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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 15:33

 

Dakar : premiers contacts avec la terre sénégalaise !


Dimanche 13 septembre 2009 :

    Le lendemain de notre arrivée à Dakar, la visite des lieux, cette soit disant "marina privée avec piscine" nous démontre que nous sommes tombés dans un guet appent, depuis 20 ans plus aucun entretien, tout est en ruine et en décrépitude (la piscine est verte d'algues). Même le personnel semble hors d’état. D’ailleurs Dominique soignera le marin qui souffre d’une plaie ulcérée à la jambe et d'une cruralgie.

 

    Nous avions prévu de sauter dans un taxi et nous atteler aux démarches administratives d’entrée au Sénégal sans plus attendre sachant que les délais étaient de plus de 15 jours. Or nous disposions de 10 jours seulement avant de rejoindre notre point de rendez vous à Ziguinchor 150 miles plus sud au fond de la Casamance pour embarquer dans les temps le docteur Yves Menguy et son équipe.

 

    Nous voilà à monter dans un taxi hors d’âge qui zigzague entre les trous  qui jalonnent la route de terre rouge. Précision étant faite que les dits trous sont pleins d’eau. Tout cela cahotant en slalomant entre ces cratères d’eau.

J’avais emporté une serviette pour me « pomper » la sueur qui ne me lâche plus depuis notre arrivée. Ici j’en suis à mon comble de dégoulinures. J’éponge, je bois, j’éponge, je bois et les avenues de Dakar se précisent. Mais c’est toujours des trous, des bas côtés jonchés d’immondices, des gens qui dorment à l’ombre d’un mur près d’une poubelle et dans la poussière générale !

 

"Rue dans la banlieue de Dakar : Hann"   

 Maintenant il semblerait que nous soyons en ville. C’est toujours à celui qui doublera le plus à gauche de celui qui est déjà à gauche. Contrairement au Maroc, je suis étonné de ne pas avoir droit à l’accompagnement des klaxons.

 

    Une fois bien au centre ville, cela ne fait plus de doute, je sens comme un flottement dans le cerveau de notre gentil taximan. Je m’enquiers auprès du maître et au vu de sa réponse évasive je déduis qu’il n’a rien compris de ma destination et en plus pour couronner le tout il ne sait pas où c’est. Vous imaginez qu’avec ces données dans le cerveau notre « guide » ne risquait pas de nous déposer devant la banque Bicis…

    Un petit demi-tour sur les chapeaux de roue, voilà Fangio qui se réveille, un éclair a traversé son esprit et il déboule vers un vigile impressionnant de carrure tout endimanché dans sa tenue… de vigile. Un francophone qui comprend notre requête et envoi taximan dans la bonne direction.

 

    Ma Do arrivée devant « sa » banque (sa BNP qui ne prend pas de frais dit-elle) nous abandonne à notre triste sort en 4ème file de la grande Place de l’Indépendance et fonce vers le DAB faire son tiercé. 

 

    De retour, pleine aux as, tout l’équipage est prêt pour le deuxième acte.

J’annonce la couleur : "commissariat spécial du port". Mon artiste a compris. Du moins il enquille sa première et part au quart de tour. Mais après avoir fait de longues circonvolutions dans la ville, mon sens pointu de l’orientation me dit que nous tournons en rond. Je m’inquiète auprès du taximan et effectivement soit il n’a pas compris ma destination et fonce, soit il ne connait pas le chemin et fonce ou encore plus grave : il n’a pas compris et ne sait pas où c’est et fonce, fonce.

 

    Mon intervention arrive à calmer le jeu et une nouvelle étincelle jaillit dans son cerveau. Demi-tour sur les chapeaux de roue et … bizarre nous retombons sur le vigile-man de tout à l’heure (après avoir fait le tour de la ville quand même).

Grand sourire du vigile-man toujours heureux de rendre service qui nous indique que nous y sommes, là à gauche à 100 mètres. Je pense que taxi man devrait s’assurer de vérifier s’il n’est pas cocu.

Bref, nous le remercions chaleureusement pour les ballades, lui donnons son dû âprement négocié au départ et nous grimpons quatre à quatre vers notre 1ère destination administrative : la Police.

 

    Le gradé charmant nous dit et redit qu’il fait tout pour nous arranger, nous envoit faire des photocopies de nos multiples pièces officielles et nous reprend à notre retour.

