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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 22:04

   « LA VALLEE DU MIEL et MOGADOR »

 

Déjà 15 jours passés à SAFI ...

Notre notion du temps devient toute relative.

J’en suis très heureux, car c’est la preuve que nous tenons le bon bout…Pourquoi ?

 

    Nous savons tous que le temps sur lequel nous autres, êtres humains, sommes réglés est basés sur les cycles de notre Terre dans le système solaire avec un rythme journalier (jour / nuit) de 24H00. Bref nous vivons au rythme du soleil, le temps concret.

 

     Mes différentes lectures m’ont appris qu’il peut en être tout autrement.

 

     Par exemple, la physique quantique nous apprend que le temps n’est que le produit de notre conscience…

 

     Le temps c’est plus que cela. A bien y réfléchir, sa définition même nous échappe, et toute réflexion sur son essence nous entraîne vers des abîmes métaphysiques et les plus hautes sphères de l’abstraction. Il est le mystère des mystères même si Einstein nous a fait avancer d’un grand pas en reliant la notion d’espace et de temps.

     A chaque être humain de prendre conscience de la place infime qu’il occupe dans cet espace démesuré qu’est l’Univers et de s’interroger sur la signification de notre passage (aussi limité dans le temps que représente une vie entière d’être humain).

     C’est cette longue réflexion qui m’anime depuis quelques temps. Elle est soutenue par la lecture d’œuvres diverses (entre autres d’origine bouddhistes et hindouistes) qui m’incitent à penser que l’être humain ne peut qu’être duel.

C'est-à-dire composé d’un corps (ou enveloppe) matériel et d’une âme immortelle. Si l’âme est immortelle elle n’est pas soumise aux limitations du temps et de l’espace.

    L’acceptation de cette prémisse permet de changer ma vision des choses et d’adopter un nouveau paradigme qui a pour effet de transformer radicalement mon approche de la Vie et de rompre les chaînes de mon éducation matérialiste focalisée sur un seul aspect de l’existence.

Cette philosophie de la vie s’impose à mes yeux, pour la simple raison qu’elle donne un sens moral à mon existence sur Terre. S’il n’y avait rien après… quel gâchis !!

 

     D’où ma croyance de la réincarnation.

 

     Ce qui est sûr c’est que j’ai acquis la certitude que nous ne sommes pas faits pour courir après le temps. C’est pourtant ce que notre vie « moderne » nous incite de faire dès lors que nous sommes éveillés.

D’ailleurs, c’est le temps qui régit notre vie moderne matérialiste : « Time is money ».

Ensuite, chaque jour c’est la course contre la montre, et les files d’attente.

 

     L’organisation de la vie actuelle semble s’écarteler entre deux extrêmes : d’un côté tout faire rapidement et toujours plus vite, et de l’autre, nous rappeler sans cesse notre statut d’être humain subissant les contraintes de l’espace et du temps, et nécessitant de ce fait un ralentissement régulier de notre rythme trépidant.

 

     Sans vouloir imposer ma vision de la vie, je me suis essayé à vous faire comprendre la juste raison de mon souhait de « larguer les amarres », de m’enrichir à travers la découverte des autres et ceci au rythme le plus lent qu’il soit.

 

    C’est ainsi que nous sommes toujours à Safi, parce que nous y avons découvert une population accueillante. J’ai bien dit « une population ». C'est-à-dire que notre impression ne se limite pas à quelques personnes rencontrées ici ou là au gré de nos déplacements et qui nous ferait généraliser ensuite.

Chaque personne que nous croisons, enfants, hommes ou femmes portent ce regard chaud à notre égard. Nous nous y sentons bienvenus. Voilà tout.

 

Lundi 24 novembre :

     Plusieurs voiliers nous aurons accosté pendant notre séjour au quai de Safi. Bien sûr, nous découvrons « radio cocotiers », cette formidable source d’infos dont il faut savoir faire le tri. C’est ainsi que nous apprenons que la marina d’Agadir est très chère (gérée par une société privée qui gère aussi un port de la Côte d’Azur).

 

     Pourtant je pensais que cela serait un bon point de départ pour faire visiter le Grand Sud marocain à ma Do.

Je vous rappelle que je suis un pro du Maroc... D’ailleurs je suis surpris du vocabulaire marocain qui me revient jour après jour. C’est déterminant pendant les « opérations » de marchandage de démontrer que je suis un peu du coin, en particulier cela évite la tendance de tout marocain à multiplier le prix normal par deux lorsqu’il est en présence d’un étranger.

 

     Il s’avère que tout concoure à laisser le bateau à Safi, en confier la surveillance à Bouchaïb et des français du voilier à couple d’Araka Nui.

 

     Après une âpre cavalcade dans Safi avec mon ami Bouchaïb, nous trouvons une petite Fiat pour 25 € par jour. C’est parti pour 4 jours dans le Sud. Cap vers Agadir.

 

     Avant de partir nous avions tenté, mais en vain, d’acheter un guide du Maroc.

Mais Safi n’est pas assez touristique pour trouver ce genre de produit. Aussi nous avons sollicité nos voisins Danielle et Gérald, un couple de retraité qui visitent Safi en profondeur depuis 10 jours et qui vont justement visiter Mogador en bus pour qu’ils nous rapporter un guide.

     C’est ainsi que nous partirons avec un superbe « guide du routard 2008 ».

Ayant reçu le guide quelques jours avant le départ nous avons pu nous concocter un parcours sur mesure. Ce sera Ouarzazate et Zagora avec les vallées du Dadès et du Draa.

 

     Le départ de Safi est donné à 10H00 et nous embouquons la route intérieure qui mène à Agadir en évitant Essaouira (Mogador). Nos amis nous ont décrit Mogador et sa Médina très cosy et bondée de touristes ; nous préférons rester sur notre bonne impression de la Médina de Safi. Et puis nous pensons que toutes les Médinas se valent.

 

      Midi arrive très vite et l’estomac de l’équipage réclame sa pitance.

C’est ma Do qui conduit. Elle est tellement chi.... lorsque je dépasse la limitation de vitesse, que je préfère déléguer la fonction royalement. Au moins je profite du paysage les doigts de pieds en éventail.

Seul problème nous avançons à 40 Km/h de moyenne, dans ce cas il faut reconnaître que nous serons rendu à Agadir dans 3 jours…mais en toute sécurité.

     Soit 3 jours aller et autant pour le retour = voyage dans la bagnole !

Ce n’est pas le bon deal. Je reprendrai donc le volant après l’excellente escale déjeuner autour d’une piscine et des orangers chargés de fruits.


     D’ailleurs nous sommes allés « emprunter » 2 belles oranges en haut de l’arbre, histoire d’apprendre à notre artiste : l’art de cueillir un fruit mûr, sans demander et sans se faire prendre… mais attention : en disant merci au Bon Dieu. D’autant que ces oranges navelles étaient les toutes premières de la saison. Actuellement c’est plutôt la période des clémentines.

 

     La route vers Agadir est sans histoire. J’arrive à garder 1 œil sur la route, 1 oeil sur le paysage et 1 œil sur le compteur pour assurer la moyenne !

Il faut une anatomie spéciale pour conduire sur les routes marocaines.

 

     En fin d’après midi, la nuit arrivant très vite, mon copilote, l’œil rivé sur le guide du routard, me récite (pas le coran, mais presque) tous les petits patelins avec leurs particularités.

 

     Non, c’est pas encore le bon pour l’escale du soir, me dis-je.

Il faut avouer que je suis exigent et que la liste des critères est longue.

 

     Puis nous traversons un petit bourg le long d’une plage immense avec une cinquantaine de barques de pêcheurs remontées sur la grève, le soleil va bientôt se coucher. Déjà je me fais mon cinéma dans ma tête : ballade sur la plage au coucher du soleil pour dégourdir les jambes de l’équipage.

 

     Je stoppe devant le seul bistrot. Demande où pourrait-on dormir. Quelques palabres en arabe et avec les mains et me voilà présenté à l’épicier.

Il s’avère que cet homme est le proprio d’un superbe appartement à l’étage et du complexe épicerie-bistrot-restaurant.

