Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 15:47

Le 6 mai 2010 :

Après avoir pris connaissance de ce dossier, vous porterez sûrement un autre regard sur votre facilité d’obtenir de la chaleur sous votre casserole, posée sur la cuisinière, après avoir donné un simple mouvement d’un quart de tour du bout des doigts !

 

A Niomoune point d’électricité ni de gaz. C’est donc au feu de bois exclusivement que les femmes Diolas font cuire leur riz et leurs "condiments" (le poisson qui accompagne le riz des 2 repas journaliers, voire du petit déjeuner pour ceux qui travaillent dur).

Comme il n'est pas question pour un Diola d'effectuer une coupe franche dans la mangrove, seul le bois mort est coupé puis emporté. 

Cette année, c’est la grande fête de"l’initiation", une cérémonie au cours de laquelle a lieu la circoncision des jeunes hommes.

Cette cérémonie qui se déroulera à partir du 26 juin 2010 va être l’occasion de grandes festivités. C'est ainsi que les "étrangers", comme les nomment les villageois, seront conviés à Niomoune. C'est à dire ceux de la famille ou des amis proches qui ont quitté le village et se sont installés dans les grandes villes et même en Europe. Chaque famille de Niomoune  possède au moins un ou plusieurs enfants "initiables" entre 5 et 28ans (la dernière initiation a eu lieu il y a 25 ans !). De ce fait chaque famille de Niomoune sera appelée à recevoir et héberger durant plusieurs semaines un grand nombre de personnes (souvent entre 80 et 100 invités). La population du village devrait tripler ou quadrupler, c'est à dire passer de 4.000 à 12.000 âmes environ. 

 

C’est ma Do qui se fait du souci : elle s’est proposé pour "couvrir" médicalement " l’évènement"… Il y a 25 ans il y a eu une épidémie de choléra ! Mais ceci est une autre affaire, qu’elle vous contera peut être...

  

En attendant chaque famille doit prévoir le "carburant" nécessaire pour assurer autant de repas et donc de cuissons.

 

Il convient de faire des "incursions" dans les vastes mangroves du domaine de Niomoune (plus de 70 Km²) pour rapporter des tonnes de bois morts.

 

Mon ami Ass, qui connaît mon aptitude aux choses aventureuses me convia : "à l’accompagner en brousse, chercher du bois et pour un retour prévu vers 15H00"…

C’est ainsi que je découvrais heure après heure le déroulement de cette "cueillette" traditionnelle répétée plusieurs fois par an, par chaque famille de tous les villages des îles.

C’est parti pour une belle aventure musclée…

 

 

1---Embarquement-des-cuisinieres-.JPG

  Déjà les cuisinières sont arrivées à l'embarcadère avec leurs ustensiles et du riz pour nourrir un régiment...

A partir de ce moment je passe de surprise en surprise en me gardant bien de poser des questions : c'est cela l'aventure pour moi !

 

 

 

46- Marianne, Alouga et Aïda

 Une armée de femmes joviales embarquent dans la grosse pirogue du courrier de Ziguinchor qui a été louée pour la circonstance.

Pendant l'heure de trajet, le premier bidon de 20 litres de bounouk (vin de palme) est envoyé dans le gosier de nos solides bûcheronnes.

  

A ce moment de la journée, je pense que la "corvée de bois" sera plutôt une "journée bounouk" comme nos amis Diolas en raffolent. 

Après tout, pourquoi pas; c'est ça aussi l'aventure !

 

En cours de transit, nous abordons des pêcheurs pour leur soudoyer une bassine de poissons : les condiments du midi. Ass me précise qu'ils avaient oubliés cet ingrédient de choix...

Ouf, au moins mon riz aura le goût de poisson...

Lorsque nous nous apprêtons à quitter le grand Marigot de Diouloulou, nous larguons au passage, dans un campement inhabité, deux des femmes avec leurs matériels de cuisine. 

 

Après une bonne heure de pirogue depuis Niomoune, nous arrivons sur les lieux. 

Rien de plus que de la mangrove comme nous l'avons vue défiler depuis notre départ. Ici, c'est la propriété d'André me dit-on !

