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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:14

  

 

La traversée vers Dakar ; et vogue Araka Nui… vers un autre continent !

 

Du samedi 5 au dimanche 13 septembre 2009 :

 

    La fenêtre météo avec des vents très faibles s’est confirmée jusqu’à la date du départ prévue, donc nous quitterons bien l’archipel des Canaries ce jour.

 

    Dakar est à 8 jours de mer soit environ 950 miles dans le sud.

    Mon équipage n’a aligné que 2 nuits consécutives en mer depuis notre embarquement sur Araka Nui… Comment va-t-il se comporter ?

    J’appréhende tant pour eux que pour moi-même, sans montrer cette petite inquiétude.

 

    La première journée n’apporte pas de grand changement à nos habitudes de navigation. Nous avions fini par arrêter avec Do que les quarts de nuit seront répartis comme suit : moi assurant la veille jusqu’à 1H00 du matin et Do assurant la relève jusqu’à 5H00.

 

    Comme la mer était un peu agitée, Do s’est installée avec Teiva dans le carré, couchés par terre sur les coussins des banquettes. Pour ma part, je dormais sur la dernière banquette du carré qui avait encore un coussin !

 

    Pour cette première nuit de quart, la réalité nous a conduit à une approche différente du quart de nuit…

    Notre radar bienfaiteur s’est vu régler son alarme à 16 Kms pour une mise en veille toutes les 20 minutes.

    C’est ainsi que notre première nuit de quart s’est passée avec de bons roupillons de plusieurs heures de tout l’équipage.

    Au court de la traversée nous avons appris à déceler toute les finesses de notre fidèle « veilleur », pour le rendre un maximum fiable tant de jour que de nuit d’ailleurs.

    C’est ainsi qu’au fil des jours le petit train-train s’est installé ; nous faisions notre vie : manger, dormir, pêcher, lire, écrire, rêver et régler les voiles, bref tout sauf assurer la veille et barrer ! Cette vie aurait pu se passer dans un appartement…mis à part les petites interventions sur les voiles !

 

    Cette navigation de 8 jours s’est déroulée comme un long fleuve tranquille. Nous avons connu toutes les directions de vents, toutes les forces de 1 à 30 nœuds et les 100 m² de notre voile tant désirée « le reacher » nous a fait défaut. 

 

    Nous passerons commande à notre voilier préféré Jean-Michel RUSSO dès notre arrivée à Dakar. 

 

    Pour des raisons inconnues et inexplicables la pêche a été miraculeuse:

six daurades coryphènes et une bonite sont venues se prendre dans nos leurres à la traîne. Malheureusement, une très grosse touche qui a sondé très fort a emporté mes 200 mètres de fil et mon trés beau leurre . Celui-la aurait mieux fait d’accepter de finir dans notre assiette, car je ne donne pas cher de sa vie avec un tel boulet dans la gueule. 

Le dernier jour, en vue de Dakar nous avons remonté une daurade coryphène d’1,25 m de long. J’ai aussitôt débité l’animal pour le congélo de ma Do, soit 4,5 kilos de filets.  Je venais juste de tout nettoyer, pont et ustensiles qu’une autre touche est signalée à babord. Toujours sur le leurre " à 4 sous" de Décathlon  fabriqué avec du papier à chocolat…  Comme nous sommes  aux moteurs, il est plus facile de réduire la vitesse du bateau à un petit nœud. Ainsi je peux « travailler » ma prise pour l’amener jusqu’au bord. Encore une magnifique coryphène identique à la précédente. 
 

   " Daurade coryphène en cadeau d'arrivée dans les eaux sénégalaises" 
    Et ma Do qui a toujours le mot pour rire : «  mais je croyais que tu n’avais pas remis la ligne à l’eau… je ne sais plus où les mettre… mais qu’est ce qu’on va en faire …le congélateur est plein » ? Bref un flot de paroles de terrien auquel il
 ne faut pas répondre !

 

    La daurade coryphène (maï-maï en tahitien) est non seulement un des plus beaux poissons du large, mais encore c’est le plus succulent du monde.

