

Il serait bon, dans un premier temps de leur poser la question !

Veulent-ils vraiment abandonner leur culture traditionnelle et leur cadre de vie ?

Et si notre système économique ne les intéressait pas ?

 

C’est en écoutant attentivement la préoccupation des sages, qu’il faut admettre que leur attente se résume à peu de choses :

1°)  la préservation des 3 fonctions vitales :

-      l’eau,

-      l’alimentation,

-      la santé.

2°) le maintien de leur culture traditionnelle tout en apportant des solutions durables qui leur permettraient de retrouver une véritable autonomie. Mais surtout préserver leur système d’échange actuel (sans entrer dans un système monétaire prédominant).

Force est de constater que ces attentes sont simples et louables.

Rien d’extraordinaire… et pourtant !

L’eau :

Le manque d’eau douce potable devient un combat de tous les jours dans une région où la saison sèche dure 8 mois. Les 4000 habitants disposent d’un seul puits d’eau douce, distant pour certains de plusieurs kilomètres.

Beaucoup d’interventions d’ONG ont déjà eu lieu sur ce point vital comme la construction d’impluviums collectifs.

Après quelques années ces systèmes sont déjà déficients et le résultat n’est pas concluant pour les villageois ;

Aujourd’hui il demeure un problème majeur :

-      le parcours réalisé régulièrement par les villageois pour apporter l’eau, plus ou moins douce, est inimaginable, même pour un africain citadin, tant l’effort paraît inhumain (1).

L’alimentation :

L’alimentation de base des villageois se compose de riz et de poisson, auxquels s’ajoutent épisodiquement citrons, oranges, mangues et fruits de brousse . Si quelques carences apparaissent pour un très petit nombre, il n’en demeure pas moins que cette alimentation permet aux hommes et aux femmes de travailler dur ;

Aujourd’hui il demeure un problème majeur :

-      le poisson se fait de plus en plus rare dans les bolongs de proximité.

La santé :

Malgré l’aide conséquent de nombreuses ONG depuis des décennies et l’existence d’une organisation de santé mise au service des villageois par l’état ;

Aujourd’hui il demeure un problème majeur :

-      les médicaments ne sont pas toujours disponibles et bien souvent trop onéreux.

(1)  voir en annexe l’enquête : «La quête d’eau douce pour Emma et sa famille d’Essangholou»

 

L’ESPRIT DU PROJET

Ce projet tend à répondre de façon non exhaustive à l’attente des villageois concernés, c'est-à-dire :

Restaurer durablement les 3 fonctions vitales, sans pour autant imposer de système monétaire.

 Pour répondre à cette attente, deux possibilités se présentent :

-      « Parachuter» régulièrement dans la « réserve » le minimum vital : riz, eau et médicaments ; sans traiter les causes. C’est le système de subventions ou aides massives sans fin, qui produit des assistés dépendants dont les exemples ne manquent pas de part le monde.

Ca suffit !

-      Apporter l’autonomie souhaitée.

C’est possible !             

Pour ce faire, il convient de réhabiliter ou d’améliorer les pratiques ancestrales qui ont fait leurs preuves. Donner une priorité pour le développement de métiers existants apportant des sources de revenus à haute plus value, tel que l’apiculture. S’interdire de créer de quelconques besoins monnayables par l’introduction d’un système  d’économie monétaire (paiement de l’eau, factures d’électricité, gaz, carburant, etc…), meilleur système pour créer de nouveaux pauvres dans une population sans argent ou qui en manque cruellement.

 

LES DIFFERENTS VOLETS DU PROJET DIOLA

1°) Des revenus supplémentaires :

Formations à l’apiculture en vue de professionnaliser une quarantaine de pratiquants. Réalisation d’une miellerie  et équipement des apiculteurs dans le cadre d’un GIE.

2°) Maintien de la culture Diola :

Construction d’une case à impluvium à 10 fonctions

(liste ci-dessous). Véritable Case de la Culture Diola.

