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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:12

    

EL HIERRO :  Visite de la belle sauvage, avant de faire du sud !

 

Vendredi 28 août 2009 :

    Après un apéro avec nos amis de Targa, Teiva et son grand copain Léo se sont dit au revoir en Casamance. Targa nous y rejoindra dans 2 mois.    

    Cette fois ce n’est pas un gag, nous quittons bel et bien le port de Las Palmas avec un sentiment de saturation, il est temps de prendre du sud.

    Depuis que nous analysons la météo de notre parcours nous avons relevé une constante à cette saison : les vents dépassent régulièrement 25-30 nœuds le long des côtes Mauritaniennes. C’est pourquoi nous décidons de passer à 200 miles de cette côte « trop venteuse pour ma Do », qui comme vous le savez, n’est pas tranquille au-delà de 25 nœuds, alors que c’est juste là que notre bateau commence à respirer et glisse à bonne allure ; à moins de 10 nœuds de vent il se déplace péniblement à 2 nœuds …  mais à cette vitesse fulgurante le capitaine met les Volvo en branle... c’est là que ma Do n’apprécie pas du tout !

    Moralité Eole, si tu veux recevoir des pensées positives de ma Do, envoies lui des alizés entre 14 à 24 nœuds constants quoi qu’il arrive et elle te bénira.

 

    Afin de prendre cette route très ouest, il nous faut quasiment passer pas loin de la petite île sauvage : El Hierro. Justement celle que nous n’avions pas visitée...  

    Qu’à cela ne tienne, joignons l’utile à l’agréable et banco pour une escale à La Restinga pour visiter l’île en attendant une « fenêtre météo sauce Do ».

 

    Nous étions encore à longer la très longue digue de Las Palmas vers le nord que déjà nous recevions notre cadeau d’adieu de Gran Canaria :

une magnifique dorade.

Merci à vous tous nos amis canariens.

    Nous pensons particulièrement à Fran et Elodie qui comptent vivre de leur passion de la mer sur un bateau ; lui est biologiste faisant une thèse sur les hippocampes, elle est cinéaste sous-marin régulièrement primée. Nous espérons bien les revoir un jour.

Samedi 29 août 2009 :
 
    Les 160 miles sont vite avalés, nous arrivons sur le sud d’El Hierro avec un alizé musclé au portant, Araka Nui respire et passe en douceur sur une belle houle formée et déferlante ; il surfe avec des pointes à 10 nœuds. Malgré toute l’aisance de l’allure que je ressents de mon bateau, ma Do y voit plus une vision apocalyptique et me supplie d’affaler la grande voile. Pour ma part, j’observais scrupuleusement la vitesse du vent : toutes les îles de l’archipel connaissent des
accélérations de 10 à 20 nœuds dans leurs pointes sud ; nous frisions déjà les 28-30 nœuds il fallait être près à abattre immédiatement à la moindre alerte.

  

    Nous étions à quelques miles du port, pour rassurer ma Do, nous avons affalé la grande voile… mais je lui ai fait constater que le bateau souffrait plus dans le chaos de la houle avec son seul solent à la vitesse de 6 nœuds !
Les femmes sont ainsi : il faut leur faire plaisir !

    Cela me remémore la réflexion de Lee, un skipper américain en famille sur son gros cata de 60 pieds. Panne de générateur grave impossible à réparer à Las Palmas. J’ai tout fait pour rassurer sa femme qui imaginait mal une traversée de l’Atlantique « sans électricité » avec ses 2 enfants, lui précisant quand même qu’ils avaient 2 gros moteurs de propulsion avec des alternateurs de 130 Ampères…

    Lee était un pro, ancien commandant de porte-avions US. Avant leur départ il avait dévalisé en bidons de gas-oil tous les shipchandlers du port. A la vue de mon étonnement devant une ligne de 9 mètres de bidons « en réserve » alignés sur le pont sans compter les 1 000 litres des soutes, il me dit tout en haussant les épaules : « ma femme est contente ! ».

 

    Bref, ma Do est contente aussi, nous entrons dans le petit port de pêche de La Restinga (27° 38’ 5 N et 17° 58’ 7W). Le vent souffle autant dans le port mais cette fois dans le nez ; ce n’est pas un problème pour ma Do qui accoste en beauté sur la grande jetée du port guidée par un marinero.

    Le port se trouve en plein dans une accélération de l’île ; il faudra donc prévoir marnage, houle et vent fort… C’est là que le « vieux » excelle. Toutes les amarres sont doublées voire triplées, tous les pares-battages sont à poste et même nous mouillons une ancre loin devant pour nous écarter du quai.

