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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 10:21

 

Vendredi 24 octobre 2008 :

 

Aujourd’hui est un grand jour :

  • Voilà un peu plus d’1 mois que nous avons quitté définitivement Toulon ;

  • Notre voiture Picasso serait vendue ;

  • Le carénage de notre beau bateau est achevé.

 

     Au fil des jours Dominique (ma compagne) remplissait assidûment notre petit « journal de bord » sur un cahier et à la demande de sa famille.
Chose louable.

     Au fil des jours je me tapais par BLU ou internet les commentaires moult et moult fois répétés à la famille et aux amis.

     Par contre, au fil des jours les commentaires sur notre vie à bord affluaient (sur le cahier de Dominique) mais ne profitaient à personne.


" Les Do's :  ELLE : Dominique SAVAGNER;
                       LUI : Dominique PRACHERSTORFER" 


     J’étais moi-même contre le principe de tenir un site web relatant de notre périple. Force est de constater que nous sommes bien dedans et tout ceux qui désirent obtenir de nos nouvelles restent sur leurs faims, alors que nous écrivons consciencieusement nos aventures – sur un cahier qui ne sera jamais lu, ou qui sera tellement important quand il arrivera dans les mains d’une personne qu’il lui faudra 6 mois pour assimiler toutes nos aventures. Conclusion ce n’est pas la bonne solution. La solution est :

« LE PETIT ARAKA NUI »

 

     Il se voudra simple au départ et peut être qu’au fil du temps il se perfectionnera avec des photos et autres trucs vidéos. Nous enverrons par e-mail, aux escales, les derniers textes à tous ceux qui désirent nous suivre.

     Ca commence bien. Il est 21H30 et Dominique me dit depuis son lit qu’elle ne peut pas dormir…(à cause de la frappe sur le clavier). Bon garçon je stoppe l’ordi, vai me coucher et commenterai mes derniers jours de carénage … demain. Inch’allah.

 

 Samedi 25 octobre 2008 :

Rétroactivement à cette date je tiens à relater 3 faits les plus marquants qui auront retenu mon attention.

 

1 - Notre premier poisson pêché à la traîne :

Depuis 6 mois que nous parcourons la Côte d’Azur dans un sens puis dans l’autre, jamais nous n’avions omis de placer nos cannes de traîne et jamais nous n’avions pris de poisson…

Enfin nous longeons les côtes espagnoles et oh, grand bonheur, la canne se plie !

Après un gros effort pour remonter la prise ENORME, il s’avère que c’est …

un gros sac plastique noir !

Nous ne l’avons pas mangé !

Quelques jours plus tard, la canne se re-plie !

Nouvelle opération de moulinage musclé (pour ne pas « casser la moyenne – déjà très faible – on ne ralenti pas l’allure).

Vu de loin la prise est ENORME, il semble que c’est encore un sac plastique. Vu de loin on distingue même la forme… comme si nous avions hameçonné un sac plastique solide par une des poignées et la poche se gonflant comme un Canadair qui écope…

 

Dans ces cas là, il n’y a rien d’autre à faire que de mouliner fort. A chaque tour de moulinet «  la prise » approche et les diagnostics vont bon train. Tout y passe.

On a de l’imagination quand on navigue.

Quand la prise commence à s’approcher de la jupe arrière, là c’est l’unanimité des diagnostics : c’est un POISSON bizarre, mais un poisson bien vivant.

Vite fait harponné avec notre bâton de ski bricolé pour cette tâche, et hop voilà la bête dans la jupe (spécialement dessinée par moi-même pour se genre d’activité entre autre).

A première vue c’est un type de poisson indéterminé, en tous cas pas de ceux que tous les voileux pêchent en Méditerranée classiquement, ni vus dans les bouquins.

Déjà, il faut que je vous décrive « la gueule de la bavure ». En effet, il y a bien une poche (en l’occurrence le ventre) qui a bien fait l’écopage façon Canadair et qui se trouve pleine d’eau à craquer, environ 15 litres.

Le ventre est couvert de picots.

La tête est très anguleuse, presque carrée et il a 2 gros yeux globuleux, l’animal.