    Qu’on se le dise mesdames du terrain des vaches : une daurade coryphène quand elle est à bord on ne blasphème pas, on lui donne nos excuses, on la remercie, on prie !    Et surtout on ne se pose pas la question de savoir ce que l’on va en faire… on va la manger… bien sûr ! En sus ce sera un grand moment culinaire et diététique pour l’équipage que l’animal nous soit présenté en poisson cru tahitien, en filets frits, panés ou en tagine … Merci à la cuisinière pour ces délicieux plats.

 

  "Notre p'tit mousse participe activement à la pêche miraculeuse" 

    Inutile de vous dire que nos filets ont trouvé leurs places au congélo. Seul hic, je le concède, c’est que cela faisait beaucoup de poids à congeler. Mais ça c’est le problème de ma Do et pas le mien, l’étalement des mise en congélation. 
 

    L’exprérience se faisant au fil des captures, je suis devenu maître es daurade. Passé le travail de fatigue de la bête vitesse réduite et la remontée à bord je passe aussitôt un nœud de cabestan sur la très large queue pour assurer ma prise. A partir de ce moment je lâche à l’équipage : « mangée » comme pour mon mouillage : « haute et claire » .

 

 

    Inutile de s’escrimer à sectionner la tête de l’animal aussi dure à couper que celle d’un mouton et de plus on s’évite un bain de sang. 


   

"Le maître es dépeçage expose son ouvrage"   

Puis commence le travail de dépeçage. Le résultat sur la photo est explicite :

 

-         Découper les arêtes dorsales et ventrales ;

-         Amarrer la queue de l’animal sur un point fixe ;

-         Entailler la peau au niveau de la queue et tirer fortement à l’aide de pinces pour dépecer le corps recto et verso.

-         Tailler au couteau sur tout le flanc de l’animal en son milieu au niveau de la colonne. Chaque face de l’animal produit 2 filets.

-         Depuis cette entaille médiane, tailler dans le filet ventral puis le filet dorsal en faisant glisser le couteau (couteau à filets très souple) le long des arêtes principales.

-         Au total 4 beaux filets sortent de cette opération qui n’a durée que quelques minutes. Ils pourront être « raccourcis » ensuite en fonction des besoins.


 "L'atelier de dépeçage"

   
     Il ne me reste qu’un point à améliorer : la mise à mort « douce » de l’animal.

Au début j’y allais à coup de marteau sur la tête : carnage.

    Mes dernières prises ont reçues quelques coups de couteau dans la tête : c’est pas mieux et le sang coule plein le pont.

    Je crois que ma prochaine prise sera « endormie » façon Banik (un voileux qui s’épanche sur son site extraordinaire et dont j’apprécie au plus au point son sens marin). Je vous recommande la découverte de son site www.banik.org. Un exemple du genre.

    Il préconise un petit bouchon de rhum dans les ouïes…pour anesthésier l’animal. Oui, un tel animal noble mérite bien ce cérémonial et cette attention.

 

    Je promets que dorénavant je serai digne dans cette mise à mort et

je possèderai toujours un fond de rhum basique pour saouler ma daurade…  

 

 

    La fenêtre météo que nous avions choisie avec ses vents très faibles a été  conforme à notre attente et la traversée s'est déroulée sans surprise sauf notre arrivée en vue de Dakar qui nous réserva quelques surprises.

 

    Tous nos amis connaisseurs de l’Afrique nous avaient mis en garde au sujet des grains en mer qui se transforment en tornades tropicales arrivés dans ces latitudes.

 

    La coupure entre régime d’alizés et de mousson aura été bien perceptible.

Maintenant les nuages sont de monumentaux et impressionnants cumulo-nimbus.

Au loin nous distinguons les éclairs qui illuminent la nuit noire. Je vais débrancher toutes mes antennes : BLU, VHF, GPS ainsi que l’ordinateur de navigation…

    Araka Nui avance sur son pilote auto mais aveugle comme il ne s’était jamais trouvé. Le ciel s’illumine sur 180°. Cette rage du ciel c’est tout simplement impressionnant. Bizarrement au spectacle pyrotechnique il n’y a pas de son.

    Cela rend le spectacle plus supportable.    

 

    La zone est dépassée allègrement, nous sommes sous solent seul en prévision d’une forte accélération de vent. Elle n’aura pas lieu.

    Puis la lumière de Dakar se fait plus précise : d’un halo jaunâtre sur une immense zone de la côte, nous distinguons le phare de la pointe du Cap Vert, l’un des plus puissant d’Afrique.