    Le bateau est sécurisé nous pouvons partir pour la visite de l’île…             

 

Dimanche 30 août 2009 :

    La Restinga est un petit hameau qui vit essentiellement d’une bonne dizaine de clubs de plongée qui drainent des plongeurs du monde entier vers la réserve toute proche située sous le vent des derniers volcans de l’île. Cela ne m’a pas tenté pour autant, je suis devenu exigeant après Cuba et les Célèbes…

 

    Aujourd’hui le vent dans le port atteint des rafales de 30 nœuds et nous partons à pied à la découverte des proches environs. Nous décidons de nous offrir une journée d’observation avant de rejoindre le lendemain après-midi la capitale Valverde avec le bus pour y louer une voiture.  



Lundi 31 août 2009 :

    Près d’une heure de bus nous sépare de la capitale. Nous découvrons cette nature sauvage bien installé avec la climatisation.

    Aux Canaries les locations de voiture c’est toujours très cool. Aucun état des lieux, ni relevé d’essence ou prise en main : on récupère la clef au bureau et vogue la galère.

    Il est déjà tard dans l’après midi et nous prenons la route ouest pour rejoindre La Restinga. Le temps est couvert, peu propice aux photos. Nous découvrons néanmoins cette partie de l’île la plus peuplée.

    A un petit carrefour ma Do étant « un peu perdue », je vais m’enquérir auprès  d'un paysan qui bricole dans son petit carré de vigne. En fait il vendangeait…

Nous parlons du métier et j’en viens à déguster son vin rosé : très rancio à mon goût. Pour le geste je lui en prends un bidon de 5 litres, mais les 2/3 finiront à la mer : il fallait vraiment s’accrocher pour boire cette purge. Chez nous un vin de ce type n’obtiendrait pas l’agrément, ici ils aiment…

    Plus tard nous finirons par trouver l’unique cave coopérative de l’île. La journée de vendange se termine, les gars sont visiblement fatigués. Malgré leur gentillesse et leur attention pour un « homologue français », je prends congé rapidement non sans avoir obtenu les renseignements utiles sur les différentes qualités dans chaque couleur. Après nous irons chez l’épicier du coin pour tester la production.

 

    Le jour décline déjà, nous prospectons au passage des coins « à revoir », car au point où nous sommes nous avons déjà parcouru toute la côte ouest…

    Demain il fera jour, mais en arrivant à bord nous nous lançons dans un apéro d’enfer avec vino rancio et almogrote !

   

Mardi 1er Septembre 2009 :  

    Nous devons rendre la voiture jeudi juste avant le bus de 18H00 qui nous ramènera au bateau. La fenêtre météo se précise et il semble que notre départ pour le Sénégal pourrait s’envisager samedi.

    Nous voilà bien reposé et une journée entière de visite se présente à nous.

Nous repartons vers la côte ouest et la petite ville de la Frontera. Le grand beau est au rendez-vous : volcans, paysages grandioses, forêts de pins canarios et baignade dans une piscine naturelle…

 

"Le golfe abrité de Frontera"

 

" Sur les hauts plateaux : un peu de Normandie et des vaches"

 

"Les paysages arides et volcaniques se succèdent" 


"En face ... le Sénégal !


 

"Séquence : ballade dans la forêt,
nous rebrousserons vite chemin...
La chaleur étouffante n'a rien à voir avec le printemps Gomero ! "


 "Une chapelle en lieu et place d'une forteresse"

 

   "La virgen de las nieves qui traverse l'île en procession
tous les quatre ans".















"Baignade dans une piscine naturelle: Charcot Azul."

 

"Après l'effort, le réconfort"

 

Mercredi  2 septembre 2009 :
    On efface tout et on recommence. Cette fois-ci nous partons prospecter le sud.

Nous découvrons des paysages lunaires à perte de vue. El Hierro détient le volcanisme le plus récent de l’archipel, à peine 5000 ans. De ce fait l’érosion n’a pas encore fait son travail de creusement des barrancos. Nous allons visiter un centre récemment ouvert sur le thème des Bimbaches, les premiers habitants de l’île. Ils auront laissés dans la lave d’indéchiffrables pétroglyphes.

    De ce côté de l’île la belle route sinueuse serpente dans une forêt de pins canarios. Les sous bois sont propres et exempts de végétation, seule une immense couverture d’aiguilles de pins leur donne l’aspect d’un tapis uniforme de couleur orangée qui faisait ressortir les troncs noircis par les feux réguliers.