     Je visite l’appartement au pas de course derrière mon guide. Je négocie le prix de la ½ pension (en réalité, pas vraiment : coucher de soleil imminent oblige : c’est à ma Do que j’ai osé dire que j’avais négocié ferme).

Bref, je file à la voiture : « c’est OK la petite famille. Tout le monde descends. Fissa, on débarque notre bardas dans l’appart et on rejoint la plage avant le coucher du soleil » !

 

     En réalité la précipitation n’était que dans mon esprit seulement. Mon plaisir d’organisateur est tel que je fais en sorte que tout soit lisse, facile, magique et beau. Même s’il faut accepter un tarif « américain » pour ne pas louper la ballade sur la plage…

 

     Et bien, nous avions bien pressenti le coup : justement une barque de pêcheur arrivait…

     Nous avons pu suivre les opérations de débarquement du matériel et du poisson par une noria d’hommes. Puis il a fallu porter, traîner cette barque, qui faisait bien sa tonne, sur plusieurs centaines de mètres (marée basse oblige).   Trois troncs d’arbre en travers et « y’allah » les 12 hommes à porter, tirer, pousser cet engin très lourd.

 

     De retour à notre location, ma Do fait l’inspection.

Il y a un hic. Les draps ont fait la saison complète !

    Je me rappelle alors un couple de personne que j’avais connu qui m’avaient laissé pantois lorsqu’ils m’apprirent qu’ils apportaient toujours leurs draps dans les hôtels … en France ! Il faut dire que le monsieur commerçait dans la literie à Paris !!

 

     Pour l’occasion cette pratique nous aurait bien aidé. Pas question d’aller pleurer chez l’épicier. Question de fierté. Chez nous on est pas des ...

     Ma Do qui est opérationnelle, instaure que nous ferons dormir Teiva dans notre grand lit entre nos 2 sacs de couchage ouverts. Ce que l’artiste adore faire, vous imaginez bien.

     Cette opération se justifiait encore plus pour le petit lit, qui pour l’occasion avait des draps qui venaient de passer 2 saisons de locations !

 

     Nous attendions depuis plusieurs jours « la bonne douche à l’hôtel ».

Et oui, sur Araka Nui nous sommes à Safi depuis 10 jours et c’est à chaque fois la course aux « bakchich » pour avoir de l’eau. Pas que ce soit cher. Non. Mais c’est toujours une embrouille pas possible dont on ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. Conclusion, nous n’avons obtenu de l’eau qu’une seule fois depuis notre arrivée.

     En sus, je vous rappelle que malgré l’autonomie énergétique de notre maison flottante, il faut faire tourner ½ heure un moteur pour avoir la douche chaude. Comme je me suis cassé la tête avec mes amis Bernard et Jean pour ne pas être obligé de faire du moteur tous les jours pour recharger les batteries, vous comprendrez que ça me fait rechigner de lancer les moteurs uniquement pour l’eau de la douche de mon équipage préféré.

 

     L’heure de la douche arrive donc. Il y a un hic...

Le petit chauffe-eau à gaz (dimension lave-mains) est à 25 mètres de la douche. L’eau tiédasse arrive en pointillé. Pour les grandes eaux de Versailles ce sera pour la prochaine fois. Inch’Allah. Mon Teiva n’a pas apprécié. Pas plus que sa mère qui attendait ce jour avec impatience pour se laver les cheveux.

     Moi, stoïque je ne lui avais même pas dit que l’épicier m’avait bien averti : son petit réservoir d’eau été alimenté à la main, qu’il n’y en avait pas beaucoup et qu’il fallait y aller mollo sur le robinet ! Du coup la douche écossaise a eu raison de l’équipage qui s’est avéré très économe en eau.

 

     L’opération lavage de l’équipage étant vite bâclée, nous nous dirigeons vers la terrasse attenante pour déguster notre tagine de poisson. Après cette journée de voiture, le dodo est bien mérité. Nous nous insérons dans le lit, un montage spécial sandwichs élaboré par notre Do qui a fait le désert (ici aussi les nuits sont très fraîches depuis 8 jours).

 

Mardi 25 novembre 2008 :

     Au petit matin le coq de service (Teiva), fidèle à ses habitudes, gesticule et tape dans nos « fragilités génitales » pour réclamer son chocolat.

     A bord, quand il appelle à la même heure on le laisse un peu brailler. Entre les coques bâbord et tribord il y a de la distance… Mais quand nous l’avons entre nous deux : il en profite le bougre. Il se venge.

C’est de bonne guerre.

     Le petit déjeuner nous fait découvrir une particularité berbère. Nous savons que nous entrons dans le pays du miel. En effet, sur la table sont présentés soucoupe de confiture, de beurre et de miel.

J’attaque la confiture. Tout est correct.

Do qui pratique le miel tous les matins, attaque le miel.

Un fois fini la tartine elle me sort : « c’est bizarre le miel a un petit goût d’huile » ! Je lui réponds comme celui qui sait tout : « ils sont pauvres, peut être ont-ils l’habitude de l’allonger un peu »…

A sa 2ème tartine ma Do précise un peu mieux : «  c’est bizarre, il est très liquide ».

En bon chef de famille je m’oblige à goûter, dès fois qu’on m’empoisonne ma progéniture !

«  Et couillon, c’est de l’huile d’olive pure ! » lui jetai-je en pouffant de rire.

 

     Je vous avez dit que ma Do avait la vue qui baissait… Voilà les conséquences.

       Elle prend de l’huile pour du miel. D’ailleurs on en reparlera du miel de la région un peu plus loin : c’est une pure merveille et sûrement pas liquide comme de la flotte !!!

 

     Après ce "petit-déj" copieux, l’épicier-aubergiste-hôtelier nous apporte, fort gentiment, les réponses précises sur notre itinéraire qu’il nous manquait.

 

Au fait je ne vous avais pas dit la meilleure !

 

     Quand nous avons découvert d’une part, les routes nationales marocaines et d’autres parts la moyenne réalisée par jour, nous avons vite compris que Ouarzazate et le Grand Sud auraient été une vraie galère pour notre gadget de 3 ans ½.

     Aussi nous avons très rapidement revu à la baisse nos désirs égoïstes de déserts et autres vallées du Dadès.

    C’est ainsi que nous avons opté pour la Vallée du miel à 20 Km au nord d’Agadir. En nous disant que nous y traînerons pendant 2 jours à faire quelques ballades à pied et autres découvertes de villages berbères.

 

     C’est ainsi qu’à ½ heure de voiture de notre « bivouac » nous quittons la route côtière d’Agadir vers les montagnes intérieures. Très vite nous longeons des gorges taillées dans la pierre rouge et déjà nous doublons des petites oasis charmantes.

 

     Lorsque le soleil fut déjà bien haut et que la température se trouva agréable nous nous arrêtâmes dans un de ces petits villages berbères de montagne bâtie sur la périphérie d’une oasis.

  F0009.jpg

"Oasis dans la Vallée du miel et du Paradis,

à 20 Kms dans le Nord d’Agadir"

     Après avoir appris à Teiva à bien marcher sur la petite bande de terre étroite faisant office de chemin, nous déambulons au milieu des carrés de culture, saluant ici ou là le paysan qui irriguait son champ.

 

     Je ne sais pas si la lumière qui filtrait à travers les palmiers, ajoutait un petit air magique supplémentaire mais j’avais l’impression d’avancer à pas feutrés dans un rêve : un éden resplendissant de Lumière dans un havre de paix et de murmure voire de silence.

     D’ailleurs, mon fils ne s’y trompait pas, il ne réclamait pas les bras de sa mère : il glissait avec un réel plaisir au milieu de ses petits carrés de blés fraîchement arrosés.

 

     Puis, je vois un vieux berbère, le salue, m’approche de lui doucement est lui demande dans un arabe sommaire s’il y a moyen de manger quelques choses dans le village.

     J’avais bien vu que ce n’était pas un coin à touristes et les quelques derbs en périphérie n’avaient rien de commun avec une échoppe pour gosiers de touristes affamés.

 

      Le vieux monsieur me répondit dans un français impeccable :

- « qu’est ce que vous désirez mangez » ?