Moi qui ai bourlingué en plongée dans les mers chaudes je diagnostique : un tétrodon !

Oui on appelle ça aussi un poisson coffre qui se gonfle pour se protéger… qu’on dit.

Mais un tel poisson nonchalant qui vit dans les rochers ça ne mort pas à un rapala (leurre pour le thon) en pleine mer par 500 mètres de fond et à une vitesse de 6 nœuds !

Ou bien ce n’est pas un tétrodon, mais c’est un tétrodon malade ou mal dégonflé

ou bien…

Ou bien un « Uru », ce poisson de la famille des tétrodons dont les japonais raffolent mais qui doit être vidé par un spécialiste (il y en a très peu dans le monde) sinon il est mortel.

Mortel tu as dit ?

Alors poubelle, dit avec détermination notre Do, avec son sens aigu de bonne conservation et responsable de l’état de l’équipage.

 

Ainsi, nous sommes donc quasi toujours bredouille, si ce n’est que le poisson actuellement consommé à bord c’est du poisson carré, sans tête, Vivagel je crois.

Teiva aime bien, c’est déjà çà.

L’histoire n’est pas finie.

Nous arrivons à la marina de DENIA le 2 octobre.

La première marina depuis la mise à l’eau d’ARAKA NUI.

Nous racontons notre histoire d’« Uru », à l’apéro, à un voisin espagnol, occupant d’un magnifique yacht (du style de ceux qu’on voit cul à quai à St Tropez devant Sénéquier avec le bouquet de fleurs à 200€ sur la table plage arrière,- lui aussi avait son bouquet…). Il s’appelle Carlos, originaire de Palma, il est venu me donner main forte sur le quai quand il m’a vu batailler sur une roue crevée du vélo de ma Do.

 

Bref Carlos ne nous aide pas plus sur la description de notre « Uru » et nous dit simplement : en Méditerranée tous les poissons sont comestibles…

Réflexion faite, ce qu’il nous dit est juste.

Merde ! Trop tard notre « Uru » est au fond (après avoir quand même passé 2 jours au frigo – juste le temps que le capitaine exécute les ordres de son second !).

Mais Carlos qui nous avait pris en sympathie, va sur son gros yacht, ramène 2 superbes rapalas sifflants spéciaux pour le gros thon (que je connais très bien puisque j’ai du les rayer de ma liste d’achat, ma Do trouvait ça trop cher). Bien sûr j’ai fait la mine qu’il fallait, gros yeux d’étonnement et tout le bzi-bzit. Après tous les remerciements d’usage je lui promets que nous aurons une pensée pour lui lors de notre premier thon.

J’en profite pour glisser dans cette histoire vraie juste un petit mot d’excuse pour ma belle mère, car je sais qu’elle aime quand je fais court et vais droit au but.

Je poursuis donc. Ma première expérience de marina m’a été donnée ce jour. D’abord ce type qui me regardait, depuis son beau yacht à moteur et à fleurs ; même pas je lui ai adressé un regard et à peine un salut. Le voileux bête et méchant, quoi.

Il s’est avéré que c’était un homme très intéressant hormis le magnifique cadeau qu’il nous avait fait. Comme l’histoire continue (c’est toujours la même histoire, Paulette, on s’accroche jusqu’au bout) vous comprendrez pourquoi plus loin, je regrette de ne pas lui avoir demandé son e-mail pour le remercier dès la première prise.

Et bien nous y voilà à la phrase que vous attendiez depuis le titre, Paulette.

Une demi heure après notre départ de DENIA un des rapala « Carlos » prend un poisson.

Ca tire dur, mais ça vient.

Très vite je devine les reflets bleus, jaunes et verts d’une … daurade coryphène.
Tout l’équipage arrive à la rescousse avec caméra, harpon.

La belle dorade de bonne taille est là à 2 mètres de la jupe. Juste la distance pour que le diagnostic de l’équipage soit unanime. Même Teiva confirme : c’est bien le poisson qu’on lui montre tous les jours dans « Copains des mer ». (Bourrage de crâne, ils disent).