 

    Puis je lui lâche mon grand numéro « bzit-bzit pied-noir » (celui qui ferait pleurer tout un régiment de sénégalais).

    J’avais prévu mes « pièces pédagogiques » entre autre les lettres de mission du médecin chef de Ziguinchor et celle d’Yves Menguy nous désignant pour œuvrer à ses côtés.

    Très vite le résultat se fait sentir, notre interlocuteur est aux anges. Il aime les gens comme nous qui donnons pour ses compatriotes.

    Au fur et à mesure de ses explications d’abord nous laissons tomber toutes les sornettes que l’on avait entendues puis nous découvrons l’Afrique, ses pratiques, ses palabres.

 

    En clair, pas de soucis pour nos personnes : nous sommes les bienvenus. Pour prolonger nos séjours de 3 mois en 3 mois tout s’arrangera. Je tairai à juste titre certains détails que la décence m’interdit d’évoquer ici. 

   

    Nous nous saluons chaleureusement et nous disons à bientôt.

 

Notre Teiva qui est sage comme une image mis à part son numéro de timidité systématique, commence à avoir un creux à l’estomac : « je meurs de faim ».

 

    "Cherchons un petit restau dans le coin" dira le père de famille soucieux de la santé de sa progéniture.

     Mais allons donc demander à vigile-man qui est là à 100 mètres.

L’homme dans son grand sourire franc Banania nous indique avec sa main tendue comme un battoir : «  Ici, c’est très bien. Il y a un restaurant au Casino ».

Tout en le remerciant pour ses multiples « aides » inopinées, je le plaisante en lui soufflant qu’il pourrait se coller un badge de « guide » sur la poitrine. Nous découvrons la simplicité toute sénégalaise de notre homme qui redoublera de son sourire « Banania-double » en nous souhaitant les meilleures choses du monde.

 

    Le déjeuner fût excellent mais pas de chance nous étions tombés sur l’endroit à la mode de la ville, le rendez-vous des français au tarif … bien français aussi.

 

    Ma Do ne dit pas trop grand-chose du prix, Teiva non plus… alors tout le monde est content ! Pour ma part, je m’empresse de compter mentalement les jetons de casino placés dans une urne ; le gagnant du concours sera celui qui en sera le plus approchant.

 

    Second taxi pour le môle 10 : les Douanes. Nous avons fait un peu tirer au casino pour attendre les 14H00.

 

    A l’arrivée on nous indique que le gradé est absent. C’est la pause, le ramadan vous comprenez.

    Le quartier n’est pas accueillant, Do se voit mal poireauter dans cette avenue chaude et poussiéreuse. Nous décidons d’attendre au RdC du bâtiment des Douanes en espérant gratter une petite place assise. Do s’installe. Pour ma part je vais fouiner dans les couloirs. On finit par m’envoyer à l’étage.

    Je n’ai rien compris mais j’y vais.

    Au fond, un bureau ouvert. Je présente mon nez. Au vu de la qualité des chaussures de mes 2 interlocuteurs j’en déduit que j’ai affaire aux directeurs.

    Il m’est précisé que c’est la pause jusqu’à 15H00, mais on m’accompagne quand même devant le bon bureau. Au passage le « dirlo » constate que son subalterne est sous la douche : «  attendez le, là dehors, il arrive… »

 

    Notre jeune douanier arrive : tout déguenillé de sa douche, savates traînantes, dégoulinant d’eau et nous lance un : « suivez-moi »…

    Nous nous exécutons. Il nous fait entrer dans son petit bureau.

Ouf, il y a de la clim… Il nous invite à nous assoir. J’en déduis que notre douanier compatissant à décidé de ne pas nous faire « poireauter » et va s’employer à rédiger notre passavant avant la reprise…

 

    Bizarre, il déplie un tapis à nos pieds !?

 

Il quitte ses savates, s’agenouille et … nous commence sa prière sans prévenir !

 

    Non, je ne rêve pas : notre douanier fait sa prière à nos pieds.

    Pour ne pas être en reste, je me mets en position du « penseur de Rodin » et les yeux fermés je mime l’homme en méditation.

 

    Puis, réflexion faite : puisque je suis en position, pourquoi mimer, allons y gaiement… je me fais une belle prière !