Les îles du Petit Kassa situées sur la rive gauche de la Casamance, immédiatement dans le delta, ne sont que des entrelacs de bolongs et de mangrove. Ici chaque parcelle appartient à un villageois. 

Bon d'accord, chez nous il en est de même, mais ici, au bout du bout du monde ?

D'ailleurs, pas besoin de bornage, de géomètre, chacun connait les limites de propriété et les respecte.

 

Bref, nos bûcheronnes débarquent et s'éparpillent dans la mangrove. Je vais suivre deux d'entre elles pour les aider. Pour me rendre utile , je ramène à la pirogue un lourd fagot de bois, non sans difficulté pour retrouver mon chemin.

 

Je suis dégoulinant de sueur, j'enfonce jusqu'aux genoux dans le poto-poto... c'est quoi cette galère ?

Ass, voyant mes difficultés, me convie à le suivre avec la pirogue : "viens, on va pêcher". Je ne me fais pas prier.

Tchao  les femmes...je vous aime bien, mais le devoir m'appelle !  

 

 

 

4--Corvee-de-bois-.JPG

  Après plusieurs heures, les doigts de pieds en éventail à "pêchouiller" à l'ombre d'un palétuvier, je me dis que ces femmes que j'entends hâcher en morceaux la mangrove sans interruption, à grands bruits et sous un soleil de plomb,  mériteraient que j'aille y jeter un coup d'oeil avec mon Lumix...

 au cas où !!

 

Et là, je découvre ces femmes qui ne s'arrêtent  même pas pour souffler.

A grands coups de hâche elles  décortiquent, coupent, tirent, poussent, déplacent tous les troncs de bois morts qui se présentent.

 

 

 

 

5--Kadiaka-OLE-.JPG

Kadiaka OLE de Ouback manie son outil avec force et détermination.

Il s'agit d'une massue en acacia dans laquelle a été insérée une lame tranchante. C'est rustique mais efficace.  

 

 

 

 

6--Corvee-de-bois.JPG

  Sa position de frappe n'est pas toujours aisée à cause des branches environnantes. Ma Do me dira plus tard que c'est un supplice pour le dos et qu'elle comprend mieux à présent les multiples lombalgies qui défilent à ses consultations. 

 

 

 

 

2 - Ass pêche en attendant..

  Pendant que toutes ces femmes "s'agitent" dans la mangrove proche et sous les coups de hâches qui résonnent en frappant les troncs, Ass pêche paisible : " la coupe du bois c'est un travail de femmes" me dit-il.

 

   

7--Theral.JPG

 Thérale de Ouback rassemble les troncs qu'elle a débités avant de changer d'emplacement. 

 

 

8--Marianne-DIEDHIOU.JPG

 Marianne DIEDHIOU s'y prend même à deux mains. 

 

 

3- Alouga Diédhiou

 Alouga DIEDHIOU se permet une pose et me demande de la photographier.

C'est à ce moment que je réalise que je suis témoin d'une dure journée de labeur au féminin. Je ne puis laisser passer cela sans apporter un témoignage vibrant. Il me faut couvrir tout cet évènement sous forme d'un reportage et le mettre en ligne sur notre blog en l'honneur de ces femmes.

Ensuite, je tirerai les photos sur papier pour leur offrir en remerciement.

  

 

9-Corvee-de-bois-.JPG

  Ici, le tronc a été à moitié entaillé à sa base, maintenant il va être arraché à la force des bras. J'essaie mais en vain. Mariane reprend la main, s'arc-boute et d'un grand mouvement du corps arrache la branche.

Je précise que le palétuvier est un bois très dense, dur et très lourd. 

 

 

10--Helene-de-Ouback.JPG

 Hélène de Ouback dégouline de sueur, mais elle ne s'arrête pas même pour respirer. 

 

 

11-Corvee-de-bois--90-.JPG

  Elle s'est attaquée à un gros morceau...

 

 

12-Corvee-de-bois--93-.JPG

 Non, elle ne tire pas la langue au toubab photographe qui lui tourne autour depuis 10 minutes avec sa boîte à savon de 100 grammes ! 

 

 

13-Corvee-de-bois--95-.JPG

 Le plus difficile pour Hélène autour de cette souche sera de couper le tronc mort sans abimer l'arbre vivant. 