Je me dois de préciser que la dorade coryphène (maï-maï, en tahitien) rare en Méditerranée est le plus recherchée des poissons au niveau de sa chair mais en plus il est très beau en couleur.

Et hop, un coup de queue et notre maï-maï s’en retourne après s’être décroché; lui non plus ne finira pas à l’ordinaire de l’équipage qui doit se contenter de sardines du marché (c’est le poisson le moins cher me dit ma Do !)

Merci Carlos, nous ne désespérons pas. Mais nous sommes toujours bredouilles.

 

2 - Notre voile génaker qui s’ouvre, au port, et se déchire dans des rafales de 50 nœuds : 

Sur les conseils de Carlos d’ailleurs nous approchons la marina d’ALMERIMAR dans l’ouest d’ALMERIA.

Il faut dire qu’en quittant DENIA (10 minutes avant la prise de notre daurade coryphène) notre poulie de génaker s’est ouverte et pliée (une goupille rapide mal enclenchée) ce qui a nécessité le remplacement complet de l’emmagasineur. (1300 € après 30% de remise). Pièce envoyée directement par FACNOR en FEDEX à ALMERIMAR.

D’où notre seconde marina « forcée » d’ALMERIMAR.

Je précise que notre programme de voyage c’est : mouillages et pas de marinas !

Il faut dire qu’avec notre beau cata de 7 mètres de large ils nous voient venir. En général c’est entre 20 et 45 € par jour. Je vous donne le prix juste pour que vous compreniez bien

- vous qui nous connaissez- pourquoi nous ne voulons pas faire de marinas…

Bref, nous voilà dans notre seconde marina. On commence à devenir bon ; accostage amiral de notre Do etc... (Il faut que je vous dise, sur ARAKA NUI c’est Do qui manœuvre à la barre et moi qui passe les aussières ou assure les mouillages. Ca mérite d’être précisé, car dans le genre marins machos, nous constatons que c’est souvent l’inverse chez les autres. Bref chez nous c’est comme ça, parce que les mouillages c’est quand même costauds et ma petite Do je préfère qu’elle garde ses mains intactes pour … faire la vaisselle. (Quoi qu’on dise, les mecs, on a tous un petit côté macho qui sommeille).

Ah pardon, Paulette j’en reviens au sujet.

Nous arrivons donc à ALMERIMAR le 9 octobre.

Le bateau est accosté au quai d’accueil. Puis après les formalités d’usage à la Capitainerie on nous dirige vers notre place où des équipes de quai nous attendent.

Petit breefing du capitaine à son second (qui s’inquiétait quelques peu du fait d’un vent de travers qui soufflait à 30 nœuds). Elle avait bien remarqué ce vent ma Do, puisque nous venions de faire CARBONERA – ALMERIMAR toutes voiles dehors et aux moteurs à 1800 tours pour passer juste devant cette dépression qui se creusait ; mais surtout arriver avant la tempête. De ce côté mes choix ont été très bons - mais osés –

En fait notre système météo que nous captons avec notre installation sophistiquée de BLU est d’une excellente fiabilité. Le gros coup de vent à 35 - 40 nœuds était bien prévu en fin de journée. Déjà la veille nous avions eu l’autorisation de mouiller dans le petit port de pêche de CARBONERA. Deux autres voiliers sont arrivés dans la nuit pour se mettre à l’abri.

Au petit matin je vois que le vent n’a pas encore tourné comme prévu (notre prévision météo est très fiable mais il arrive qu’un petit décalage s’instaure par rapport à la réalité du lieu). A 6H00, ma Do préférée dort. Je lui chuchote : on appareille dans 10 minutes.

Et 10 minutes plus tard le mouillage était levé et full speed vers le fameux CABO DE GATA avec ses courants très forts.
Elle est opérationnelle ma Do !

Je disais le choix était osé ; mais bien calculé quand même. Mis à part que mon équipage n’était pas « en forme » et que je me suis tapé 6 heures de veille dehors sous les grains et le vent. Notre ARAKA NUI avec toutes voiles dehors, les 2 moteurs, 30 nœuds de vent dans le cul et la houle courte qui nous faisait faire des surfs à …

péniblement 8 nœuds ! (Pour les non – marin : 1 nœud = 1852 mètres à l’heure).

