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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 19:31

 

Dimanche 9 novembre 2008 :

Entrée en ATLANTIQUE,

C’est parti …

Et oui, avouez que vous n’y croyiez plus ! (Que nous ne la quitterions jamais cette Méditerranée).

 

Eh bien, vous ne nous croirez pas si vous voulez, mais ce matin à 7 H00 dans la nuit froide de la baie de Gibraltar, en nous faufilant parmi les très nombreux cargos et autres pétroliers nous avons embouqué le mystique, le magique…Détroit de Gibraltar.


 

Un petit retour en arrière s’impose.

Depuis AGUADULCE (36°48 N et 2°33’ O) notre Araka Nui respire. Nous l’avons libéré de ses chaînes (en coquillages pour la circonstance) et depuis il nous en est très reconnaissant : il glisse sur la mer comme un dauphin heureux. Ca fait chaud au cœur de naviguer à 8 nœuds. A vrai dire, je commençais à croire qu’il fallait faire une croix sur la vélocité et la performance (comme tous les catamarans normaux).

Et le pire, encore inavoué jusqu’à ce jour : j’envisageais très mal une suite sereine pour notre grand voyage…

Une pensée m’a traversé l’esprit : l’avatar de la dernière tempête qui nous a laissé sur le carreau 3 semaines nous a incité à mettre à profit ce temps pour caréner.

Comme je l’ai déjà dit ce carénage a transformé notre bateau ce qui revient à dire que sans l’avatar de notre genaker à plus ou moins brève échéance notre aventure avec ce bateau aurait pris fin après être arrivés péniblement aux Canaries !!

Mes anges gardiens auront fait en sorte que le grand voyage ne s’arrête point là.

A savoir quelle mission ils me réservent ?


Maintenant c’est de l’histoire ancienne et l’aventure commence.

Maintenant ce bateau je l’aime et je lui parle !

Je le nomme « p’tit frère » dans mes conversations avec lui.

C’est mon frère Guy qui va être surpris et heureux !

 

Nous avons fini par nous arracher des marinas malgré des vents défavorables du moment. Précision : un catamaran n’avance pas à la voile avec le vent dans le nez.

Mais il fallait tirer un trait avec ces 3 semaines de Marinas (même si nous apprécions l’eau à volonté et chaude !) et il n’était pas question d’attendre des vents d’Est favorables sachant que nous entrions dans une période pré hivernale avec ses coups de vents forts plus fréquents.

Donc nous avons sorti nos 2 beaux Volvo et les avons positionnés à leurs allures de croisière : 1800 tours par minute (c’est le régime où le rapport consommation et vitesse est le meilleur tout en avançant à 8 nœuds quand même). Il faut dire que nos hélices à pas variables y sont pour quelques choses…

C’est ainsi que nous avons fait aux moteurs, un de nos premiers record de distance journalière digne de ce nom et entre 2 mouillages : 80 nautiques en 10H00 de navigation de jour, avec des vents de 15 nœuds dans le nez l’après-midi et toujours un fort courant de face …

C’est comme cela que nous avons aligné les dernières étapes espagnoles : un mouillage dans l’avant port de pêche d’ADRA (36°44’ N et 3°01’ O), un mouillage en pleine ville face à la plage de MALAGA (36°42’ N et 4°24’ O) et le vendredi nous faisions l’ultime étape pour une Marina à GIBRALTAR (36°08’ N et 5°19’0). Ville très british avec ses boutiques d’électroniques hors taxes où tous les marins font escales. De plus nous avions un GPS de secours à acheter et aller à la rencontre des fameux « singes du rocher » avec notre Babinou.

Nous faisions donc route, toujours le chrono à la main pour arriver avant la nuit à Gibraltar. Le tout en faisant du rase cailloux en longeant les plages à quelques centaines de mètres pour éviter le plus possible les courants rentrants de 1,5 nœuds.

Ce n’est pas facile de calculer une distance de route journalière quand on suit toutes les baies et autres pointes !


(photo)

« Le rase cailloux avec la SierraNevada enneigée »

Il faut reconnaître que 8 nœuds en rase caillou, ça décoiffe, on n’a pas le temps de s’attarder à « mater les gonzesses ». Nous étions l’animation des touristes qui s’emmerdent à bronzer sur leurs plages sans même un bouquin dans les mains…

 

Quand je vous dit que nous faisions du rase cailloux c’est vrai au sens propre.