 

   

14-Corvee-de-bois--100-.JPG

 Les petits tas de bois morts sont abandonnés au gré du chantier à même le sol de poto-poto. 

 

 15-Corvee-de-bois--102-.JPG

 Il est 14H00, les femmes coupent toujours du bois et les tas  de bois s'accumulent.

Oh! mesdames, quand est-ce qu'on mange ?

 

 16--Emilie-de-Ouback.JPG

  Emilie de Ouback me demande une photo.

Chez nous, les mamies, cela fait longtemps qu'elles ne coupent plus de bois !

 

 17-Tenegne.JPG

 Ténègne de Ouback est certainement la plus ancienne de l'équipe, mais elle accumule ses tas comme les copines. 

 

 18-Corvee-de-bois--120-.JPG

  Il est 15H00. Emilie commence à apporter son bois à la pirogue.

Ah bon, je croyais qu'on allait enfin casser la croûte !

La pirogue pourrait retourner au campement, à 15 minutes d'ici, pour rapporter le déjeuner ?

Ils ne pensent qu'à bouffer ces toubabs !

Bien sûr, je ne pipe pas un mot sur mes petites convenances personnelles...

Je fais avec, c'est ça l'aventure !

Mais j'insiste : bosser sans bouffer ce n'est pas une sinécure. 

 

 19--Mame-de-Ouback.JPG

 Mame de Ouback cesse aussi de couper son bois et entreprend ses norias vers la pirogue. 

Pour certaines femmes, la pirogue est à plusieurs centaine de mètres. 

 

 

20--Pierrot-Badji-.JPG

 Pierrot BADJI, le père de Ass est le commanditaire de cette journée. Le bois est pour sa famille. Toute la matinée, il s'est employé à ouvrir des passages à travers la mangrove avec son coupe-coupe pour faciliter ensuite le transport des fagots vers la pirogue. 

 

 

21--Theral-de-Ouback.JPG

 Thérale de Ouback . Elle fait des zig-zag dans la mangrove avec son chargement sur près de 200 mètres, chargement qu'elle effectuera une centaine de fois.

Elles sont quatorze femmes bûcheronnes; toutes aussi méritantes à s'activer tout en parlant entre elles. Elles s'invectivent même d'un groupe à l'autre. Comme elles ne se voient pas, c'est un bon moyen de se repérer.

 

 

22-Corvee-de-bois--130-.JPG

 Hélène vue de face... 

 

23-Corvee-de-bois--133-.JPG

 Hélène vue de dos... 

 

 

 

24-Corvee-de-bois--139-.JPG

Les fagots de bois arrivent à la pirogue.

Là, quand même, les quatre hommes, dont je suis, commencent à se bouger : notre boulot sera de charger consciencieusement cette pirogue. 

Même Claude le piroguier donne la main.  

 

 

25-Corvee-de-bois--142-.JPG

 Chaque fagot de ce bois dense pèse plus de 20 Kg . 

 

   

28-Corvee-de-bois--155-.JPG

Les norias de femmes n'arrêtent pas. Le bois s'accumule vite.

Je n'ai plus de force. Il est 17H00.

Quand  allons-nous déjeuner ? Je ne pose même pas la question puisque la réponse serait : quand on aura fini !!

Jusqu'où  remplissez-vous cette fouttue pirogue ? Je ne pose même pas la question puisque la réponse serait : quand il n'y aura plus de bois coupé !!

Le problème c'est que le bois est disséminé dans la mangrove, aucune idée de ce qu'il reste. Pas possible d'évaluer l'heure du repas réconfortant. 

Je commence à me sentir en hypoglycémie. Heureusement, jojo le soleil a calmé ses ardeurs, c'est déjà ça ! 

 

 

29-Corvee-de-bois--165-.JPG

 Claude et Ass pataugent dans le poto-poto. Ils aident les femmes à jeter leur fagot et surtout le délier. Pour ma part, j'offre à Pierrot les branches  qu'il dispose et cale dans la pirogue.   

 

 

30-Corvee-de-bois--178-.JPG

 Alouga fait du zèle : par dessus son fagot "réglementaire" ficelé dans un foulard elle s'est rajouté 4 troncs supplémentaires. Elle porte encore allègrement ses 30 kilos après une journée de labeur. 