Moi, pas bégueule je lui répondis :

  • « peu importe, ce qu’il y aurait… un tagine par exemple » !

  • « Oui, si vous voulez, je vous fait le tagine chez moi ».

  Après m’avoir expliqué où sa maison se trouvait, nous convenons que nous le rejoindrons après notre ballade dans cet oasis de paix dans une heure.

 

     Au bout d’un certain temps lorsque les batteries de l’équipage furent ressourcées de ce bain de jouvence nous regagnâmes la voiture pour rallier la dite maison à la sortie du village.

 

    Notre Mohammed nous attendait devant sa jolie maison moderne qui surplombait la vallée face aux gorges majestueuses d’où s’échappait une immense cascade (à sec quand nous y étions).

Le-MarocF0012.jpg

"Les gorges de la vallée du miel. Vue depuis la maison de Mohamed".

 

     Nous nous déchaussons avant de rentrer, comme il se doit dans la coutume.

Et m…., il nous installe dehors dans la cour en béton autour d’une table de jardin en plastique, alors que nous voyions bien l’intérieur couvert de faïences et rutilant.

 

     Possible que sur ce coup le Prachou n’a pas compris le deal…

 

     En fait, rassurez-vous, l’hospitalité berbère n’est pas un vain mot. Dans la cour nous avons dégusté le thé à la menthe avec la « kesra » (pain rond marocain) une soucoupe d’un produit très épais et une soucoupe de liquide verdâtre.

     A l’usage, ça c’est avéré être le meilleur miel du monde et de l’huile d’olive aux parfums inégalés.

     Après avoir tout appris sur le miel de cette vallée, notre hôte Mohamed nous invite à entrer dans sa jolie maison. Et là, le meilleur tagine de ma vie nous est servi.

     En fait ce qui fait la différence c’est précisément la qualité des légumes : jusqu’aux petits pois chaque légume était une explosion de goût dans le palais.

     Des légumes cultivés avec amour, dans la vallée du Paradis dans un terroir exceptionnel cela offre des légumes d’excellence. Et le tagine mijoté sur un « kanoun » au charbon de bois se trouve être un petit bonheur des goûts retrouvés.

 

      Au fil de la conversation nous découvrons que Mohamed, qui était cuisinier à Agadir avant le tremblement de terre (1960), a très bien connu l’hôtel Marhaba (avant qu’il ne soit écroulé) qui était sur la plage, et où mon père animait le « Club Mickey » tout l’été, faisant ainsi profiter sa famille au frais de l’océan, loin des chaleurs torrides de Marrakech. (photos ci-contre)

 my06-030.jpg


my06-031.jpg"Mon père Alix, animateur du Club Mickey, hôtel Marhaba -
AGADIR – 1953"

 

    Le temps passe et nous demandons à notre hôte où se trouve l’hôtel Tifrit où nous avions prévu de descendre ?

 

    Mohamed nous précise que c’est à 5 Kms plus haut dans la vallée et que c’est son gendre qui tient l’établissement. Il se propose de nous y accompagner. Le monde est petit.

 

   Malgré sa résistance de recevoir 200 Dirhams pour le remercier de ce succulent accueil nous réussissons à les glisser à sa femme : pour ses petits enfants…

 

    Imaginez bien la situation :

Vous vous baladez dans la rue, vous abordez le premier venu, vous lui demandez où il y a un restaurant, il vous propose de vous faire manger chez lui pour vous dépanner parce que dans le patelin c’est le désert, sa femme vous fait patienter devant un thé succulent le temps que le tagine du siècle mijote et pour finir … il vous invite à ne pas le payer !!

Allez donc trouver ça en France…

 

    Arrivés à l’hôtel, Mohamed demande à son gendre de nous réserver le meilleur accueil (traduisez : ne les prends pas pour des citrons et assures leur le bon prix).

 

    Malgré sa résistance je raccompagne Mohamed chez lui ; il était près à se taper les 5 Kms à pied, du haut de ses 85 ans, seulement heureux d’avoir rendu service.

 

   « L’hôtel est très cosy, mais pas cher... » dira ma Do (merci le guide du routard).

Dans l’après midi nous continuons un peu en voiture en remontant la vallée du Paradis.

Nous allons à la découverte de ces abeilles et tombons sur un apiculteur amoureux fou de son métier et des abeilles. Il nous amène voir ces ruches de conception ancestrales réalisées dans un tube en osier recouvert de terre et de bouse de vache.

Il nous explique que le miel de la région (miel de thym, de cactus, de caroubier etc…) est exceptionnel et recherché par tous les marocains gros consommateurs de miel, en particulier parce que les abeilles trouvent dans la vallée des plantes aux arômes très forts. (J’avais remarqué ça en dégustant les plantes aromatiques du jardin de Mohamed).

Nous échangeons longuement et je lui explique l’agriculture biodynamique élaborée par Rudolf Steiner qui place les abeilles au centre du monde.


     A ce titre, j’ai un scoop a vous donner : le même Steiner a dit dans les années 20, que si les abeilles disparaissaient de notre Planète, l’homme en avait pour 6 mois à disparaître. Avant de quitter la France, j’ai appris qu’un fléau inexplicable frappait les abeilles et que celles-ci mourraient par million de par le monde. Aux USA leur nombre serait tombé à 50 %...

Pour info, c’est le même homme qui avait prédit en raisonnant par l’absurde : « c’est comme si on donnait de la viande à manger aux vaches, elles deviendraient folles… ».

 

    La douche du siècle ne se fait pas attendre, l’équipage commence à puer le fennec.

 

    Puis l’heure du dîner sonne pour les estomacs creux.

 

    Depuis 2 jours notre rejeton ne mange plus rien.

Non, il n’est pas malade.

Mais impossible de le garder en place : partout où nous allons il y a des chats.

Et la chasse aux chats est plus importante qu’assouvir sa faim pour Teiva.

Conclusions : quand il arrive, c’est froid, il râle, en bon père de famille je lui dis : « C’est plus l’heure, demain il fera jour et tu mangeras mieux »…

A ce rythme l’artiste il fait la diète. A cela s’ajoute une petite indisposition gastrique, un petit « chouya » de rhinite et un zeste de fatigue.

 

    Donc la maman diététicienne es sciences en conclu que ce soir il serait judicieux de commander un coucous pour que Teiva mange un peu (mon fils n’est pas trop « tagine » comme son père) !

 

    Le couscous, c’est de la flotte. Peu importe, mon fils a bien mangé, sa mère est heureuse.

Nous sifflons 2 bouteilles de rosé avec un jeune couple de hollandais et l’hôtelier tout en philosophant sur l’avenir du Maroc.

 

    Toujours est-il qu’à 2 heures du matin notre Teiva dans une grande quinte de toux nous « dégueule » son mauvais couscous dans son lit. Dehors il fait un froid de canard.

Nous sommes à 1200 mètres d’altitude. Après un aller-retour aux sanitaires extérieurs l’artiste rapplique douillettement dans la couche parentale. Ce qui nous autorisa à dormir ma Do et moi-même de part et d’autre de la bassine et de notre fils.

   Nous avions bien prévu, car le bébé aura remis cela par deux fois encore dans la nuit.

   Le lendemain notre Teiva sera remis de ses émotions comme si de rien n’était ; pas comme les parents qui tiraient un peu du nez. Il est dur notre gaillard.

 

Mercredi 26 novembre 2008 :

    Un bon petit déjeuner au miel du pays et ça repart. Toute la famille est d’attaque.

 

    Nous avions prévu de rester 2 jours à cet hôtel pour rayonner dans la vallée.

Mais là, c’est le côté génial que nous avons ma Do et moi-même, sans s’épancher sur le sujet, nous avions déjà le même avis : c’est bon, ici on fait le tour du sujet on ne reste pas un jour de plus.

 

   C’est fou, ce point de vue identique que nous avons dans toutes les situations. Du coup nous tombons d’accord presque systématiquement pour tout.

Ou presque.

    Pas sur la façon dont ma Do suit l’équilibre alimentaire de son fils.