Une fois, malgré mon attention continue (à zigzaguer entre les très nombreuses bouées de pêcheurs et « zieuter » mon sondeur constamment pour me caler entre 3 et 5 mètres de fond), j’avais en face une grosse baleine qui faisant un coup oui, un coup non le dos rond juste sur la surface de l’eau à peine ridée.

Puis réflexion faite quand la « bête » fut devant mon étrave, je réalisais : « quand même, des bestioles si grosses à 100 mètres du rivage, ça fait suicidaire »…

et en plus, comme par hasard, la « bête » se trouvait dans le prolongement d’une langue de rochers qui eux étaient bien visibles au dessus de l’eau plate.

Inutile de vous dire que j’ai quitté le pilote auto et que j’ai mis le coup de barre du siècle pour éviter ma « baleine » qui nous aurait fait de grosses bosses à la coque.

Nous en étions donc à faire route vers notre ultime étape Gibraltar, avant le grand saut, quand notre « énergumène », Teiva de son petit nom, décide « qu’il veut aller à la plage avec des toboggans ». Il faut dire que les records ce n’est pas « son truc, à lui ».


Mission est donc donné au capitaine de trouver une plage de sable fin, sans vagues, avec du soleil, surtout avec des toboggans et si possible pas de monde.


Je dois avouer que depuis mes 3 jours de rase cailloux (au point de pouvoir parler aux touristes sur la plage) je connais la Costa del Sol comme si je l’avais faite à pied.

En rasant les plages, j’évite ainsi le plus gros du courant qui peut faire jusqu’à 1,5 nœuds dans le nez (c’est le remplissage continu de la Méditerranée par l’Atlantique qui compense entre autre l’évaporation de cette mer fermée, ceci étant dit pour les incultes).

 

Lorsque tous les paramètres sont réunis sur le dit « coin paradisiaque », tout en tenant compte des impératifs de timing du capitaine (qui veut quand même tenir sa moyenne et se rapprocher au plus près de Gibraltar), il est 15H30 et nous décidons de mouiller là - face aux toboggans -

Ne me demandez pas le nom du patelin, car à part les très grandes villes, ma carte marine électronique (Maxsea) est muette. Si j’en veux un peu plus je sors …

non je n’ose pas le dire…

non, je ne peux pas, les marins vont bondir…

Allez va, chose avouée est à demi pardonnée :

La carte Michelin !

Je dois vous avouer que ma Do préférée, dont vous saviez déjà que c’est elle qui tient la bourse, avait fait la moue quand il fallut sortir 160 € pour acheter les 2 guides Imray (seules références pour la côte espagnole, où toutes les plus petites criques et mouillages sont répertoriés voire photographiés). Bref le guide à posséder d’office quand on veut faire du cabotage comme nous le voulions.

« Non. Trop cher », me dit ma Do.

« Et puis de toute façon après l’Espagne nous n’en aurons plus besoin. Ca sera 160 € à la poubelle » renchérit-elle comme une normande qui n’aurait jamais navigué !

 

Autant vous dire que je ne ferai jamais plus de cabotage «sans filet ».

D’ailleurs, je lui ai dit - tel quel - à ma DO.

 

Bref, nous voila mouillé à 100 mètres de cette belle plage de sable gris, avec les barques de pêcheurs remontées à même la grève (ça commence à sentir l’authentique). Aussitôt notre « P’tit Coco » est mis à l’eau (le « petit bateau » comme l’appelle Teiva) et ni une ni deux tout l’équipage sur la grève.

Qui dit plage à toboggans, dit plage municipale et donc plage d’une ville. Car la Costa del Sol ce n’est qu’une suite de plages avec des constructions relativement heureuses avec une recherche d’architecture et pas de niveaux supérieurs à 4 étages (sauf dans les villes qui ont toutes leurs buildings alignés les pieds dans l’eau). A tout avouer c’est la Costa del Sol qui a reçu notre préférence : tout y est et même les montagnes enneigées juste derrière pour plaire à ma Do.

Pour le coup le capitaine a fait fort, car non seulement il y a un super toboggan avec sa cabane et les filets de pirates qui vont avec, mais le long du « paseo » bordé de petits troquets et restaurants, il y a 2 parcs avec jeux pour enfants et du jamais vus : des jeux pour adultes (pour tout vous dire je n’avais pas vu tout ça aux jumelles).