 

 

31-Corvee-de-bois--195-.JPG

Les quatre hommes que nous sommes avons du mal à étaler. 

 

 

32--Helene-et-Diedhiou-de-Ouback.JPG

 Il est 17H30 les norias se poursuivent toujours. 

 Les monticules de bois dépassent largement le plat bord de la pirogue.

 Nous n'allons pas rentrer à la nage tout de même ? 

 

33-Corvee-de-bois--237-.JPG

 Nous sommes appelés à déplacer la pirogue pour récupérer un gros tas de bois à 400 mètres de là. 

 

 

34-Corvee-de-bois--241-.JPG

 Emilie a déniché un essaim d'abeilles dans un vieux tronc creux. Elle ira lui voler son miel sans aucune protection. Je connais l'agressivité des abeilles africaines en pareil cas : c'est un exploit de plus. 

 

 

36-Corvee-de-bois--243-.JPG

 Pendant qu'Alouga patauge dans le poto-poto dans une démarche élégante de princesse, Emilie et Hélène découpent les gâteaux de miel dans un bol pour en faire profiter toutes les copines.  

 

 

 

37-Corvee-de-bois--244-.JPG

 Le tronc est curé de toutes traces sucrées. 

 

 

38-Corvee-de-bois--246-.JPG

 Le miel collecté est à bord, les hommes goûtent en premier. 

Ici tous sont fous de miel, mais chacun n'en abusera pas plus que sa part. 

 

 

39-Corvee-de-bois--247-.JPG

Thérale dévore déjà sa part de miel. 

Le chargement étant fini, toutes les femmes prennent place sur les monticules de bois... là où elles peuvent.

Il est 17H45. Au fait, quand est-ce que l'on mange ? 

 

 

40-Corvee-de-bois--248-.JPG

 Tout ce petit monde est installé, c'est parti.

Là c'est sûr nous filons vers le campement où le déjeuner nous attend. 

 

 

 41-Corvee-de-bois--255-.JPG

 Cire et miel du gâteau sont mâchés avec délectation. 

 

 

42-Corvee-de-bois--256-.JPG

 Alouga nous improvise une petite danse de satisfaction pour marquer la fin de la 1ère partie de la journée de travail. 

 

 

43-Corvee-de-bois--262-.JPG

 Nous faisons route vers notre riz bien mérité. 

 

 

44-Corvee-de-bois--264-.JPG

Mais c'était oublier la réconfortante séance de bounouk. 

Le second bidon de 20 litres est sifflé sans remuer les oreilles. 

 

   

45--Aida-de-Ouback.JPG

 Aïda de Ouback attend son gobelet de bounouk bien mérité. 

 

 

 

47-Corvee-de-bois--274-.JPG

 Le bounouk a fait oublier les douleurs musculaires et rhumatismales.

A présent, c'est l'hilarité générale autour de plaisanteries futiles dont je n'ai pas toute la traduction.

 

 

 

48-Corvee-de-bois--277-.JPG

 Thérale sort son ouvrage de perles à enfiler, histoire de ne pas rester à rien faire. 

   

 49-Corvee-de-bois--285-.JPG

 Mariane délecte son gâteau de miel en attendant son riz. 

 

 

52-Corvée de bois (292)Il est 18H00. Nous sommes arrivés au campement :

les cuisinières nous accueuillent avec joie en dansant;

quatorze femmes attendent sagement que nous leur apportions les bols de riz.

L'heure tardive nous obligera à manger sur la pirogue pendant le transit de retour.

 

 

 

50--Marie-Essiba-de-Ouback.JPG

 Marie-Essiba de Ouback, la cuisinière du jour, est heureuse de nous retrouver.

Très vite les différents bols sont équitablement remplis de riz bien maintenu au chaud sur les braises.

 

 

 

51-Corvee-de-bois--291-.JPG

 Le "condiment" merveilleusement bien préparé est également réparti arrosé de son jus. 

 

  

53-Corvee-de-bois--295-.JPG

 Ass, assure la livraison du Mac-drive.

 

   

54--Mame--Emilie--Diedhiou--Kadiakaole-et-Marietou.JPG

 Les premiers bols arrivent sur la pirogue et sans précipitation les groupes s'organisent autour.