D’ailleurs, c’est à ce titre que je lui sort souvent et à chaque occasion, « toi, la diététicienne tu devrais savoir que pour ton fils… » (Ce genre d’approche du père, elle n’aime pas trop, elle se rebiffe, mais au moins c’est dit).

 

    Du coup je propose à ma Do de poursuivre cette vallée jusqu’à la route Agadir-Marrakech et d’aller dans la vallée de l’Ourika au sud de Marrakech où j’ai aussi de très beaux souvenirs d’enfance.

 

    La fin du parcours de cette vallée du miel est époustouflante de beauté.

Le Créateur à mis tout son savoir faire pour réaliser autant de paysages saisissants et différents sur des distances aussi courtes. Non, Daniel, il n’y a pas de Créateur…

 

    Néanmoins à la croisée des chemins vers Marrakech ou Safi, nous nous rendons à l’évidence : Marrakech c’est trop loin. Les distances sont importantes et malgré la qualité des routes les moyennes ne peuvent dépasser 60 Km/H.

 

     Accord unanime de la famille : nous rentrons.
     Ce soir nous irons donc à Essaouira.

 Le-MarocF0017.jpg

 

"La maison du chameau, au bout du bout, du monde.

Sans électricité, mais quel bonheur de simplicité".


    Nous choisissons « la maison du chameau » 7 Kms avant Mogador. Un petit derb composé de 4 chambrées sans électricité. Nous redécouvrirons le bonheur d’un bon éclairage à la bougie.

Mais il est encore tôt et nous avons le temps d’aller dire un petit coucou à Mogador et son minuscule port de pêche dans lequel nous devions faire escale.

   Après une ballade sur son immense plage, nous allons faire un tour au port de pêche.

 

 Le-MarocF0024.jpg

"Le minuscule port de pêche de Mogador".

 

Effectivement je reconnais que nous aurions eu du mal à caser notre cata dans cet enchevêtrement de chalutiers et cette marée de barcasses de pêche bleues.

Les trois petits voiliers, à couple de la vedette de secours en mer, perdus dans un amalgame de coques crasseuses et puantes, semblent être un anachronisme.

 

 

Puis, nous nous engageons pour la visite de la Médina attenante.

En effet, la Médina est très cosy. Trop peu être.

Ca fait un peu échoppes à touristes (style la Grande Gargouille de Briançon). Nous nous faisons arnaquer par un marchand de parfums, nous mangeons la plus mauvaise soupe arabe de ma vie (mais pas chère me dira Do).

Mais ne soyons pas bégueule, la Médina est très belle, remplie de touristes. Nous aurons quand même une préférence pour celle de Safi : plus authentique.

 

Vers vingt heures nous rejoignons notre petit derb perdu dans la cambrousse.

 

En arrivant nous découvrons un couple de français qui se sont fait servir par la maîtresse de maison un tagine dont ils nous vantent les mérites, le tout devant un superbe feu de cheminée. Pour le coup, je reconnais ne pas avoir été bon et je regrette le restau à touristes désargentés de la Médina, où d’ailleurs mon fils adoré s’est vu présenter un plat de spaghettis nature.

 

Nous nous couchons dans des draps éclatant de propreté, la pièce légèrement chauffée par 2 bougies gentiment allumées par notre hôte avant notre arrivée.

 

Nous apprécions les quelques pages de lecture à la lueur des bougies avant de nous éteindre en beauté après cette journée pleine de belles images.

 

Jeudi 27 novembre 2008 :

 

Le lendemain, il faut prendre le chemin du retour. Nous préférons annuler la sortie en chameau, car le temps menace (il a plu dans la nuit).

Nous retournons à la Médina de Mogador (comme si nous n’avions pas eu notre dose).

A vrai dire ma Do avait des trucs de femme, urgents, à acheter, car c’était les eaux du Rhône avant l’heure…

Nous avons pris une rincée au passage, nous nous sommes réfugié au grand Café de France à siroter un thé à la menthe en lisant le journal du pays et en attendant que l’orage passe. Le journal est écrit dans un français impeccable qui ferait rougir de honte nos pigistes du Dauphiné Libéré ou autre Midi Libre.

 

Pour déjeuner, nous avions commandé un tagine à notre « maison du chameau » et après un bon café, nous avons entamé la route côtière Essaouira – Safi.

Cette route suit une très belle côte sauvage où les terres cultivées bordent le sable des dunes de cet océan toujours agité.

 

No-l-2008-Gran-Canaria-018.jpg"Nous nous arrêtons pour regarder ce paysan labourer son champ.

dans le silence de la campagne et le grondement des vagues au loin".

 

Nous retrouvons Safi après ce petit parcours initiatique.

Maintenant nous attendons une bonne fenêtre météo pour faire route directe vers Lanzarote où nous retrouverons Paulette le 10 décembre.

 

 

Le-MarocF0002.jpg"Une partie de la famille de Bouchaïb à Safi,

lors de notre repas d’adieu sur Araka Nui".


 

Au revoir, Maroc magique !

D.P

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:30


1ère escale en Atlantique : SAFI 

C’est parti …

 

Jeudi 13 novembre :

 

Ce matin tout est calme à bord. Nous nous offrons une grasse matinée : levé 8H00.

Il faut dire que notre réveil matin (Teiva) est réglé grosso modo à 7H00. C’est la faim qui le sort du lit et le fait appeler sa mère suivant tout un cérémonial intangible dans lequel je n’ai pas droit d’intervenir.


Nous sommes au mouillage face à la plage de SAFI ce matin tout est paisible.

 

Notre arrivée hier soir, vers 22H00, clôturait une fin de journée quelques peu venteuse…

 

En fait, nous avons détourné notre route vers le port de SAFI au Maroc, pour nous mettre à l’abri d’un bon coup de vent annoncé sur notre système de prévision météo embarqué.

 

Ainsi nous avions un bon vent de 30 nœuds dans le cul avec une très grosse houle (typiquement celle qui vient d’une tempête dans les latitudes nord – Islande – qui n’a rien de dangereux en somme, si ce n’est la vision de la profondeur des creux de 5 mètres, mais avec une amplitude de 10 à 18 secondes).

Bref une vision un peu « apocalyptique » pour l‘âme sensible de ma Do.

Pourtant notre bateau qui surfait allègrement à plus de 8 nœuds, avec le seul petit solent à l’avant, étalait parfaitement sans le moindre roulis.

Tout était calme à bord ; c’est le grand avantage du catamaran lourd.

Sauf ma Do qui était un peu anxieuse. J’essayais de faire chanter l’équipage, mais l’anxiété de Do se reportait sur son petit mousse. C’était flagrant.

 

C’est dans ces conditions, alors que je faisais une nouvelle requête météo sur ma BLU (pour rassurer l’équipage) que nous avons pu prendre connaissance d’un e-mail de Daniel ALBERTI toujours plein d’esprit. Sa prose rigolote et ses nouvelles ont bien apporté l’effet escompté et détendu l’atmosphère …

C’est ça la communication et l’amitié.

 

Nous sommes donc à SAFI (par accident), car nous pensions faire l’unique escale marocaine à Essaouira (ex MOGADOR) avant de tirer direct sur LANZAROTE aux Canaries.

SAFI est le 1er port de pêche du Maroc. Il n’y a pas de marina et les rares voiliers de passage sont intercalés le long d’un quai du port de commerce (pas du tout prévu pour la plaisance) entre un remorqueur de 1000 CV et un gros chalutier école, le tout avec des marnages de 5 mètres (en ce moment période de gros coefficients).

Vous imaginez les épreuves de Casimodo pour débarquer notre Teiva et autres vélos quand le pont du bateau se trouve face à un mur de plus de 2 étages à marée basse !

Mais ce n’est sûrement pas si peu de chose qui nous aurait fait partir.

 

 

Puis dans les minutes qui suivent notre accostage, nous découvrons ce que certains guides de voileux appellent « l’épreuve » des formalités du Maroc. Ce qui les incitent tout bonnement à éviter le Maroc.

 

Certes, nous avons vu passer 5 Administrations différentes dans la matinée.