Notre artiste se régale. Après 2 tours à chaque manège dont ceux pour adultes, interdit aux moins de 14 ans (on cède à tous les caprices chez les Prachou pour leur fils) : il va courir après les mouettes, casse des coquillages entre 2 gros cailloux « pour faire du sable », monte sur le mirador désaffecté du surveillant de baignade, bref tout ce qui fait « râler » sa mère après lui. Mais au moins il se défoule, nous lui devons bien ça.

Il est quand même de bonne constitution. Mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il s’adapte à toutes les situations jusqu’au moment où nous sentons que là, sur ce coup, il faut l’écouter et donner dans son sens. Et comme cela on arrive à le tenir l’artiste.

D’où l’impératif de la plage aux toboggans qui a remis Gibraltar au lendemain !


Dans ce patelin très sympa « sans nom » nous déambulons sur le « paseo » en repérant le petit resto du soir qui nous accueillera : « surtout - pas cher ». Notre artiste quand il s’agit de marcher en ville, il a ou mal au ventre ou mal ailleurs, bref il nous fait la viole pour se faire porter.

Moi, ça fait longtemps que j’ai compris le manège : il se la joue fainéant.

Mais sa mère toujours aux petits tsoin-tsoin le porte. En râlant après lui, mais le porte quand même. Moi, je m’en moque, c’est elle qui a mal au dos… car il pèse l’artiste !

 

Bref, nous achetons quelques produits frais et nous rentrons à bord apporter nos achats et pour nous préparer pour la sortie resto.

L’heure arrivant ma Do préférée commence à dire qu’elle craint de laisser notre annexe isolée sur la grève et de nuit. Sur ces belles paroles, nous attaquons l’apéro et la nuit tombant vite le plaisir de rester bien au chaud dans notre petit « chez nous » l’emporte…

Ouf, pour ma Do elle a gagné le prix du resto ; mais nous concocte un bon petit plat comme elle en a l’habitude.

Tout l’équipage se lèche les babines (moi je pense quand même à mes « sardines à la plancha » à 7 € qui m’ont filé sous le nez).

Après le dîner, nous nous passons très souvent (toujours à la demande du petit monstre) une séquence de « c’est pas sorcier ». Ce soir c’est la Lune.

Après la Lune, lavage de l’équipage et dodo.

Pour vous qui vous lavez normalement dans vos maisons bien chauffées, sachez que pour nous, la toilette c’est ¼ de lavabo pour laver tout le corps et ½ verre pour se laver les dents. Ceci est le régime « en navigation ». En marina, c’est le 5 étoiles pour nous, puisque l’on fait comme vous à la maison… C’est là que Teiva à droit à sa baignoire remplie à bloc et il éclabousse partout sous les « râlements » de sa mère.

Mais ce soir c’est ¼ de lavabo et encore ma Do se lave dans le jus de son fils.

Là sur le coup, je vais vous faire une confidence : ma Do a la vue qui baisse.

Au point, que de près, sans lunettes, elle distingue à peine ce qu’elle mange !

Autant dire que les poils de cul dans les chiottes …

Donc c’est moi (capitaine, je le rappelle) qui le fait. Parce que ça fait « cracra » les sanitaires pas nets. Chacun ses lubies !

Au moment de nous coucher nous constatons une légère tendance de notre petit nid flottant en aluminium, au roulis. Mais un roulis, roulis. Un vrai.

Ma Do s’inquiète et me dit : « à ce compte là, je vais aller dormir sur la couchette du carré » (puisque celle-ci est disposée dans le bon sens) ; alors que notre lit d’amour qui est disposé dans le sens de la marche ma Do s’est vu impartir la place proche du vide.

Un vide de 1, 60 m quand même.

Il ne fait pas bon tomber du lit. Mais le catamaran ça ne roule pas.

Sauf au mouillage. Le bateau étant toujours face au vent, si la houle est perpendiculaire : ça roule comme il faut.

Et puis bonheur, par on ne sait quel enchantement la houle a cessé avant que ma Do mette à exécution son envie de découcher. La nuit fut fort calme et réparatrice.

Au petit jour, comme d’habitude, nous levons l’ancre pour Gibraltar.

Il ne restait qu’une quinzaine de miles.

Nous y serons dans la matinée.

Le rocher est majestueux, là planté au milieu de la mer bleue.

Avant de le contourner par sa pointe sud, nous dépassons le gros cargo qui s’est échoué lors de la dernière tempête. Vous savez celle où nous avons éclaté notre genaker…
 

(photo)

« Le rocher de Gibraltar et son épave. Regardez bien ce n’est pas encore Araka Nui …»

C’est beau mais impressionnant.