 

   

55-Corvee-de-bois--301-.JPG

La noria de bols commence. Ass y adjoint sourire et plaisanteries. 

 

 

 

56-Ass--Aida-Marietou--Kadiaka-et-Madeleine.JPG

 Le dernier bol trouvera acquéreur. 

 

 

57-Corvee-de-bois--303-.JPG

 Alouga, la princesse, trône sur la plus haute branche.

Elle m'invitera à partager son menu.

Je n'hésite pas une seconde.

 

 

58-Corvee-de-bois--304-.JPG

 Chargement des ustensiles de cuisine...

 

 

59-Marie-Essiba-et-Nene-la-grand-mere-de-Ass.JPG

 ... ainsi que des deux cuisinières !

 

 

60-Corvee-de-bois--306-.JPG

 Alouga propose à qui le veut le fond de la gamelle un peu brûlé.

Il y aura une volontaire.

 

   

61-Corvee-de-bois--307-.JPG

 Pendant toute la journée, les cuisinières ont également contribué à la récolte de bois mort. Leur fagot est embarqué.

 

 

62-Corvee-de-bois--309-.JPG

 Toutes les passagères sont atablées; elles mangent avec appétit mais ça discute toujours.

 

 

63-Corvee-de-bois--310-.JPG

 La pirogue restaurant vogue vers Niomoune avec son chargement de femmes heureuses de leur journée de travail accomplie.

L'ambiance est gaie et chaleureuse.

 

 

64-Kadiakaole.JPG

 C'est Kadiakaolé de Ouback qui a récupéré le fond de riz brûlé.

Apparemment elle se régale et n'a pas voulu de poisson !

Un menu de festin pour une femme qui a travaillé dur...

 

 

65-Claude-le-piroguier.JPG

 Les papotages s'organisent autour du bol.

 

 

66-Corvee-de-bois--322-.JPG

 La jolie princesse Alouga place les meilleurs morceaux de poisson devant moi. Je les évite discrètement pour leur laisser. Je lui dis que j'adore les petits oignons. Elle s'emploie à me les trier.

Après le repas je vise le tas de bois sur lequel je suis assis, j'ai mangé comme un cochon, il y a plein de riz sur la nappe !  

 

 

67-Corvee-de-bois--323-.JPG

Nous arrivons à Niomoune au crépuscule. Je suis fatigué et j'ai froid.

J'aide les femmes à débarquer.

Mais au fait : que fait-on du chargement ? Je ne pose même pas la question, puisque la réponse serait : le bois doit être débarqué maintenant, demain matin la pirogue courrier part sur Ziguinchor.

 

Maintenant ?

Mais c'est inhumain.

 

Bon les copines, je vous aime bien mais on m'attend !

 

Je salue toutes ces femmes qui déjà se sont remises au boulot.

En fait, elles ne vont rien faire de plus, durant 2 heures supplémentaires,  que l'unique travail de ma journée qui m'aura mis sur les rotules.

Le déchargement de la pirogue se finira dans la nuit noire venteuse et glaciale.

 

 

68-Le-travail-d-une-journee.JPG

  Le lendemain je vais voir le résultat du labeur de ces femmes bûcheronnes rangé sur la grève devant l'habitation de Pierrot et Ass.

Je savais déjà que les femmes Diolas étaient travailleuses, mais à compter d'aujourd'hui mon opinion sera revue à la hausse.

 

Le lendemain, j'aborderai discrètement avec l'une d'entre elle la question du prix payé pour une si longue et si dure journée : rien ! me répond on avec une gêne à peine masquée, ou plutôt du bounouk et le repas de riz.

L'explication est que ces femmes sont membres de la famille de l'épouse de Pierrot, qui est native du quartier de Ouback.

Ainsi la prochaine fois ce sera Pierrot qui offrira ses services... en échange.

  

 

 

Je vous admire femmes Diolas.

Vous méritez bien que l'équipage d'Araka Nui fasse le maximum pour que les difficultés de votre quotidien soient connues et qu'il vous soit apporté les moyens nécessaires pour vous faciliter la vie.  

 

 

Dominique PRACHERSTORFER

Skipper d'Araka Nui

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Dominique PRACHERSTORFER - dans 3 - Le Sénégal - la Casamance
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
  • Contact