Il s’avère qu’ils montent à bord en grande tenue, sont charmants, très polis et coupent les cheveux en quatre pour se donner une contenance. Il suffit de jouer leur jeu ; ce n’est pas compliqué ; après tout nous sommes en vacances et notre temps n’est pas compté.

Puis en quittant le bord, non sans mal, (certain n’ont pas appris à gravir une échelle verticale et humide) ils nous souhaitent chaleureusement la bienvenue.

Conclusion pour ceux qui classent cette affaire en « épreuve » : il suffit de ne pas avoir le feu au c.. et attendre patiemment la fin du défilé pour descendre à terre.

 

J’ai même été conduit devant le Commandant de la Capitainerie qui désirait « me saluer ». J’en étais très fier en montant les escaliers quatre à quatre… jusqu’au moment où j’ai du déchanter : c’était un sermon qui m’attendait.

 

Sermon courtois. Mais sermon quand même.

Je m’explique.

 

La veille, dans le coup de vent précité nous avions modifié notre programme et décidé d’aller sur SAFI nous mettre à l’abri. Mais cela nécessitait une arrivée vers 22H00.

Forts de nos intentions de ne jamais atterrir dans un port inconnu de nuit, il a bien fallu se rendre à l’évidence : c’était Safi ou poursuivre l’angoisse de ma Do toute la nuit en mer ! Nous avions une cartographie très détaillée du port ainsi que les documents nautiques had hoc (c’est fini la navigation sur la carte Michelin) et sans compter sur notre ami le radar que nous commençons à bien maîtriser.

Donc, ce sera un atterrissage sur Safi - de nuit - décidera unanimement l’équipage.

 

Au moment de passer sous la jetée d’entrée du port, pile dans l’alignement des feux appris par coeur dans les Instructions Nautiques, je constate qu’en face de nous, c’est la plage de Safi et que le coin est complètement à l’abri du coup de vent.

Ni une ni deux les pros du mouillage que nous sommes : au poste de combat et plouf l’ancre tombe dans l’eau noire à 150 mètres de la plage.

 

Fatigués de nos émotions, inutile de vous dire que l’équipage est allé se glisser dans les couettes après une bonne douche chaude.

Et le Capitaine pour assurer le coup, éteint la VHF. Un silence reposant s’installe à bord.

 

Dans la nuit nous avions bien vaguement entendu des voix mais mon œil aguerri pour la surveillance des amers n’a pas eu a s’ouvrir au-delà de la moitié pour constater : tout va bien on ne dérape pas, donc dormons.

 

Après m’avoir gentiment demandé de m’asseoir, le Commandant de la Capitainerie m’apprends donc qu’ils ont essayé par tous les moyens radio de nous joindre, ils ont même envoyé la pilotine ; voyant que personne ne répondait ils ont cru que nous étions à terre !

Et le Commandant de rajouter : il y avait un cargo qui rentrait au port et il a failli vous toucher (nous étions un peu dans le passage).

 

Il faut dire que notre cabotage espagnol ne nous a pas appris à être bavard avec les marinas puisque nous ne faisions que des mouillages sauvages.

De plus vous aviez tous bien notés précédemment (à Gibraltar par exemple) que ma Do n’était pas du genre à se précipiter sur la VHF pour « chtacher » avec les capitaineries.

C’est un peu ce que j’ai expliqué maladroitement au Commandant, en me jurant que l’on ne m’y reprendra plus.

En bonne et due forme (comme dans l’Armée) le sermon a été répercuté aux subalternes d’Araka Nui de façon que ça ne se reproduise pas.

 

A présent, tout est clair : nos 3 passeports sont au Commissariat (on nous fourni un laisser passer format timbre poste en échange), l’acte de francisation est à la Capitainerie (on nous laisse une photocopie). Au moins si on veut se sauver ça sera sans nos documents…

D’ailleurs pourquoi nous sauverions nous ?

 

Après toutes les formalités d’enregistrement un petit bout de bonhomme marocain me propose ses services. Quelques heures avant l’adjoint de la capitainerie m’avait précisé qu’il travaillait en collaboration avec la capitainerie du port pour les yachts de passage et que je pouvais lui faire confiance.

 

Justement, nous devons faire le plein de vivres frais et « Abdul » se propose de nous y accompagner à pied. Je précise juste que je ne veux pas de super marché.

 

Petit sac à dos, le Teiva dans les bras de sa mère pour commencer et go.

Où ? On ne demande même pas.

Nous passons la porte « Bab el Jdid » et entrons dans la vieille Médina de Safi.

A ne pas confondre avec le souk.

Vlan, le choc en pleine figure et à plein nez pour ma Do. Nous parcourons la rue principale, puis des ruelles adjacentes, puis on coupe à l’équerre et puis on revient sur nos pas… ah non, je croyais… bref je suis perdu. Il suffit de ne pas lâcher notre guide d’une semelle.

Toutes les échoppes sont propres, les gens que nous croisons sont courtois et nous saluent gentiment. On voit que les touristes ne sont pas coutumiers des lieux.

Très vite je me sens comme chez moi dans cette vieille Médina...

 

Puis, notre guide Abdu nous fait courir hors de la Médina et nous parcourons le souk toujours à la recherche de fruits. Je ne fais pas le malin à lui demander pourquoi il ne nous en a pas fait acheter aux précédents étals, on en a croisé déjà au moins dix… Je suis le mouvement et je me tais...

J’ai comme l’impression que les étals de la Médina étaient nettement plus propres et accueillant. Bref ne soyons pas contrariant. Suivons le guide.

Il m’explique bien une histoire de « bakchich » mais je n’ai rien compris malgré mon acquiescement. Vogue la galère, on verra bien.

Teiva est toujours dans les bras de sa mère. Je m’en fiche c’est pas moi qui porte !

 

Nous arrivons en effet à un grand carrefour complètement encombré de charrette à bras ; elles sont couvertes de fruits en tout genre.

Nous faisons le plein une fois qu’Abdul ai demandé à chaque marchand le prix du kilo bien à l’écart de nous. Il parait que les marchands doublent le prix pour les étrangers.

Je trouve que c’est une bien grande mise en scène pour quelques Dirhams de plus...

De toute manière c’est 10 fois moins cher que dans nos beaux hyper marchés.

Mais au moins ma Do est heureuse : elle rempli mon sac à dos à raz bord et son porte monnaie de désempli pas…

 

 

 

Juste au moment où le dernier marchant me rend la monnaie sur mes 500 grammes de dattes, nous entendons des cris et un vent de panique s’installe chez les porteurs de charrettes qui se mettent à détaler dans tous les sens. Ils crient, s’engueulent, ça ne va pas assez vite, se poussent. Et vlan les charrettes à deux roues, si on les lâche sans les caler, tout le contenu s’épand sur la chaussée. C’est ce qui se passa pour notre marchand de dattes. Bien sûr dattes et autres oranges sont piétinées.

D’ailleurs, à quelques secondes près, mes dattes m’auraient coûté 50 Dirhams au lieu de 10, car le brave homme n’aurait pas eu le temps de me rendre la monnaie, tellement ce vent de panique leur faisait perdre la raison.

 

En fait, c’est tout simplement 2 flics qui descendent la rue vers ledit carrefour pour les chasser et confisquer la charrette qu’ils arrivent à intercepter. Abdu m’explique que si ce jour là tous les marchands n’ont pas donné assez de bakchich, les flics passent par ledit carrefour et sèment la zizanie

Par contre, cette bonne trentaine de charrettes va se cacher dans les rues adjacentes, mais là les flics ne les suivent pas !

Ce qui est extraordinaire c’est que tous les soirs de l’année c’est ainsi… et tout Safi vient acheter ses fruits à ce carrefour du souk vers cette heure là (lorsque les flics ont fermés boutique me précise Abdu)…

 

Il faut que je vous décrive le souk. C’est un monde différent.

C’est la ville mais en vraiment cra- cra.

Même moi, le marrakchis, j’ai quelques hauts le cœur.

J’avais oublié depuis 35 ans que les odeurs étaient si fortes.

Pour Do (elle ne me le dira que le soir à bord) c’était pas seulement les odeurs mais TOUT qui la mettait mal à l’aise. Il est vrai que si le souk paraît aux premiers abords plus modernes de par ces grandes rues et ses petits immeubles années cinquante en réalité nous sommes au moyen âge.