 

    Lorsque tout se réveille autour de moi, mon douanier s’assoit en tailleur sur sa natte et commence la conversation en se triturant les orteils.

    Nous philosophons sur l’école des enfants en bateaux. Pour lui c’est clair : les enfants c’est « à l’école » qu’ils doivent aller. Les parents ce n’est pas l’école.

 

    Après un bon quart d’heure, notre philosophe se lève face à son bureau et nous annonce : « encore 15 minutes avant la fin de la pause ».

    Il reprend sa position assise sur sa natte, face à nous et la conversation très sympathique reprend. Il s’inquiète sur notre quotidien.

    Bien sûr, je lui fais mon numéro gratuit de la mission médicale en Casamance.

 

    A l’heure pile, il s’emploie à revêtir sa tenue galonnée, les chaussettes, les chaussures et ouvre son grand registre… C’est parti pour le passavant, paiement de 5000 frs CFA (7€), reçu et au revoir chaleureux avant de retrouver la vraie fournaise de la rue poussiéreuse.

    Vous, fonctionnaires ou douaniers français qui me lisez, prenez cela pour exemple ! Au Sénégal la notion de service c’est çà.

 

    Le taxi nous amènera au Club de Voile de Dakar. Nous allons y prendre des renseignements avant de quitter marinas-mouroir le soir même.

 

    L’accueil est charmant, le lieu est accueillant, mais pourquoi sommes-nous allés nous enterrer en face ?

    Nous rentrons à pied à marinas pour régler notre séjour et lever le camp.

Malheureusement, Ibrahim, le marin que Do devait osculter, arrive un peu tard ; de plus nous discutons longuement avec cet homme qui subit l’avarice de son patron… il ne lui donne même pas d’essence pour se déplacer en annexe dans la marina : Ibrahim doit quémander quelques litres aux « clients voileux » de passage.

 

    La nuit tombe vite et nous repoussons au lendemain matin notre changement de mouillage vers le CVD.

 

Lundi 14 septembre 2009 :

    Nous ne traînons pas à nous arracher du « mouroir » dès la première heure, direction le mouillage du CVD juste en face.

 

    Une fois mouillé, nous hélons la vedette du passeur pour nous déposer sur la digue du club. Pendant le transit nous faisons la connaissance de Moussa, le passeur. Nous apprenons qu’il a des problèmes aux yeux. Do lui proposera un collyre qui s’avèrera très efficace. En questionnant Moussa nous apprenons qu’il n’y voit plus de près. Nous lui proposons une paire de loupe que nous substituons au carton de lunettes destinées à ANIMA de la part de l’association « Correo de la Mar » dirigée par Martha à Las Palmas.

    Au final Moussa partira avec une paire de lunettes de soleil en prime, il ne supporte plus la luminosité. Précision étant ici faite que notre passeur sympathique s’est bien tenu de ne pas quémander !

    Nous accostons à peine. Et déjà une bonne action.

 

    Le club de voile est le point de prédilection de tous les voileux, français pour la plupart.

    Mis à part le bar et sa terrasse ombragée donnant sur la baie, c’est un véritable petit village dans le village. Plusieurs corps de métiers sont représentés par des gars d’une compétence hors pair dépassant nos très qualifiés techniciens de la plaisance azuréenne !! 

 

    Très vite nous confierons à Djigo, le voilier, la confection d’un taud 3 fonctions. Malgré les réticences de ma trésorière, j’insiste pour donner l’accord. Le taud en PVC renforcé de 35 m² sera à la fois une protection solaire du carré, une protection contre la pluie permettant de conserver les panneaux ouverts en notre absence et bien sûr la récupération d’eau de pluie ! Le tout pour 300 €.

    Djigo est le lettré de cette petite communauté. Il sera mon interlocuteur quand il s’agira d’obtenir des renseignements et en particulier pour trouver un contact pour Martha qui veut faire parvenir des livres en espagnol pour l’université.

 

    Très vite nous faisons connaissance de Arhona, le mécanicien et responsable du chariot de mise au sec.