3°) Autonomie en eau potable :

Autour de cette case à impluvium, installation d’une citerne de stockage d’eau de pluie, individuelle et enterrée, en polyéthylène HD, qui couvrira les besoins d’une famille pendant les 8 mois de saison sèche. Ce système « modèle » de stockage individuel est voué à être reproduit par toutes les cases existantes (avec une adaptation de collecte des eaux pluviales par gouttière).

4°) Une pharmacopée « accessible à tous » :

Développement de la pharmacopée d’Afrique de l’Ouest par la formation, la culture et la collecte de plantes médicinales. Retour à la pratique de la phytothérapie « accessible à tous » en partenariat avec médecins, agents de santé et pratiquants de cette médecine douce.

5°) Garantir la ressource de protéines :

Création d’une aire marine protégée à Nioumoune, véritable réserve halieutique sur le modèle de Bamboung (Siné Saloum) en vue de restaurer la pêche vivrière de proximité.

Mise à disposition d’une pirogue motorisée de pêche au filet (hors zone protégée) sur une période de 5 années.

 

LES MULTIPLES DESTINATIONS DE LA CASE A IMPLUVIUM

DE LA CULTURE DIOLA

DE NIOMOUNE

 

Projet n°1 « des revenus supplémentaires » : 

-      1°) « Miellerie » du GIE des îles Kassa, Blisse et Karonne.

-      2°) « Stockage du miel » des producteurs de l’Appellation d’Origine Contrôlée « A.O.C miel de Casamance ».

-      3°) Assurer un « point de vente » des produits locaux dont le miel de mangrove très réputé et de l’artisanat local.

-      4°) Héberger le « centre pédagogique et de formation d’agro écologie » avec une orientation vers le développement de l’apiculture pour la communauté des îles Petit Kassa, Blisse, Karonne et au-delà…

 Projet n°2 « maintien de la culture Diola » :      

-      5°) Accueil du « musée Diola » situé à l’extérieur (voir dossier complémentaire), mémoire vivante de la culture Diola. 

-      6°) Logement du « conservateur du musée » et sa famille qui fera office de guide assermenté. 

 Projet n°3 « autonomie en eau potable » : 

-      7°) « Case témoin » à impluvium qui fera office de modèle d’habitation traditionnelle autonome en eau potable.

 Projet n°4 «une pharmacopée accessible à tous » :

-      8°) Héberger « l’officine du guérisseur » qui soigne grand nombre de maux par les plantes.

-      9°) « Centre d’études et de pratique de la phytotérapie » en partenariat avec un médecin et les agents de santé.

Projet n°5 « garantir les ressources alimentaires » :  

-      10°) « Centre d’études appliquées » apte à recevoir des intervenants de qualité sur la régénération du milieu halieutique, la préservation de la faune et de la flore.

 

   A présent vous aurez une meilleure idée du contenu de nos « vacances » et peut être que certains de nos lecteurs réviseront l'image qu'ils avaient des aventuriers d'Araka Nui.

 

Vous l’avez compris, à Niomoune, j’attaque un nouveau métier bénévole : apiculteur.

 

Et c’est parti pour mon 13ème métier !

 

Ce sont mes amis Niomounois, qui m’ont dit un jour qu’ils étaient interloqués par tous les sujets aussi divers et variés que je traitais avec eux et dont je précisais toujours pour me justifier : « c’était mon métier… » Pour la première fois donc et en exclusivité je vais énumérer cette liste disparate.    

Dans l’ordre chronologique voici les métiers que j’ai exercé :

Ajusteur, mécanicien diéséliste, plongeur démineur, scaphandrier à casque et travaux sous-marins, instructeur de plongée, plongeur profond par système, électricien, plombier, serrurier, maçon, administrateurs de biens, vigneron et aujourd’hui apiculteur…

 

Dimanche 14 février 2010 :

   Nous sommes bien au RdV à Affiniam depuis 24H00. Je file chez Nica pour bien lui rappeler l’heure d’appareillage du lendemain : il faut respecter la marée descendante si nous voulons être à Niomoune avant la nuit. Ici tous les casamançais connaissent cet impératif. Je passe chez Bacari pour faire le plein de pamplemousses et je découvre des clémentines succulentes. Renseignements pris : il dispose de plants de mandariniers gréffés. Je lui en prends deux pour les replanter chez Hyacinthe à Niomoune.