Il faut dire que pour une acclimatation nous avons choisi le plus hard d’entrée de jeu.

Je n’ai pas vraiment de mots pour décrire les odeurs dans certaines ruelles très sombres. Mon passé de vigneron m’a appris à différencier les arômes.

Voici l’analyse organoleptique : Grosso modo c’est un mélange subtil de bouse d’âne, de curcuma et de poisson très-très pourri. De temps en temps une effluve de sardines grillées s’ajoute au premier mélange si ce n’est le parfum des brochettes qui profite d’un petit courant d’ait pour ajouter une couche à la complexité aromatique du moment.

D’ailleurs Teiva quand il renifle ce délicieux mélange il s’exclame à chaque fois :

« Pouha, ça pue ! ». C’est vous dire !

Puis on s’y fait, on ne les sent presque plus ces odeurs passagères suivant le lieu.

Autre chose qui gêne beaucoup ma Do : s’est l’analyse visuelle du sol. Détritus en tout genre garantis (il faut bien que ces odeurs prennent leurs sources quelques part) mais surtout crachas en tous genres…

J’arrêterai là ma description, car vous allez croire que j’en rajoute voire que nous ne nous y plaisons pas.

 

 

Nous retraversons la vieille Médina (qui somme toute est bien plus propre que les rues que nous venons de parcourir) et nous installons pour y boire un thé à la menthe.

Un moment notre « guide » s’excusa pour suivre un groupe de cinq hommes français (type mecs qui viennent faire du business en se donnant une apparence décontractée).

Nous l’avons attendu, sous un rayon de soleil, à parler avec notre entourage et à offrir aux enfants qui passaient un morceau de « m’selmemm » (genre de kouin-a niam breton, mais à l’huile).

 

Dans la Médina, la présence des habitants qui nous croisent est apaisante. Ils ont tous un regard ou un mot agréable à notre égard. Aucune mendicité, que de la gentillesse.

 

A son retour Abdu m’explique que ces types cherchent à acheter une grande maison.

Notre Abdu dans son souci de service s’exécute dans cette démarche au même titre que lorsqu’il propose ses services aux voileux de passage pour trouver une recharge de gaz ou comme pour nous-même, faire de l’approvisionnement ou une visite guidée. Ce qui est injuste c’est qu’il perçoit à peine plus d’argent pour une opération de mise en relation pour l’acquisition d’un bien que lorsqu’il offre ses services aux voileux : une poignée de Dirhams…

 

Nous rentrons à bord exténués. Il faut dire que si la Médina est à la porte du port, notre bateau est à 1 km de la dite porte…

 

Vendredi 14 novembre :

Chacun sait que le vendredi est, entre autre, le jour du couscous pour tout marocain qui se respecte.

Il s’avère que notre Abdul nous a demandé la veille, si nous voulions le couscous.

Moi (lorsque je suis en pays inconnu) je ne dis jamais non, même si je n’ai pas compris !!

Nous avions très vite sympathisé et lorsqu’il proposa de nous organiser un couscous chez une femme qui le fait très bien…bien sûr nous avons accepté.

 

Nous voilà donc dans ce petit 3 pièces de la vieille médina où nous découvrons que c’est « sa maison » et bien sûr c’est « sa femme » qui fait le couscous.

Nous sommes très honorés de cette invitation chez l’habitant.

 

 

A l’heure où j’écris ces lignes (il est 1H30 du matin) justement le gros remorqueur qui est devant notre étrave, vient de démarrer ses 1000 chevaux (c’est impressionnant, j’ai l’impression d’être dans sa salle des machines). Je monte illico sur le pont reprendre mes aussières et surveiller que mon petit bateau n’aille pas se faire pousser comme une mouche lorsque le gros balèze embrayera en marche avant…

Quitte à attendre, le temps qu’il revienne à quai, autant « passer le temps » intelligemment à transcrire les évènements de ces derniers jours…

 

 

Notre hôte nous installe dans leur petit salon et s’esquive, nous laissant seul comme au restau.

 

Je l’appelle et lui dit que je voudrai manger avec toute la famille…

C’était beaucoup leur demander. Nous avions bien compris que cela les gênait de s’attabler avec nous. En insistant, nous n’avons eu droit qu’à la présence d’Abdul à notre table basse.

 

Le couscous est un des meilleurs que je n’ai mangé jusqu’à ce jour.

 

Sa femme Samira, sa fille Rabab de 20 ans et son jeune fils Salah de 15 ans mangeant debout dans la petite cuisine exigue.

Ils nous ont tous rejoint pour la cérémonie du thé à la menthe.

 

Le problème étant que le plat à couscous étant au milieu de la table devant les 3 adultes, chacun piochant devant soi, j’avais du mal à cacher que plus du quart du plat devant moi été nettoyé.

 

Nous avons aussi beaucoup parlé. Sa femme et sa fille parlent très bien le français.

D’ailleurs, Samira « fait des heures sup » en recevant chez elle, des enfants du primaire, pour les aider à faire leurs devoirs du soir et leur apprend le français.

Rabab, quand à elle fait des études de gestion d’entreprise. Elle m’apprend que dans sa classe, en cours d’informatique, il y a seulement 3 ordinateurs pour 30 élèves… mais après les cours, le professeur demande aux élèves de refaire les manipulations, chez elles, sur leur ordinateur.

Seule Rabab n’a pas d’ordinateur !

Elle est aussi la seule de la classe à habiter la vieille médina.

Toutes les autres élèves, de familles plus aisées, habitent le quartier riche de Safi sur les falaises du Cap qui domine la ville. Dans le quartier habité par le Gouverneur et où se trouve un hôtel 5 étoiles…

 

Cette conversation s’est établie avec des gens très simples qui ne nous ont donné l’impression à aucun moment de se plaindre et encore moins de solliciter quoi que ce soit.

 

Après ce couscous monumental, nous avions prévu d’aller dans les souks pour trouver une poussette d’occasion pas chère pour notre Teiva. En effet, notre artiste ne voulait plus marcher d’un caramel. Déjà il y a 1 km dans le port pour atteindre la sortie, puis dans la médina dans le dédalle de ruelles l’artiste, refusait tout bonnement de marcher.

Nous nous cassions le dos à le porter.

 

Puis je devais trouver des chambres à air pour les gros pneus de mon vélo et acheter une carte téléphonique. Dans cette médina on trouve de tout.

 

Pour faire ces courses et suivre Abdu qui a le pas alerte, nous avons laissé Do et le petit avec Samira et nous avons arpenté la médina en toute liberté.

 

J’avais encore la conversation avec cette famille à l’esprit et il m’est venu une idée.

Il était convenu au départ que je payerai « la femme » pour le couscous, lorsque nous l’avions programmé avec Abdu. Préférant un couscous chez l’habitant plutôt que d’aller au restaurant.

Or, dans le plan qui nous avait été offert, c’était une invitation. Cela nécessitait compensation.

Aussi, je propose à Abdu de ne pas donner d’argent à sa femme pour le couscous, mais donner de l’argent à sa fille « pour l’ordinateur » !

 

Au fil de nos déambulations dans nos grandes conversations en nous arrêtant pour échanger face à face le tout avec des gestes qui conviennent, je finissais par ressentir cette profonde sympathie naître.

 

Dans les rues spécialisées aux matériels d’occasion de toutes sortes étalés à même les trottoirs voire au milieu de la rue, j’ai parlé longuement avec Bouchaïb sur le fait que cette prestation qu’il faisait en tant que négociateur : il se faisait exploiter.

 

Ah oui, mon ami vient de m’avouer qu’Abdu c’est un nom d’emprunt qu’il a choisi pour les voileux qui estropiaient son vrai prénom (du style Busch ou autre…).

Je lui dis que pour moi il sera Bouchaïb.

 

Nous poursuivons notre conversation, toujours accompagnés de grands gestes, moi le suivant de près vers l’autre quartier des commerces de pièces motos et vélos.

Nous étions seuls au monde pris dans nos histoires.