Je savais que mon bateau était depuis quelques temps un « fer à repasser » mais là ça dépassait l’entendement. Nous y reviendrons en détail, Paulette, dans mon 3ème couplet.

Nous arrivons donc à ALMERIMAR…

Et tout ce qui précède simplement pour dire ceci : lorsqu’ après cette traversée à brides rabattues, nous nous sommes réfugiés et enfermés dans notre petit home douillé, pris une bonne douche chaude et longue, longue - merci marina – un bon dîner et dodo. Et toi génaker qu’il faut rentrer tous les soirs tu attendras demain, il fera jour.

Au petit jour effectivement, ma Do préférée qui a un grand panneau de pont au dessus de sa tête avec vue directe sur notre gréement me dit : « il y a le génaker qui s’ouvre un peu sur le haut ». « T’en fais pas ma Do on le rentrera tout à l’heure ».

« Tout à l’heure » tu as dit Prachou ?

Cinq minutes n’étaient pas passées que déjà ce n’était plus la surface d’une enveloppe qui baillait au vent de notre génaker, mais 4 pages !

Là les méninges du capitaine se sont mises en route.

Il était temps de sortir de la léthargie matinale.

Fissa en slip sur le pont, pour tenter de limiter la casse.

Le temps de sortir et d’arriver plage avant toute la partie supérieure de la voile était déjà déroulée laissant le vent se prendre dedans avec d’autant plus de force.

Spécialement pour Paulette je ne passerai pas en détail toutes mes vaines tentatives que je réserverai aux pros qui en feront la demande écrite.

Le vent souffle en rafales à 54 nœuds (exceptionnellement je traduis : 100 Km/h).

La capitainerie a enregistré du 150 Km/h dans une rafale.

Notre système d’étarquage spécial de la drisse m’interdit son largage - trop de forces – je pense plutôt à larguer la poulie de l’emmagasineur en maintenant un bout de rappel dessus. Entre temps 3 hommes de la marina sont à bord près de moi. Un voileux voisin arrive aussi. Il essai de reprendre à la main du mou dans une des écoutes. Nous lui hurlons dans la tempête de tout lâcher. Au même moment les 80 m² de la voile lui arrachent des mains l’écoute dont il venait juste de relâcher la prise (sinon il en aurait perdu un peu de peau et de chair dans le creux de la main !). Bref dans cette apocalypse de claquements de voile en nylon et de vagues (oui, nous sommes bien dans le port) les méninges ne fonctionnent pas aussi bien.

Conclusions : l’emmagasineur que j’avais largué est venu lacérer la voile en 2 temps trois mouvements, les écoutes que j’avais joliment amarrées aux balcons avant, m’ont arraché un balcon inox (600 € chez l’artisan du port). Et pour clôturer le tout quand j’ai vu ma voile en lambeaux, ma Do préféré m’a passé le meilleur couteau du bord et j’ai sectionné cette drisse spéciale que je ne voulais pas perdre. Ce qui a envoyé toute la voile dans l’eau et la suite n’était plus un problème, si ce n’est la facture de notre négligence !

10 jours auront passés dans cette marina sans s’en rendre compte.

 

Notre voilier préféré et concepteur du gréement complet, Jean Michel RUSSO de la Seyne sur Mer, s’est mis dans le coup pour nous préparer une commande à envoyer par FEDEX : drisses et autres accessoires. Il nous a donné les conseils de réparation, suivant nos photos, pour argumenter avec le voilier local etc…

Un souci me préoccupait sans cesse : la présence de coquillages sur les coques de notre beau cata « fer à repasser ». En effet, depuis la Corse je n’arrivais plus à faire face à la poussée des coquillages et autres saloperies sur nos œuvres vives.

Ca sera le 3ème couplet.