Le lendemain Nica arrivera 2 heures en retard. Il a fait la fête toute la nuit.

Au final, malgré les 2 moteurs à 2500 tours nous n'arrivons qu'au coucher du soleil à Pointe St Georges. Ma Do suggère de mouiller là pour ne pas passer par nuit noire dans le bolong de Niomoune rempli de filets de pêche.

Il faut dire que la progression aura été houleuse : nous avons essuyé un coup de vent qui nous a offert des bons creux d’un mètre. Nous n’avions encore jamais rencontré une Casamance déchainée. Nica n’a rien vu. Il a dormi tout le trajet dans le cockpit à l’ombre de nos mandariniers…

    Demain, appareillage à l’aube pour être à Niomoune à 9 H00, heure prévue du démarrage de notre formation, où une douzaine d’apiculteurs sélectionnés nous attendent.

    L’honneur est sauf malgré ce petit dérapage nous mouillons à Niomoune à 8H30 à une trentaine de mètre du lieu de la réunion sous l’arbre à palabre.

     D’ailleurs, pour assurer le coup, j’avais remis depuis 3 semaines à chaque participant  une convocation en diola avec l’heure et le lieu : KADIOUKORE ETEKOUETE à SOME. Pierre qui est voisin m’avait bien précisé que cette dénomination était connue de tous et que cela voulait dire : « réunion en face des bateaux du quartier de Sôme ».

    A la différence prêt c’est qu’en réalité ETEKOUETE désigne plutôt « l’endroit où on va faire ses besoins », qui se trouve être face aux bateaux…

Pas bien grave c’est le lieu que j’avais choisi... pour la vue !

    A 9HOO précise, heure suisse, pas âme qui vive.

    A 10H00 je commence à faire chauffer le téléphone portable…

En fait, je me fais dire : « on avait appris que tu n’étais pas arrivé le soir à Niomoune, alors on a pensé que c’était repoussé ».

Il faut en croire que radio tam-tam fonctionne à merveille.

    Bon, passons sur le contre temps, mis à part que notre formateur est là pour 5 jours et que c’est nous qui le rémunèrons (avec l’approbation finale de ma Do). 

    J’ai donc le temps de m’inquiéter du tableau noir que j’avais demandé d’amener sur le lieu de la réunion. Une chose de sûre, il n’est pas là non plus !

    Renseignement pris : c’est le tableau qui a été fabriqué pour Hortense qui enseigne le Diola Fogni aux femmes du village (le Diola parlé sur l'autre rive de la Casamance et incompris par les Diolas du Petit Kassa). En fin de journée j’arrive à mettre la main sur Hortense et plus précisément sur son beau tableau noir que je lui négocie contre une boîte de craies. A ce moment toutes les femmes sortent de la classe et me questionnent sur cette formation à l’apiculture et surtout pourquoi elles n’y ont pas été conviées !

En bon pied noir, je les embobine avec une belle salade et leur propose de désigner une femme. Celle qui se présentera le lendemain à 8HOO, je m’engage à ce qu’elle soit acceptée.

   Notre "tuteur" Ass qui m’accompagne tous les jours, m’aide à porter le monument et nous voilà parti vers mes « chiottes » au bord du bolong. Une fois arrivés, je me choisis le plus bel arbre avec ombre et vue royale sur les bateaux pour installer mon matériel pédagogique !

    Ass qui avait suivi l’épisode des femmes me dit très géné : « Ici, c’est un bois sacré interdit aux femmes ».

Celle-là je ne l’avais pas prévue!

    Sans attendre, nous allons questionner le chef du quartier, Djilo que je connais très bien, un sage qui justement fait parti de la formation. Après avoir fait tourner sa pipe presque 7 fois dans sa bouche il indique à Ass que si la femme fait le tour, passe au bord du bolong et reste assise sur la pirogue renversée : c’est possible !