"Petit arrêt dans la forêt de pins canarios.
Teiva voulait encore faire une cabane... 
au moins celle-ci était toute réalisée"

    C’est ainsi qu’une des particularités de ce pin endémique de l’archipel est de résister aux incendies. L’écorce très épaisse protège le tronc durant le feu puis malgré la destruction complète du feuillage l’arbre relance des jeunes pousses à même le tronc. Ces jeunes pousses deviendront des branches et le cycle est reparti. Certains ont eu l’idée d’implanter ce pin en Provence… du fait de sa résistance aux incendies ! Malheureusement son système d’alimentation hydrique se réalisant en grande proportion par le feuillage qui récupère l’humidité des nuages qui défilent sous les alizés n’est pas reproductible en Provence…

 

"Pin canario ayant subi le feu"

    Nous attachons toujours beaucoup d’importance sur le choix de notre lieu de pique-nique, car ce moment privilégié où nous nous restaurons doit aussi convenir à l’équipage suivant de nombreux critères. Bien sûr aujourd’hui nous poserons notre sac dans une aire aménagée sous les pins canarios…

 

 "Notre séquence déjeuner toujours très recherchée"


 

 Jeudi 3 septembre 2009 :
    Déjà notre dernier jour de visite sonne et l’heure de reprendre la mer approche à grands pas. J’estime la durée de notre traversée vers Dakar à 8 jours.

    Pas grand-chose en réalité. Mais mon équipage n’a jamais fait plus de 2 nuits de navigation… Comment va se comporter Teiva ? Si le temps se gâte, comment assurerai-je tout ces quarts de nuit, si ma Do est malade ? J’avoue que pour la première fois j’appréhende un peu, mais je n’en souffle mot.

 

    Ce dernier jour de visite nous transporte vers la côte nord-est, dans les environs de la capitale Valverde où nous devons rendre notre belle voiture.

    Pour déjeuner, nous nous offrons un petit resto à La Caleta et passons un bon moment dans les piscines d’eau de mer du village qui se remplissent avec les vagues du large. Teiva barbote. Il n’est toujours pas décidé à se lancer : l’eau lui paraît froide et « agitée » du fait des vagues toutes proches qui brisent sous nos yeux. Cela fait trop. D’ailleurs la maman, de la même trempe ne fait pas honneur non plus à ce site sublime, si ce n’est une pose photo.

 

"Piscines de la Caleta. 
Eau trop froide pour madame !" 

    

 

    Demain vendredi nous effectuerons tous les préparatifs du bateau et en particulier toutes les actions de sécurité. Nos bidons de survie active seront

complétés suivant une check-list précise, puis le tout solidement amarré dans notre annexe. Précision étant ici faite que pour des raisons bien arrêtées nous ne possédons pas de « bib » (le canot de survie gonflable rendu obligatoire par la réglementation française). Notre survie c’est notre annexe « P’tit coco » insubmersible et surtout équipée de panneaux solaires, voiles et tente pare soleil.

 

    Si nous devions nous y rabattre en dernier ressort, nous y trouverions nourriture, eau, dessalinisateur portable, vêtements, GPS, VHF, feux de détresse etc… le tout en quantité suffisante pour traverser l’Atlantique ! Sachant qu’avec notre téléphone portable Iridium toujours dans sa pochette étanche nous pourrions appeler le monde entier en donnant notre position et voir arriver les secours dans les heures qui suivent.

    Nous n’aurions même pas le temps de vivre notre naufrage en mer…bien au sec et le ventre plein dans notre « P’tit coco » !

    

 "Le kayak tant promis à Teiva ... lorsqu'il saura nager est là.

Mais Teiva ne sait toujours pas nager..."       

                                                                                     

   " Falaises abruptes face aux alizés".

    Il est temps de rendre notre voiture et reprendre notre bus à Valverde. 
   
Dans le bus du retour, un vieil homme nous fait l'honneur d'un compte rendu complet sur les « papas de son champ » (pommes de terre). Le chauffeur, connu de tous, participe activement au débat. Après 20 minutes de séquence « papas » ce charmant paysan descend du bus.
   Il est remplacé par un pêcheur...
   Cette fois nous avons droit à la séquence « pescados » qui s’arrêtera au terminus. D’après Do, le monsieur faisait de la logorrhée. Cette fois le chauffeur jouant toujours son rôle de participant attentif à la conversation s'exécutait poliement.
   De retour au port, je sais tout sur la patate et la pêche locale.

" Génévrier millénaire tourmenté par les vents dominants"


"La côte sud : exclusivement du minéral"
 

"Je ne me lasse pas de ce genre de paysage...
 Ma Do râle, car elle poirotte dans la voiture !
Pour elle, seul le végétal mérite un arrêt".

"Ces magnifiques fleurs de plantes grasses
tapissent les surplombs de roches".

"Belle plage inhospitalière de la côte Est, face aux alizés"


"Encore une petite dernière de minéral,
juste pour le plaisir du photographe"

    
Il est tant de nous quitter depuis cet archipel des Canaries qui nous aura reçu durant 8 mois. Nous en garderons un excellent souvenir. Do aura bien appris l'espagnol; allez savoir quand il nous sera de nouveau utile ?

 

 

  

L’équipage d’Araka Nui se joint à moi et vous dit une dernière fois : 

                                  

 HASTA LUEGO

et rendez-vous sur le continent d'en face : l'Afrique de l'ouest et le Sénégal !

 

D.P


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Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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