Vous avez sûrement remarqué qu’il y a 2 phares !!

Vous allez dire ils assurent à Gibraltar.

Non.

Tout faux.

Au 2ème plan c’est une mosquée !!

Vous je ne sais pas, mais moi j’y vois un symbole…à cet endroit. 

 

Après avoir contourné Gibraltar par sa pointe Sud, oh quelle vision ; oh quelle horreur !!

Des dizaines de gros pétroliers mouillés dans la rade. En arrière plan, une immense raffinerie fumante et puante, effectivement l’horreur.

Nous gagnons le quai station essence après avoir réussi un créneau très serré avec notre bateau qui prenait à lui seul toute la surface d’eau disponible. Ce n’est pas tout de faire les beaux aux moteurs, mais il faut passer à la pompe et à la caisse… ma Do.

Pendant que nous poirottons à manœuvrer entre les bateaux de la Marina en attendant notre tour (le gas-oil est beaucoup moins cher à Gibraltar) j’exhorte ma Do à passer un coup de VHF au bureau de la marina (par correction, lui dis-je), car en plus nous « tournicotons » sous leurs fenêtres « pour solliciter une place » précisai-je.

Ce que ma Do fit dans son meilleur anglais.


Et moi, dans mon mauvais anglais et sans traducteur, j’ai compris dans la réponse que « maccash ». Pas de place pour un cata ! Oh les rosbifs !

Le pompiste, charmant, nous explique que depuis la tempête (encore elle) une des marinas à l’intérieur du grand port de commerce a été volatilisée et que les 2 autres marinas sont saturées.

 

Adieu GPS, singeries et autres bazars anglais...nous irons rejoindre 4 autres catas au mouillage au nord de la piste d’aviation, côté espagnol encore un peu plus près de la raffinerie…

Nuit au mouillage impeccable (traduisez : qui ne roule pas et de plus sans risque de déraper et d’aller se vautrer dans les rochers avec la houle et le vent).

Pour le coup, tant pis pour la raffinerie !

Nous demandons sur VHF l’heure de la marée « par précaution » précisai-je à ma Do.

En effet, nous avions bien relevé sur internet les marées à Gibraltar mais nos indications s’arrêtant 8 jours avant, nous avions du extrapoler les résultats.

Bien nous en a pris, car la marée est 3H00 plus tard que nos calculs !

Quand je vous précisais que nous avions planifié une simulation en fonction des courants avec une vitesse donnée pour avoir toujours les courants « dans le cul » ou nuls…

Là pour le compte nous aurions eu tout faux.

Bref, merci ma petite voix qui nous a permis de rectifier le tir et combien !!

 

Après avoir défait et refait la simulation le Conseil des sages donne son verdict :

Appareillage à 7 H00 demain matin, donc de nuit ; Moteurs au maxi, voile si le vent est suffisant ; tous les way-points positionnés avec leurs heures précises de passage (il ne faut ni être en avance ni en retard, sinon tout les avantages dus au courant deviennent illico un inconvénient avec le courant dans le nez…)

Nous arrivons donc à la journée du Dimanche 9 novembre, le titre de ce journal…

Ce fameux jour de :

 

« La traversée du détroit de Gibraltar » :

 

Il s’agit d’un petit rien de bras de mer entre Europe et Afrique : une quinzaine de milles au plus étroit en somme.

Non seulement les courants y sont très forts (jusqu’à 2,5 nœuds) mais ils se croisent suivant l’heure par rapport de la marée. Ainsi, suivant que l’on est en plein milieu du rail a fricotter avec les supers tankers ou à faire du rase caillou dans le même sens, dans un cas vous pouvez avoir le courant favorable et dans l’autre dans le nez. A chaque heure, toutes les données sont différentes. Donc, au fur et à mesure de notre avancée il faut être au bon endroit. Sinon quand vous avez 2,5 nœuds de courant de face alors que le bateau avance à 6 nœuds, vous avez compris la vitesse d’avancement (la route fond) est de 3,5 nœuds. Autant dire qu’à cette allure vous avez droit au grand jeu des renverses de courant qui se succèdent et vous n’en sortez plus de ce foutu passage.

Avec ma Do, nous avions voulu nous la jouer « pro » avec calculs et simulations préalables. Les croquis minutés étant sur la table à carte et bien en mémoire il n’y avait plus qu’à lâcher le fauve.