    Qu’a cela ne tienne, pour qu’une femme participe à la formation je ferai n’importe quoi (en fait je sais que les femmes en Afrique sont bien meilleures gestionnaires que les hommes et de ce groupe je dois dégager les 3 ou 4 qui formeront le GIE, le noyau dur de ce projet).

Du coup, je fixe avec des tendeurs mon tableau à cheval sur les racines du seul arbre proche de ladite pirogue. Mis à part que cet arbre présente ses racines dans le vide d'une falaise de sable rongée par la montée des eaux et que la forte pente gênera l'installation des bancs, ça fera l'affaire !

Sûr que si un étranger passe par là, il prendra le type qui a positionné ce tableau à cet endroit bancal pour un « traumatisé du cigare », alors qu’il y avait un terrain plat juste au dessus pour disposer les bancs.

Je m’en fiche du qu’en dira t-on, j’aurai une femme !

    Mardi, nous avions convenu que tout le monde viendrait pour 8H00.

Bien sûr mes artistes arrivent les uns après les autres à partir de 9H00.

A 9H15, Nica commence son cours sur une magnifique abeille qu’il m’avait demandé de lui dessiner au tableau.

 34-1 Formation apiculteur

« Nica venu spécialement d’Affiniam,

débute la 1ère journée de formation à l’apiculture

destinée aux villageois de Niomoune »


    Petit à petit les curieux nous rejoignent. Nous avions limité volontairement le groupe à 10 personnes. A Niomoune tous les hommes sont plus ou moins « récolteur de miel ». Les ruches traditionnelles sont réalisées dans un tronc de palmier rônier qui ne permet pas d’obtenir un miel de qualité, à cause du mauvais traitement qui s’en suit. Ces ruches sont transmises de père en fils, mais rien sur la connaissance de l'abeille, sinon qu'elle produit du miel délicieux et qu'il est possible pour les téméraires de leur subtiliser la nuit !

Les récolteurs ne possèdent aucune tenue spéciale, ni gants ou bottes. En général ils sont insensibles aux piqures. 

     Nica qui n’en est pas à son coup d’essai, m’embauche pour noter les réponses des villageois sur la série de questions tests qu’il leur pose. Aucun ne sait différencier une ouvrière, d’une reine ou d’un faux bourdon ! Pourtant certains d’entre eux soutirent jusqu’à 200 Kg de miel à ses pauvres abeilles…

    Autant vous dire que l’apprentissage démarre fort et je suis grandement satisfait de l’intérêt porté par nos amis sur cette première phase de ce grand projet.

    Il est 10H00 et je n’ai toujours pas vu arriver « la femme ».

    Ass qui est toujours à mes côté me précise : « je l’ai vue arriver près du bois sacré à 8H00 (elle était la seule à être à l'heure!) puis elle est repartie ». Bien sûr à ce moment j’étais afféré à ma mise en place et la gente féminine est passée dans mon dos.

Je donne consigne à Ass de me la retrouver en lui précisant bien qu’elle a l’autorisation du chef et qu’elle peut emprunter le parcours précité.

    La formation se poursuit, Nica avec son rire communicatif rend son intervention très ludique et tout le monde à les mirettes bien ouvertes, sauf deux anciens qui somnolent…

    Je précise quand même que les participants convoqués sont tous là, à part deux du quartier d’Ouback qui ont une cérémonie de décès. Ici, la tradition est très ancrée et un décès doit  toujours être célébré suivant un rituel précis sur deux jours. J’oubliais aussi Grégoire du quatier d’Essangholou qui est juste venu à 9H00 pour me dire qu’il repartait « en réunion » avec l’ONG qui réalise l’extension de la case de santé dont il est le Président. Malgré tous mes absents excusés notre groupe constitué de curieux supplémentaires fait bonne figure. L’organisateur est heureux !