    Moussa qui a bien entendu mes différents problèmes à régler, amène à bord le fameux Arhona. Un grand gaillard taillé dans le roc. Très vite nous survolons mes problèmes de température d’eau élevée. Quelques jours plus tard il sera à bord pour démonter l’échangeur. Un petit coup d’air dans le sail-drive réglera le compte des coquillages récalcitrants. Il m’avait prévenu : « après, tu auras du mal à atteindre la t° ». Effectivement, en dépit de toutes mes cogitations pour résoudre ce problème, la t° du moteur se stabilise maintenant à 75° alors que j’atteignais les 85°allègrement …

 

    Puis nous faisons connaissance de Fatou qui lave une bassine de linge pour 4 €.

    En face du club se trouve toute une série de « commerces » aux services des voileux.

    Je pense tout particulièrement à Farha, l’épicier à l’estanco de 10 m² qui est en mesure de vous fournir tout le ravitaillement que vous désirez. Ce qu’il n’a pas… "pas de problème… tu viens demain" !

 

 "Farha, l'hypermarché face au club de voile"   

    Et puis il y a mama-légumes qui livre le lendemain les plus beaux fruits et légumes des marchés qu’elle choisi spécialement conformément à nos souhaits. 

    N'oublions pas le cordonnier du bout de la rue, qui a chaussé de sandales en cuir sur mesure tout l'équipage. Cet homme de l'art travaille en famille. Tout ce petit monde oeuvre devant le container du maître. A l'intérieur c'est un véritable capharnaüm mais il s'y retrouve. Teiva lui a laissé une belle empreinte de son pied gauche sur un immense registre cartonné (qui doit venir de l'armée française juste en face...).
 

                            " Notre dépôt de pain d'en face"

    Sans oublier le boulanger qui nous offre du bon pain frais et nous évite surtout de le cuire à bord pour ne pas faire dégouliner de sueur d'avantage l'équipage.   

   

  "Notre restaurant chez Taty"


     Il y a aussi le restaurant d'en face qui ne paye pas de mine mais qui nous est d'un grand secours quand ma Do fait grève de cuisine sous prétexte qu'elle est en chaleur...
     Alors c'est là que Taty se décarcasse et nous livre au bar du CVD le plat du jour copieux de poisson pour 1€ l'assiette. Nous aurions tord de nous priver.

   Nos différents travaux commencent à prendre fin, nous consultons déjà la météo Ugrib pour choisir une fenêtre favorable. Si nous partons assez vite nous pourrons faire une escale dans l'embouchure du Siné Saloum.
   De plus il faudra faire une escale obligée à Nioumoune chez Hyacinthe pour déposer notre mètre cube de cartons destinés à ANIMA, histoire de dégager la cabine avant pour nos futurs hôtes...

    Nous avons hâte de découvrir la Casamance, car ici la baignade est impossible. Malheureusement cette magnifique baie de Hann est polluée à un point inimaginable, tant en virus qu'en métaux lourds : une catastrophe écologique financée 2 fois (par la France puis par l'Europe) sans qu'un résultat probant soit perceptible. L'argent aura profité à d'autres personnalités. C'est l'Afrique nous dit-on !

     Bien sûr nous reviendrons à Dakar et au CVD sûrement en novembre pour sortir Araka Nui de l'eau sur les charriots de notre spécialiste Arhona et assurer un bon carénage.

     En attendant tout l'équipage se joint à moi pour vous dire KENAVO
(en attendant d'apprendre à vous le dire en Diola) ...

 

D.P

                                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

RV 05/10/2009 17:21


toujours a lire vos aventures gros bisous


Lulu 23/09/2009 18:08


Coucou les do's !!
Une bonne idée ce site, on peut se tenir au courant de ce qui se passe.
Içi tout va bien, la famille est pleine forme, Paul a décidé de vivre chez grand-mère (allez savoir pourquoi :D ).
Au lycée, il y a pas de mal de boulot, mais ça reste vraiment agréable alors tant mieux ! D'ailleurs, je fais partie de l'association "Mali-dé" qui marche avec mon bahut et un autre établissement.
Il s'agit de trouver des fonds (env 20 000 e) pour la construction d'école, l'exportation de fournitures scolaires et de jeux... 3 salles de classes sont déjà debout :)
Il s'agit d'un engagement d'un an entier, les + motivés partiront 17 jours au Mali en juillet. Pas seulement pour apporter les fonds, mais servir de manoeuvres sur le chantier et faire du soutien
scolaire. Je pense avoir un niveau suffisant pour enseigner les rudiments du français et des mathématiques :)
Je vous embrasse tous les 3.
La couzzzine lulu


Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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