 

3 – Le carénage de notre « fer à repasser » : 

 

Depuis ALMERIMAR où nous faisons réparer les casses, nous nous attelons à trouver une autre marina qui puisse sortir notre cata de l’eau. En effet, à Almerimar ils nous ont pris pour des américains : dans la mesure où leur travel-lift n’était pas assez large (manquait 40 petits centimètres) ils nous proposaient de sortir notre bateau avec une grue qui venait de perpette pour 2000 €. Plus les travaux de nettoyage et peinture qu’ils ne me permettaient pas de faire moi-même et les pots d’anti-fouling ma Do est tombée en transe au vu de la note finale.

Toutes les casses successives, le carénage nécessaire, la CSG à payer, la Picasso qui ne se vendait pas et la carence de locataires dans le petit appt de Do s’en était plus qu’il n’en fallait pour lui mettre le moral au plancher des vaches, à ma Normande préférée !

Après 24 H 00 de chao intellectuel (j’étais moi-même incapable d’y voir clair et tenter l’ébauche d’une décision) nous reprenons le taureau par la queue et nous louons une petite voiture pour faire la tournée des ports alentours et constater de visu les possibilités. Nous avions bien essayé au téléphone mais pas de résultats fiables par rapport à notre cas particulier.

Le téléphone ; nous avons acheter une carte sim « Orange » espagnole et zip dans le portable de Dominique, royal, ça fonctionne et c’est pas cher…Nous avons même les Canaries pour le même tarif national. Notre n° est : (00 34) 65 14 94 094.

Finalement après plusieurs visites, c’est AGUADULCE qui peut nous mettre au sec avec son travel-lift. Donc tarifs tout à fait acceptables (moins de 500 € pour sortie et remise à l’eau). Autre détail important ils passent la coque au Karcher en sortie de l’eau et après c’est nous. Petit bémol quand même, nous mesurons la largeur dispo entre les 2 quais : ça passe à 10 cm près. C'est-à-dire qu’il y aura 5 petits centimètres de chaque côté. Pas la place pour mettre des pare battages pour protéger le ragage de la coque contre le béton du quai.

Dès que nous récupérons notre balcon inox (après 10 jours à ALMERIMAR) refait de neuf et découvert le prix équivalent de l’or en barre (depuis cette bavure où je n’avais même pas demandé de devis nous avons convenu avec ma proprio que dorénavant ce sera elle, et elle seule, qui définira dans son meilleur anglais les achats, les commandes etc… moi je suis trop nul, trop brave et indécrottable. (Normal j’ne suis pas Normand!)

Donc nous quittons ventre à terre ALMERIMAR vers AGUADULCE. Je vous précise que là nous remontons vers le Nord, bref nous faisons marche arrière. Des fois on est en droit de douter si on va bien la passer cette foutue porte de la Méditerranée.

Juste une petite digression nécessaire (la première…).

La Méditerranée on ne veut plus la voir. Le temps y est imprévisible, la mer se forme grave en un quart d’heure, les vagues lèvent vite et sont courtes, les côtes sont bétonnées pour des clapiers à touristes, les marinas sont montées tous les 20 Kms suivant le schéma du service à l’américaine pour des voileux à l’esprit dans le même métal et j’en passe, bref tout ce que nous n’aimons pas et qu’à force on voudrait fuir.

Nous recherchons exactement l’inverse. Et confidence (en scoop) je me demande si les Canaries ne vont pas nous faire le même effet…

Je n’en dirai pas plus aujourd’hui sur ce sujet top secret.

Nous arrivons donc à AGUADULCE…

Pas de pot. Depuis 7 jours que le vent était d’ouest, juste ce qu’il fallait pour nous pousser vers notre nouvelle marina 20 miles plus nord et aujourd’hui Dimanche, il s’est mis d’Est le coquin. Bref dans le nez. Et d’Est fort - à 25 nœuds. Juste ce qu’il faut pour faire « broméger » ma Do dans son évier favori. Teiva n’est pas allé jusque là, mais c’était au bord des lèvres.

Bien sûr, 25 nœuds dans le nez avec notre beau « fer à repasser » c’est au moteur que ça se fait messieurs dames.

D’après mon équipage préféré ce sont les moteurs qui les rendent « patrak ».