    A 10H30, c’est bien Hortense que je vois arriver avec plaisir. Il faudra quand même que je lui précise devant le chef qu’elle pouvait s’assoir sur "sa" pirogue retournée. Je m’empresse d’expliquer sa venue. Nica m’avait donné l’idée le matin même en me rappelant : « maintenant les ONG donnent de l’argent que si il y a des femmes dans l’organisation ». Avec un tel argument personne n’a osé discuter.  Hortense était admise.

    Pour des raisons pratiques nous avions convenu de faire journée continue.

Vers 14H00 tout le monde se salue et chacun s’en retourne vers son quartier.

Nica est hébergé chez Maurice le Surveillant du collège. Pour ma part mon restaurant flottant est à 30 mètres.

 

 34-2 Formation apiculteur

 « Mon groupe très studieux découvre tout

sur l’anatomie de l’abeille et

les différentes fonctions de ses organes »

    Le lendemain Nica en bon organisateur passe à la pratique. C’est l’occasion pour moi de relever les plus dégourdis et volontaires, car il s’agit de faire ressortir ceux qui lanceront l’opération à proprement parlé.

    Bien sûr Etienne, le doyen des apiculteurs, sera le chef de file. Il est mon interlocuteur privilégié sur tous les projets que je lui soumets régulièrement. Nous palabrons beaucoup malgré le fait qu'il soit très sollicité. C'est un ancien professeur et j'apprécie particulièrement sa droiture et sa logique. Il fait un sage de poids dans le village. Mais il ne peut pas être seul dans notre GIE !

    Cette seconde journée sera pour moi l’occasion de vérifier l’assiduité de chacun.

    Nica nous a présenté les autres sortes de ruches dites « modernes » dont la Kenyanne qui semble la plus adaptée pour travailler dans les palétuviers de la mangrove. D’ailleurs je lui ai demandé de m’en vendre une pour nous servir de modèle (en vue de les fabriquer nous mêmes). Mais Nica sait qu’à Niomoune il y avait à faire pour ses affaires ! Je comprends pourquoi il m’a fait embarquer 5 autres ruches « pour lui ». Il devra revenir souvent et ainsi il se paiera avec « le miel de ses ruches installées à Niomoune ». J’apprécie l’initiative. 

    Ces ruches étant neuves il a fallu les préparer pour recevoir rapidement un essaim. Pour cela nous apprenons l’enfumage, le collage de languette d’amorce en cire et le badigeonnage intérieur de miel.

 34-3 Enfumage des ruches

 « L'enfumage des ruches keynianes neuves "

 


  34-4 Enfumage des ruches-copie-1

 « Ici même, où ses villageois écoutent pour la première fois            une leçon sur les abeilles, sera l'emplacement de la case à impluvium du projet Diola et bien sûr la miellerie"  

 

 34-5 Formation apiculteur

  « Chacun passera à la pratique, pour coller les languettes de cire "

 

 34-6 Transport des ruches

 « Ici dans les îles, point de véhicules à moteur,

seule la pirogue à pagaie est reine " 

 

La formation se poursuivra sans encombre. Le bon Dieu a exhaussé mes prières pour qu’aucun décès ne vienne frapper de villageois pendant cette semaine de formation.

 Les membres du bureau du GIE seront désignés d’office, sans concertations ni discussions, donc pas très « démocratiquement » entre Etienne, Maurice et moi-même ! Le principal pour moi était d’avoir des personnes fiables pour démarrer le projet… Mea culpa !

 

Etienne qui fait partie des principaux apiculteurs m’annonce qu’il compte débuter sa récolte de miel début mars… C'est-à-dire qu’il faut : un local provisoire, un peu de matériel et puis et puis… la liste est longue.

Je dispose donc de 15 jours, alors qu’il faudrait bien 6 mois pour pareille besogne en Afrique quand on dispose de l’argent nécessaire...

Ca tombe bien je n’ai pas un rond !

Qu’à cela ne tienne. Je lance une souscription sur 4 mois auprès de tout le village. 