A l’heure pile, comme un départ de train SNCF, Araka Nui vient de lever l’ancre. Toujours le capitaine aux manœuvres plage avant et ma Do à la barre.

Le premier way-point est passé à l’heure prévue, le second également. Nous en sommes à faire du rase caillou le long de la côte espagnole comme prévu dans les guides, puisqu’à cette heure de la marée c’est le seul endroit de tout le détroit qui n’offre pas de courants dans le nez. Mais attention il ne faut pas y traîner, car ¼ d’heure plus tard ça se transformera en remontée de l’Amazone.

Puis, un paramètre que nous n’avions pas bien évaluer se présente : le vent.

Il se met à souffler franchement plus fort que prévu. Bien sûr, nous avions intégrer toutes les prévisions météo du coin avec notre super système de BLU et logiciel ad hoc, sauf que dans ce foutu Détroit resserré entre deux chaînes montagneuses le vent subi un « effet venturi » (accélération du vent) et la force des vents double au moins.

Au fur et à mesure que le jour se mettait en place, le vent forcissait.

Tiens, devant nous, 2 bateaux dont un cata qui étaient au mouillage la nuit dernière avec nous !

Ils sont partis de bonne heure ce matin pour être déjà là.

Avec ce vent d’Est, pile dans le cul et qui commençait à friser les 25 nœuds notre Araka Nui planait, surfait dans l’écume.

Et là vous n’allez pas me croire.

Nous allions trop vite !

Notre timing et la simulation ne tenaient plus la route.

Il restait une solution pour bénéficier des 3 heures de courant sortant très fort :

Naviguer dans le rail avec les « monstres ».

Et c’est ce que nous avons fait…

Dans l’émotion et la grandeur du moment nous n’avons pas pensé de prendre des photos.

 

Imaginez ces gros super tanker et autres porte container hauts comme des immeubles de vingt étages qui avancent au moins à 25 nœuds et se suivent à quelques miles les uns derrière les autres et avec, pour donner un peu de piquant, une mer de furie blanche d’écume le tout sous un ciel d’apocalypse chargé de gros nuages noirs.

Il fallait le voir notre tout petit Araka Nui toutes voiles dehors, vent arrière et moteurs en avant toute à tenir sa place aux côtés des mastodontes.

 

Inutile de vous dire que les 2 autres voiliers sur leur parcours « classique » nous les avons laissés littéralement sur place. Ils ne doivent pas encore réaliser.

Le plus dur dans l’histoire aura été d’interpréter le plus tôt possible (alors que nous allions tous dans le même sens) de quel côté le monstre nous arrivait. Afin de dégager du bon côté pour le laisser passer. Car ils allaient quand même plus vite que nous, malgré nos 10 nœuds dans les surfs…

Pour Paulette qui doit me prendre pour une tête brûlée écervelée et sans aucun sens des responsabilités, j’apporte une précision.

J’ai un bon fusible à bord qui déclenche quand les conditions dépassent le stade sécurité : c’est ma Do…

Donc, avec Do partez tranquille, le voyage sera facile !!

 

Nous avions prévu de faire éventuellement une première escale marocaine à Tanger.

Mais dans cette course effrénée, la tête dans le rail, Tanger nous est passée sur Bâbord, nous avons préféré continuer, profiter de cette belle allure sachant que notre destination, les Canaries, était à plus de 700 miles.

Chemin faisant entre vents favorables et pétole toutes les villes marocaines que nous avions envisagé de visiter ont été squeezée (trop éloignées de notre route ou arrivée de nuit ou pétole et obligation de s’y rendre aux moteurs…).

C’est ainsi qu’après la 3ème nuit de mer (record de l’équipage) Araka Nui franchi la première moitié de son parcours.

Ces nuits de quart c’était notre première expérience avec ma Do.

Au gré de nos humeurs, occupations ou autres impératifs de parents nous avons très bien géré la chose.

Il faut dire que notre grand fauteuil de salon en cuir (que j’avais embarqué subrepticement un jour à Sabran, sans en parler à ma DO, pour faire mes siestes lorsque je travaillais à bord toute la journée) est une des pièces maîtresses du bateau.

Aujourd’hui c’est le lieu de prédilection de notre Teiva. Dès son levé il s’y cale, on l’emmaillote dans une couverture, doudou main gauche, p’tit ours sur le ventre et chocolat chaud main droite Si tôt fini le chocolat il demande sa télé, précise exactement le film qu’il désire et il s’envoie un de ses 60 DVD Walt Disney ou autres.