Il en profita pour évoquer le cas d’une française qui au moment de l’acquisition avait contracté directement avec le propriétaire, shuntant complètement le pauvre bougre de la poignée de Dirhams qu’il était en droit de gagner.

Bouchaïb, qui a un peu de répondant quand même a fini par aller lui rendre visite lorsqu’elle fût installée. L’autre très gênée lui offrit royalement 1500 Dirhams (150 €) …

Au fil des conseils que je lui promulgue depuis plus d’une heure dans la rue, je lui indique que cela avait été mon métier.

 

Puis, une autre idée me vient et je lui présente ainsi :

« Bouchaïb, toi tu connais beaucoup de personnes qui vendent des maisons, ta fille fait des études de gestion, ta femme est intelligente : si vous aviez maintenant un ordinateur, une connection internet à la maison et un appareil photo numérique vous allez pouvoir faire ce métier et gagner l’argent que vous méritez pour ce travail ».

« Donc je vais vous aider pour acheter demain cet ordinateur ».

 

Le remorqueur vient de rentrer, je vais me coucher. Demain la suite.

 

De retour de notre virée, je rejoins ma Do qui était resté avec Samira. Elle commençait à trouver le temps long, voire à se demander ce qu’elle foutait là.

Malgré tout, je reprends à zéro toute la conversation que j’ai eu avec Bouchaïb dans la rue, mais cette fois devant la famille ABOUSSIF au complet, puisque le fils aîné Zacharïa (22 ans, à école de la Marine pour faire la pêche) nous avais rejoint.

Du même coup, ma Do prend connaissance, en même tant que la famille, des largesses que j’offrais à ces gens inconnus de nous, quelques heures auparavant.

 

 

Je savais très bien que « diplomatiquement parlant » ma Do apprécierait encore moins cette façon de se faire mettre au pied du mur, que le montant du cadeau !

Mon offre est exposée très clairement à tous mes interlocuteurs.

Parfois les situations t’obligent à faire des impasses. Pour l’heure s’en était une, car je connais ma trésorière payeuse…Inch’Allah !

 

Globalement un ordinateur de bureau coûte entre 2500 et 3000 Dirhams (300 €).

« Nous allons acheter l’ordinateur, avec Dominique nous le payons cash au vendeur; sur le prix nous vous offrons 1000 Dirhams et le reste vous nous le rendrai quand vous le pourrez » leur dis je (précision étant ici faite, que nous n’avons pas gagné au Loto depuis nos galères espagnoles).

Je n’ai pas entendu le « glups » de ma Do, donc j’ai son aval…

 

Le lendemain, Teiva dans sa poussette à 15 €, toute la smala se trouve à arpenter la ville à la recherche d’un marchant d’ordinateur suivant des paramètres précis. Je choisi un HP, le haut de gamme du magasin ( 3,2 Ghz, 1024 de RAM et 80 giga de disque dur pour 3200 Dirhams).

Nous avions convenu un petit numéro avec Samira pour négocier le prix. J’ai commencé par dire que moi, étranger de passage, qui ne connaissait pas ces gens il y a 2 jours, je les aidais à acquérir cet appareil pour leur fille étudiante, et que lui, vendeur, il pouvait faire un geste pour cette famille qui n’a pas les moyens…

Il consent 200 Dirhams d’escompte sur le prix promotionnel.

Au culot Samira lui demande la table d’ordinateur en sus. Il accepte malgré le prix promo qu’il nous avait déjà proposé.

On lui serre la main chaleureusement et lui dit à Lundi après le passage à la banque.

 

 

 

Le midi, nous attend, un excellent tagine de poisson cuit au four à bois du quartier.

Un grand bonheur du palais.

 

Mais cette fois les deux familles sont réunies autour de la même table.

 

Avec Bouchaïb, nous avions acheté des petits millefeuilles (dont la famille raffole) chez un pâtissier, situé dans la médina. Des gâteaux dignes d’un grand artisan français.

 

J’ai toujours su que la cuisine marocaine était très raffinée.

Ce qui, pour moi, est un signe visible du niveau de culture de ce pays.

 

La famille ne sait pas comment nous remercier pour toutes les émotions de la matinée et ne trouve pas les mots en français.

 

Une nouvelle fois pendant le cérémonial du thé à la menthe je rappelle les 2 règles déjà formulées à Bouchaïb, et qu’il fallait suivre scrupuleusement s’ils désiraient réussir :

  • être extrêmement droit et honnête dans ce métier (comme dans tout autre),

  • que leur réussite ne leur fasse pas oublier leurs origines modestes et que leur business, s’il rapportait ses fruits, profite à des marocains d’abord.

 

Je leur ai surtout précisé que le négociateur possède 2 casquettes et qu’il défend aussi les intérêts du vendeur en l’aidant à définir le juste prix et que par conséquent ils avaient un rôle dans la régulation du marché. Précisions techniques je le concède.

 

Je n’ai pas encore précisé que Safi va déménager son port de commerce et programme l’ouverture prochaine d’un nouveau port pour le phosphate à 15 Kms dans le sud.

Du même coup, création d’une marina en lieux et place du port de commerce etc…

J’ai prévu d’aller rencontrer le directeur du port pour avoir des infos précises pour Bouchaïb. Comme je lui ai dis il vaut mieux « parler au bon Dieu qu’à ses saints !

Safi est une des dernières villes côtière du Maroc encore ancrée dans la tradition et peu ouverte au tourisme (ce qui explique l’absence de mendicité dans les rues).

Le roi du Maroc a proclamé le « plan Azur » et des efforts très importants ont déjà été mis en place dans d’autres villes côtières pour s’ouvrir au tourisme.

Il y a un très gros potentiel immobilier à Safi, du fait du passé historique de la ville qui a su conserver son patrimoine. Cette ville plantée sur les falaises offre une vue sur la mer exceptionnelle. Toutes les industries du port doivent être déménagées.

 

Lors de nos virées en ville nous sommes passés une fois devant le syndicat UMT, dont je me rappelle la virulence lors de la prise d’Indépendance du Maroc. J’y suis entré, j’ai exposé brièvement mon intervention désintéressée pour cette famille marocaine et leur ai demandé s’ils pouvaient nous donner des indications sur la réglementation et la pratique du métier d’agent immobilier…

J’avais précisé à Bouchaïb que dans la mesure où les ventes étaient enregistrées devant le Tribunal (pas de service type notaire ici) il était recommandé qu’il soit déclaré, lui sa fille ou sa femme.

La personne très touchée de mon action nous a envoyé vers une adresse : « bureau de l’investissement » qui répondra complètement à notre demande.

Nous nous y présenterons mardi aprèm avec Samira et sa fille Rabab.

 

Hier soir, en rentrant de chez cette famille, chez qui il ne se passe pas un jour sans qu’ils nous reçoivent, j’ai eu une 3ème idée que j’ai exposée à ma Do.

 

Nous avons quelques travaux de finition à faire à bord, plutôt que se taper cela au mouillage aux Canaries, ici je suis sûr que je pourrai trouver un bon artisan qui torcherait cela en 8 jours. Le temps qu’il faudra pour que je passe les ficelles du métier à Rabab.

Ma Do y avait déjà pensé sans m’en parler. Nous allons faire comme cela.

 

 

Je n’aurai sûrement guère plus de 8 à 10 jours pour insuffler les grandes lignes de ce métier à Rabab et à son père.

Je compte lui dicter :

- les règles techniques de base : le principe du mandat, le bon de visite, la recherche de bien, les honoraires payés par le vendeur, l’évaluation du bien etc…

- D’autre part, l’organisation bureautique du métier : fiches de biens, fiches de contacts vendeurs, bibliothèque de photos numériques des biens, courrier vendeur avec photos du bien etc…

- ensuite, les grandes lignes commerciales : comment échanger des fichiers par e-mail avec des clients potentiels, recherche d’acheteurs via internet etc…

Pour finir, se rapprocher des agents locaux qui pratiquent déjà afin de définir un code de bonne conduite.

 

Je saurai dans la semaine comment cette profession est organisée ainsi que celle de marchand de biens.

 

J’ai demandé un grand service à mon ami Daniel ALBERTI.