Je m’engage à payer 10% d’intérêts à l’échéance (qui sera payé par..., si ma Do accepte le moment venu). Certains ne donneront que dans cet espoir. Bref je récolte 200.000 Fcfa, juste assez pour que ma Do ne m’arrache pas les yeux lorsqu'il a été question des premiers achats de matériels.

Après avoir négocié un accord aux forceps pour obtenir un local provisoire avec les habitants du quartier de Sôme (le seul local en dur existant de tout le village d’après mes connaissances), je découvre par hasard que l’ancienne maternité qui appartient à la mission est vide. Elle dispose en sus d’un sol bétonné, alors que le local de Sôme possède un sol de sable… Délicat pour travailler le miel et sa mise en pot. 

 

Un soir même, je passe 2 H00 chez Luc, le prêtre de Niomoune, pour le dissuader de nous faire un « cadeau » : son ancienne maternité pour 4 mois !

En échange d’une lettre en bonne et due forme (que je lui ai préparée dans la nuit) Etienne notre Président décroche un accord de la mission, après la messe du Dimanche devant un bol de bounouk dans le presbytère. 

Puis tout est allé très vite : Djibril, un apiculteur de Kafountine, nous prête un extracteur.  

Il va sans dire que dans ce parcours du combattant, je suis seul. Mais comme je ne fais pas ça pour avoir des mercis, on s’en fiche. Je sais pertinemment  qu'il faut arriver à montrer du concret, les emmerdes ce n'est pas le menu quotidien d'un Diola. Au fait pourquoi je fais çà ? Figurez-vous que mes amis Niomounois m’ont posé la question. Voici la réponse que je leur ai couchée dans l’introduction du Livre d’Or de la miellerie ouvert en cette circonstance :

LE LIVRE D'OR

« Je vous dis souvent, pour tenter de vous motiver dans l’action :  je veux bien être votre moteur, mais je n’avancerai que si vous y mettez le carburant , c'est-à-dire  si je ressens votre enthousiasme pour avancer vers un but. Dans ce cas je serai capable de développer beaucoup d’énergie pour vous y transporter.

Pour répondre à votre question, du pourquoi je fais cela ?

D’abord, je suis désintéressé par l’argent, c’est l’ingrédient de tous les maux et la ruine de l’Homme !

A Niomoune, en vous écoutant et en vous aimant, j’ai découvert votre système ancestral encore en pratique : l’échange de services dans votre communauté, sans monnaie, et en autonomie économique.

Votre enclavement explique sûrement cela.

Mon aide peut vous conforter dans ce sens. C'est-à-dire, préserver cette aptitude encore vivante, que vous avez su conserver et vous éviter d’entrer dans un système monétaire qui serait votre perte en créant de nouveaux pauvres.

Le plan ambitieux du projet Diola va exclusivement dans le sens de vous permettre de conserver une autonomie économique.

La Vie m’a apporté, par expériences et épreuves,un grand nombre de connaissances très diversifiées. Ce n’est peut être pas un hasard !

Ainsi, je mets à votre service, ces aptitudes tant intellectuelles que morales, dans le seul but de me faire du bien à vous faire du bien.

 Dominique PRACHERSTORFER 

Fait à Niomoune, le Dimanche 4 avril 2010, Jour de Pâques et 60ème anniversaire de l’Indépendance du Sénégal. " 


 

 34-7 Transport des ruches

 « Les ruches sont débarquées vers le rucher "

 

    Toutes les ruches sont prêtes. Elles sont transportées dans une pirogue vers un emplacement choisi où elles seront suspendues à de grosses branches d’arbre. Je suis curieux de voir le délai nécessaire pour que des essaims colonisent ces drôles de cages…

 

Mardi 16 mars 2010 :

    Il est temps de passer aux actes. Pour mieux m'imprégner des traditions de récolte dans la mangrove, je propose à Etienne de l'accompagner avec Ass.

    Etienne qui vient de passer ses 74 ans ne refuse pas cette aide. Je comprendrai mieux après ! 