Mais pendant les quarts de nuit, en navigation, nous positionnons ce fauteuil Amiral, très confortable, en position allongée et avec les pieds calés en hauteur il n’y a plus qu’à attendre toutes les 10 minutes le bip du radar qui se met en route pour 1 minute, aller faire un tour d’horizon de vérification dehors et retour au fauteuil au chaud et au calme.

Mercredi 12 novembre :

 

« Le grand jour »

 

C’est tout d’abord un jour de pleine Lune. La nuit, la voûte céleste est certainement moins plaisante à scruter mais en contre partie la mer n’est qu’un grand miroir d’argent.

Ensuite, nous passons dans la journée la barre des 350 miles depuis Gibraltar, soit la moitié du parcours. En Méditerranée nous avons mis 15 jours pour faire cette distance…

Puis, une grande première en mer, une chose trop intime pour être contée ici, ma Do me le censurerait.
 

Enfin notre 1er poisson !

 

Et pour finir escale à SAFI. Notre première escale Atlantique. Dépaysement assuré.

 

Je me dois de vous donner quelques mots sur notre premier poisson « Carlos ».

Vous le saviez depuis que nous naviguons en Méditerranée jamais la moindre sardine pêchée à la traîne.

Puis Carlos à DENIA, nous offre 2 superbes rapalas. Bestioles sifflantes et rutilantes de couleurs avec 2 mahous hameçons inox.

Pas une seule journée ne se passe sans que les rapalas Carlos nous suivent de près à l’arrière.

Depuis que nos navigations sont devenues hauturières et en Atlantique nous croisons le long des côtes marocaines pour être connues comme les plus poissonneuses du monde.

Autant dire que nous ne désespérions pas d’arrêter un jour de bouffer du Vivagel…

Et puis, à plusieurs reprises pendant cette traversée, nous avions bien croché des poissons mais à chaque fois décrochés avant même d’en voir la couleur.

A tel point que je commençais à douter sur les rapalas Carlos et m’apprêtais le lendemain à revenir sur mes « classiques ».

Et puis encore une belle touche … mais cette fois montée à bord sans encombre.

Un joli thon de 4 Kg

Comment le tuer ?

J’avais lu dans les élucubrations d’un voileux (assez génial sur beaucoup de points – il s’agit du bateau Banik) que pour le pas faire souffrir la bête il « l’ensuquait » avec un verre de rhum…

Etat d’esprit sympa au demeurant. Je pense qu’il faut respecter tout être vivant fut-il un poisson que l’on va manger. Je garde toujours en mémoire cette lecture sur les aborigènes (« message des hommes vrais au monde mutant » Marlo Morgan, collection : J’ai lu) où lorsqu’ils tuaient un quelconque animal (serpent ou autre bestiole du bush) ils le remerciaient d’être passé par là pour leur permettre de se nourrir et ensuite ils s’excusaient de l’avoir tuer pour la même raison de nécessité alimentaire.

Vous m’excuserez mais je trouve cela très beau.

 

Donc fort de cette pensée je me trouve devant mon animal qui doit absolument remplacer le Vivagel pour un ou deux repas.

 

Et là, mon atavisme de sauvage, excité de la calebasse, pas fini du cigare, fou d’être bredouille depuis 6 mois, peureux comme un gueux de perdre ma bouftance encore une fois et pour assurer le coup je crie à ma Do : « vite LE couteau ».

Le couteau spécialement acquis à cet effet arriva.

Et sans prière et sans grâce je lui perçai la nuque dans un gros lâché de sang.

De peur de le perdre encore, je crois que je lui ai vidé les entrailles alors qu’il n’était pas encore occis.

Comble de cette affaire de poisson, cette première bête excellente du reste, arrive dans notre assiette ici à SAFI, 1er port de pêche du Maroc ; et je serai demain matin à l’aube à la criée avec un ami marocain pour acheter, à bas prix, à s’en péter la panse ; soles, thons, saint-pierre et autre dorades… C’est l’aventure.


Mais SAFI c’est une autre histoire peut être dans le numéro 4.

Ma Do ne s’est pas encore mise au journal.
En attendant je dois vous envoyer mes bulletins 2 et 3 depuis un cyber café et ça c’est une autre grande première et ce n’est pas gagné (cela fait 3 fois que j’échoue).

 

D.P

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  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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