 

    Ma Do m’avait conseillé de réduire l’allure pour arriver à Dakar de jour.

Mais cela était ignorer les forts courants contraires qui sévissent dans cette zone.

 

    Par principe je m’y étais opposé, prétendant que l’on ne réduit pas sa vitesse à 50 miles de l’arrivée mais un peu plus en vue de la côte.

 "En mer, un magnifique papillon se réfugie sur Araka Nui,
nous lui offrons hospilalité dans le carré.
En reconnaissance il vient se placer sur le capitaine".


    Le petit jour arrivant déjà nous avons la visite des pirogues des pêcheurs qui filent sur l’eau comme des flèches avec leur petit moteur hors bord.
 Nos premiers saluts sont échangés.

    Le vent de face ne dépasse pas 7 nœuds.
J’essaye toutes les combinaisons de voiles pour avancer de quelques misérables nœuds. Le GPS nous indique une vitesse fond de moins d’un nœud. A ce rythme, notre mouillage de la baie de Hann sera atteint dans 24H00… alors que nous naviguons à hauteur de la ville.

    Nous avons donc recours à Volvo et Cie mais la vitesse fond s’améliore insuffisamment. Je donne un peu plus de gaz afin d’assurer un atterrissage avant la nuit, histoire de ne pas essuyer une nuit supplémentaire en mer. Exceptionnellement je pousse les moteurs à 1800 tours par minute (ce qui  correspond environ à la moitié de la puissance admissible).

    15 minutes plus tard, l’alarme de t° d’eau de notre Volvo Bd se déclanche et sonne comme un branle bas qui me prend les tripes.

    Je réduis la vitesse, un bref coup d’œil sur les cadrans m'indique une chute de pression d'huile, je stoppe Bd.

    La vitesse retombe à 2 nœuds… Nous avons près de 3 nœuds de courant dans le nez, auquel s’ajoute une petite brise de quelques nœuds dans le même organe de notre fier vaisseau. Nous sommes scotchés, si près du but ! 

 

    En désespoir de cause, nous tentons de tirer un bord avec changement du point d’amure de notre grand voile (le grand jeu en quelques sortes). Après une heure de louvoyage, je constate que nous tirons des bords carrés. En clair nous n’avançons pas d’un mile vers notre destination.

 

    Du fait de la panne de Volvo Bd il n’est pas question que je pousse Tbd, le seul moteur valide. Je m’emploie à vidanger une bonne partie d’huile en espérant activer la baisse de t° et remonter la pression d'huile du moteur.  

    Rien n’y fait, après 2 H00 de repos, l’alarme sonne toujours. Cette fois elle se paye ma tête, ce n’est pas possible. Je débranche l’alarme, car elle ne peut qu’être bloquée et nous reprenons notre route tant bien que mal clopin-clopant et récupérant chaque risée favorable pour soulager les moteurs.

 

    C’est ainsi que cahin-caha, nous approchons l’île de Gorée et son petit bourg très « cosi » vu du large. Nous la contournons par le sud avant d’entrer dans la grande rade de Dakar. Notre mouillage est là-bas au fond.

    C’est bon, nous changeons d’allure et en même temps la brise se lève.

Araka Nui désire faire une entrée digne. Son équipage tente une mise en ciseau des voiles mais ce n’est pas la panacée ; il s’en remet à la volonté des éléments. Finalement, grand largue fera l’affaire. La petite vague d’étrave cliquette bien, Araka Nui respire dans sa dernière ligne droite avant une nuit dans sa première marina sénégalaise.

 

    Les lieux nous semblent déserts et aucun bateau n’est habité. Oh! pardon, il y a un baba cool français qui nous interpelle de loin, mais la distance faisant… à laquelle s’ajoute ma surdité normale de vieux plongeur : je capte queue-dal. Ce n’est pas grave. On s’en passera. Le lieu me semble un mouroir d’une tristesse absolue. Un marin arrive avec une annexe d’un autre âge. Il nous désigne un corps mort et nous aide pour l'amarrage. Nous avions choisi cette « marina privée » plutôt que le classique Club de Voile de Dakar fréquenté par tous les voileux, sous prétexte qu’il y avait une piscine pour Teiva !

La nuit tombe, nous passons à l’apéro et dodo pour digérer cette traversée sans histoire. 


KENAVO

 

     

D.P

                                                                                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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