    J'imaginais ce travail délicat, en fait c'est tout simplement fou. Les pieds dans le poto-poto et l'eau de mer, les racines de palétuviers qui nous déséquilibre, rien ne peut être posé au sol sans se mouiller et j'oubliais ...     les abeilles africaines qui défendent rageusement leurs réserves contre les voleurs et prédateurs que nous sommes.

 

34-8 ASS devant notre ruche keyniane 

" Mon tuteur Ass : il pose devant notre ruche keyniane          fraîchement installée dans la mangrove; à proximité d'une des ruche traditionnelle d'Etienne."    

 

34-9 Etienne

      " Etienne, le sage et le principal apiculteur de Niomoune.                     Il est le seul a posséder une tenue had hoc.

 

 

34-10 Ruche en tronc de rônier

      " La ruche traditionnelle employée exclusivement ici :                                       un tronc de palmier rônier creusé".

 

      34-11 Enfumage de la ruche

      " Enfumage de la ruche, une fois le chapeau ôté".


      34-12 Toutes les abeilles ont fuis

      " Les gâteaux pendus au plafond                                                                      sont directement accessibles et dégorgent de miel"

 

 

34-13 La récolte

" La récolte peut commencer..."    

 

34-14 Les abeilles se réfugient hors de la ruche

      " Les abeilles un peu trop enfumées...                                                          se sont réfugiées vers l'autre entrée de la ruche"

 

34-15 Colmatage du chapeau à la bouse

      " La récolte est finie. Le chapeau est colmaté avec un mélange d'argile et de bouse de vache.                                                                    Seuls deux petits accès sont conservés ouverts".


34-16 Chargement de la pirogue

      " Chargement des bassines de miel.                                                          Vu l'étroitesse du bolong les pagaies sont inopérantes.                            Ass nous déhalera sur 200 mètres avec de l'eau jusqu'aux épaules " 

 

Dimanche 25 avril 2010 :     

 Depuis quelques jours, les premiers pots de miel de mangrove de Niomoune sont présents sur les rayons des 2 principaux commerces alimentaires de Ziguinchor... les apiculteurs voient leur prix de vente tripler !

 

Mais ceci n'est qu'un petit commencement, mon objectif est de contribuer au regroupement  de tous les apiculteurs de Casamance, d'organiser la mise en place d'une Appellation d'Origine Contrôlée "Miels de Casamance" et pour le miel de mangrove exceptionnel de mes amis Niomounois, travailler autour de l'apiculture dans un pur respect des abeilles et instaurer les pratiques de la biodynamie en vue de commercialiser nos miels sous le label international DEMETER des produits biodynamiques.

Vaste programme...qui nous obligera sûrement à demeurer encore quelques années en Casamance !! 

 

 

Dominique PRACHERSTORFER, skipper d'Araka Nui.


                                                                                                                                                                               


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

                                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Dominique PRACHERSTORFER - dans 6 - Miels de Casamance
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commentaires

Bernard 02/05/2010 19:00


Bonjour et bon voyage...

Que devient l'association Kassu & co concernant le miel à Affiniam en Casamance ? j'y suis resté en janvier 2008 et depuis plus de nouvelles...

Coucou à Morgane !!


Les Do's 07/05/2010 12:41



Bonjour, Nous n'avons pas eu l'occasion de prendre connaissance de cette association (très peu de temps passé à Affiniam). Mais renseignements pris auprès de Nica COLI, les apiculteurs formés et
financés par l'association fonctionnent toujours très bien et en sont très reconnaissant.


Nica n'a plus vu Morgane depuis longtemps. J'ignore s'ils sont en contact.


Pour notre part, nous ne sommes pas encore partis de Casamance...


Pas moins d'une année et demie encore. Nous sommes en train de régulariser notre situation et surtout pour le bateau vis à vis des douanes sénégalaises. Ce n'est pas une mince affaire.


En attendant nos projets se concrétisent et nous avons espoir d'être entendu par la coopération canadienne très prochainement. A suivre.


Salutations Dominique



Présentation

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  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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