En fait, depuis Toulon à chaque fois qu’il y a trop de vent (et que ça remue) ou qu’il est dans une direction qui ne convient pas à notre  « fer à repasser » (et que ça remue aussi) c’est les moteurs qui tournent.

Vous avez compris mon équipage est simplement malade… quand ça remue.

Donc je disais « ça bromège » dur pendant la remontée nez au vent vers AGUADULCE.

D’ailleurs le nouveau « Mercalm espagnol » n’a pas donné l’effet prescrit, puisqu’il est parti en fusée aussi avec le « bromège ».

N’empêche heureusement dans notre fine équipe le capitaine tient le choc, sinon on repart dans nos vignes… non plutôt ailleurs.

Ceci étant dit, ma Do et mon artiste sont assez vite malades et l’amarinage ne c’est pas encore fait sentir. Inch Allah, ça viendra.

 

Nous arrivons donc à AGUADULCE…

J’essai de faire court pour Paulette.

Mardi matin nous passerons les premiers au travel-lift.

J’ai préparé 2 petites planchettes de contre-plaqué de 15 mm pendues au maître-bau (l’endroit le plus large du bateau).

Ma Do fait une manœuvre en marche arrière pour rentrer le cul du bateau entre 2 quais larges de 10 petits centimètres de plus que nos coques. Les machos espagnols en sont bouche bée sur le quai et pourtant il y a du monde pour l’évènement de l’année.

Une fois prisonnier entre les 2 quais avec mes petites planchettes intercalées je sais que c’est gagné.

Et puis ça palabre, ça palabre entre eux.

Les chefs donnent des ordres aux sous chefs ; les grutiers donnent des conseils aux marins ; les chefs écoutent mais font comme ils ont dit ; les marins font et défont les manilles puis les grosses sangles.

 

Finalement j’ai bien traduit leurs palabres et préoccupations : les sangles vont inévitablement se crocher dans les safrans ou les dérives. Et oui, une sangle ça pend au fond par son poids, mais ça ne se met pas à l’équerre des quais tout seul.

Les palabres se poursuivant j’ai finalement prévenu que j’étais « bucéo » (plongeur, pour ceux qui ne maîtrisent pas l’espagnol) .

En quelques secondes ma Do qui suivait tout ça de près me sort mon maillot et mon gilet. Je capelle tout ça presque en avançant vers la jupe arrière. Le chef me fait signe, s’interrogeant si j’ai quand même un masque et palmes. Que je prends au passage puisque entreposés dans une des marches de la jupe… et plouf.

Une poussette sur les sangles, je les positionne à ma convenance et en 2 demies apnées l’affaire est réglée.

Ma coquine de Do me dira le soir même : « t’as vu l’eau comme elle était sale, de gas-oil et autre ? Moi je n’y serais pas allée ! »

Et oui, c’est ça les plongeurs démineurs, lui répondis-je ! Le sens du devoir...



"Publicité gratuite pour des marineros charmants".

Bref notre belle plate forme de 90 m² s’élève de l’eau, roule vers la zone de nettoyage, montre ses beaux berniques à la population avant un décrottage efficace au racloir inox et au Karcher.

Cette étreinte qui me tenaillait l’estomac depuis notre départ commence à s’estomper. En effet, plus nous avancions et plus je me rendais compte de l’évidence : le bateau est en surpoids, il est sous voilé à 50% et il a des coques sales comme un vieux chaland abandonné. Tout ça c’est des mots pour vous qui me lisez, mais pour moi c’était la sécurité de l’équipage qui était en jeu.

Un voilier qui se traîne même avec les moteurs puissants à fond, ça ne peut pas faire !

Du coup j’ai gratté, poncé, peint pendant 4 jours non-stop sans m’en rendre compte et sans la moindre douleur. Ah non, je mens, je carburais au Voltarène 75 tous les jours.

J’ai bouffé de la poudre bleue d’anti-fouling les 2 premiers jours comme un esclave et sans broncher. J’avais les "boosters à donf". Bref j’étais sur un nuage de bonheur. Enfin nous tenions le bon bout. Ma Do a été héroïque. Malgré son Teiva qui ne lui lâche pas les basquets, la bouffe et la vaisselle elle a donné du rouleau plus qu’il n’en fallait sans rien dire.

Bilan : un ponçage complet de l’ancien anti-fouling érodable, 2 couches de primer, 4 couches d’anti-fouling dur et une belle robe lisse bleu clair.

A la mise à l’eau, après nos remerciements chaleureux, un bon vent de travers attendait ma Do. Un homme me dit dans un très bon français : « attention, ils disent qu’en quittant les quais le bateau va se mettre en travers ».

Traduisez : "il va aller se mettre en vrac dans les barcasses en face" !

Et je réponds royal : « j’ai une pro à la barre ! »

Effectivement ma Do a sorti son bateau droit comme un « I ».

En avançant dans cette haie de bateaux sur nos 2 côtés je dis à ma Do : « tu vas trop vite, une manœuvre réussie, c’est une manœuvre au ralenti ».

Elle me répond : «  je suis au minimum, c’est lui qui glisse tout seul ».

Je crois qu’on a gagné notre pari !! J’en ai les larmes aux yeux.

Voilà la fin de cette histoire. Nous allons vous envoyer ce petit baratin qui a un but : vous montrer ce qu’est notre quotidien…

Mais ne croyez pas que ce n’est que des galères. Non, je n’en rajoute pas. Seulement je n’ai tout simplement pas parlé des très bons moments, juste pour ne pas faire trop long et ne pas embêter Paulette pour ce 1er essai !

Cette fois-ci, c’est donc moi qui signe ce 1er volume, il est 2H00 du matin, mais faites confiance à ma Do quand elle va s’y mettre vous aurez droit à tous les faits et gestes de son fils. Et là attention Paulette, il y en a des tartines à dire !

Juste un mot sur Teiva pour les impatients.

Il est de bonne composition et s’adapte à tout. Mais il faut dire que nous sommes à l’écoute et nous savons quand il faut faire un break  et lui consacrer un moment. Par exemple, pendant le carénage il a découvert des portées de petits chatons qui nichaient dans les rochers de la digue. Alors c’était : « on va voir les petits chats », « on va pêcher un gros mulet dans le port pour donner à manger aux chats », comme on s’est fait rabrouer par les gardes –c’est interdit de pêcher dans le port – alors Do fait des ratas de semoule pour ces pauvres chats maigrelets. Dès le 3ème jour ils nous avaient repérés dans le chantier, ils sont venus voir Teiva pour réclamer !!

Nous allons aussi à la plage qui jouxte la marina en ville, nous nous installons dans un café branché et lâchons notre fauve vers les jeux pour enfant. Il monte comme Casimodo dans cet arbre de Noël en cordages haut de 5 à 6 mètres et 15 mètres de diamètre avec une aise déconcertante. Même les plus grands que lui sont moins à l’aise.

Et lui il se la joue à la grande classe : il se le fait pieds nus sur les cordages, il se la joue à la tahitienne. D’ailleurs il est toujours à poil et pieds nus. Pendant le chantier, il s’est sauvé pour faire un tour du bateau en courant à poil, en se fendant la poire !

Au train où vont les évènements, normalement nous aurons des choses à vous dire dans le prochain volume…

Pour ceux qui ne veulent plus recevoir notre journal, tapez sur l’adresse en bas de page et notre méga ordinateur vous rayera de la liste des heureux destinataires…

Vous pouvez aussi faire des suggestions, nous sommes ouverts à tout pour vous faire plaisir et vous faire partager notre Aventure grandeur Nature.

Confidence : à priori Do est contre une participation active à notre  « petit Araka Nui », je compte sur votre soutien actif pour l’en dissuader. Elle insiste à poursuivre son cahier… qui ne profitera à personne.

Un grand merci à Philippe qui vient de vendre notre Picasso. Non seulement ça remonte le moral de ma tendre trésorière, mais ça renfloue quand même de façon non négligeable la caisse de bord qui était devenue légère, légère !!

 


D.P
 

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Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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