 

Nous avons fait 2 affectations de plongeurs démineur ensemble et bien sûr il est destinataire de nos aventures avec sa femme Karine et sa petite Justine que j’embrasse très fort au passage, pour la dure épreuve qu’ils traversent en ce moment. Nous souhaitons un rapide rétablissement à Karine et espérons les recevoir bientôt.

Il s’avère que Daniel a déjà été mon parrain quand j’ai demandé ma carte professionnelle à l’agence du briançonnais puisqu’il pratiquait l’immobilier depuis son départ de la Marine.

 

En fait je sollicite encore une fois Daniel, mais pour envoyer cette fois ci, par la poste, des fac-similés de mandats, bon de visite, grille d’honoraires, fiches immeubles, fiche vendeur, fiche acheteur, bref toutes les pièces de notre panoplie, afin que Rabab puisse prendre connaissance de ce qu’il se fait en la matière dans un pays réglementé et en prendre des idées pour établir ses propres modèles.

 

Je suis sûr que par la suite, Daniel prendra plaisir à épauler ces personnes dans cette profession naissante.

 

Mon action ici tient du fait que si le patrimoine de cette ville passe en partie dans la main d’étrangers, que cela profite aux marocains d’abord à tous les niveaux et pas à quelques pros français qui ont flairés des grosses plus values sur le dos de pauvres gens qui possèdent des biens très prisés et qui n’en connaissent pas la valeur.
Déjà une société saoudienne vient d’acheter tout un quartier pour le raser et y reconstruire un complexe de luxe sur la falaise de la ville, face à l’Atlantique…

 

Bien sûr, je vous tiendrai au courant de l’évolution de cette famille avec qui nous garderons le contact au fil de nos pérégrinations.

Et si le cœur vous en dit, voici leur adresse, ils seront très touchés de votre marque de sympathie ou d’encouragement.

Merci d’avance pour eux « choukrane ».

L’adresse de cette famille :

 

Bouchaïb et Samira ABOUSSIF

Ancienne Médina

6 Derb el Habs 46000 - SAFI - MAROC

 

Vendredi 21 novembre :

 

Aujourd’hui après le gros couscous hebdomadaire chez Bouchaïb nous allons avec sa fille et ma Do au « bureau des investissements ». Nous sommes reçu par le sous-directeur très courtois et compréhensif.

C’est gagné nous avons frappé à la bonne porte.

Il nous explique que son organisation prendra tout en charge pour conseiller, former et subventionner la nouvelle entreprise de cette famille; avec une prime supplémentaire lorsque c’est une femme qui s’installe.

De retour chez Bouchaïb, Conseil de famille où je leur précise que maintenant c’est eux qui prennent leur destinée en main. Je m’efface.

 

Après plusieurs jours nous gagnons notre autonomie. Un coup de vélos et nous voilà sur la très belle plage de Safi pour faire dépenser des calories à notre footballeur de fils.

Le midi une petite échoppe restaurant à 3 € le repas, en fin d’après midi un café branché situé sur les falaises face à la mer avec tous les jeux possibles pour les enfants.

Teiva y trouve toujours un tas d’enfants de son âge pour crapahuter dans les filets en tous genres. Bref le temps passe très vite.

Je ne manque pas l’occasion d’aller boire un café avec Bouchaïb dans son café KG.

 

"Les adieux avec la famille Aboussif : Salah, Rabab et Bouchaïb "

Je vous avais dit l’aventure continue.

 

Ma Do veut voir autre chose que SAFI avant de rejoindre ventre à terre les Canaries, car nous devons cueillir Paulette le 10 décembre à l’aéroport de Las Palmas.

 

Moi, le marocain de coeur, si je ne profite pas de ce beau pays où je me trouve si bien à l’aise, pour y guider mon amoureuse, alors autant rendre mon tablier.

 

Aussi nous allons confier notre bateau à Bouchaïb, louer une voiture et …banzaï vers le Grand Sud : Ouarzazate, les gorges du Dadès, du Todra et ses Kasbahs hors du temps.

 

J’ai hâte de retrouver ces berbères qui ont marqués ma jeunesse pour leur sens grandiose de l’hospitalité.

 

Ces gens sont très pauvres, ils n’ont rien a partagés et pourtant…

ils partagent avec grand cœur !

 

Allez y trouver une morale !

 

D.P

 

N.B :

Pour ce numéro 4 du Petit Araka Nui pas de photos mais …

des odeurs !!

  

 
" Notre premier poisson depuis la mise à l'eau d'Araka NUI ...
mais pied de nez de l'histoire : il arrive à l'entrée du 1er port de pêche du Maroc...
précisément là où nous achèterons les soles au prix des sardines... " 

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 19:31

 

Dimanche 9 novembre 2008 :

Entrée en ATLANTIQUE,

C’est parti …

Et oui, avouez que vous n’y croyiez plus ! (Que nous ne la quitterions jamais cette Méditerranée).

 

Eh bien, vous ne nous croirez pas si vous voulez, mais ce matin à 7 H00 dans la nuit froide de la baie de Gibraltar, en nous faufilant parmi les très nombreux cargos et autres pétroliers nous avons embouqué le mystique, le magique…Détroit de Gibraltar.


 

Un petit retour en arrière s’impose.

Depuis AGUADULCE (36°48 N et 2°33’ O) notre Araka Nui respire. Nous l’avons libéré de ses chaînes (en coquillages pour la circonstance) et depuis il nous en est très reconnaissant : il glisse sur la mer comme un dauphin heureux. Ca fait chaud au cœur de naviguer à 8 nœuds. A vrai dire, je commençais à croire qu’il fallait faire une croix sur la vélocité et la performance (comme tous les catamarans normaux).

Et le pire, encore inavoué jusqu’à ce jour : j’envisageais très mal une suite sereine pour notre grand voyage…

Une pensée m’a traversé l’esprit : l’avatar de la dernière tempête qui nous a laissé sur le carreau 3 semaines nous a incité à mettre à profit ce temps pour caréner.

Comme je l’ai déjà dit ce carénage a transformé notre bateau ce qui revient à dire que sans l’avatar de notre genaker à plus ou moins brève échéance notre aventure avec ce bateau aurait pris fin après être arrivés péniblement aux Canaries !!

Mes anges gardiens auront fait en sorte que le grand voyage ne s’arrête point là.

A savoir quelle mission ils me réservent ?


Maintenant c’est de l’histoire ancienne et l’aventure commence.

Maintenant ce bateau je l’aime et je lui parle !

Je le nomme « p’tit frère » dans mes conversations avec lui.

C’est mon frère Guy qui va être surpris et heureux !

 

Nous avons fini par nous arracher des marinas malgré des vents défavorables du moment. Précision : un catamaran n’avance pas à la voile avec le vent dans le nez.

Mais il fallait tirer un trait avec ces 3 semaines de Marinas (même si nous apprécions l’eau à volonté et chaude !) et il n’était pas question d’attendre des vents d’Est favorables sachant que nous entrions dans une période pré hivernale avec ses coups de vents forts plus fréquents.

Donc nous avons sorti nos 2 beaux Volvo et les avons positionnés à leurs allures de croisière : 1800 tours par minute (c’est le régime où le rapport consommation et vitesse est le meilleur tout en avançant à 8 nœuds quand même). Il faut dire que nos hélices à pas variables y sont pour quelques choses…

C’est ainsi que nous avons fait aux moteurs, un de nos premiers record de distance journalière digne de ce nom et entre 2 mouillages : 80 nautiques en 10H00 de navigation de jour, avec des vents de 15 nœuds dans le nez l’après-midi et toujours un fort courant de face …

C’est comme cela que nous avons aligné les dernières étapes espagnoles : un mouillage dans l’avant port de pêche d’ADRA (36°44’ N et 3°01’ O), un mouillage en pleine ville face à la plage de MALAGA (36°42’ N et 4°24’ O) et le vendredi nous faisions l’ultime étape pour une Marina à GIBRALTAR (36°08’ N et 5°19’0). Ville très british avec ses boutiques d’électroniques hors taxes où tous les marins font escales. De plus nous avions un GPS de secours à acheter et aller à la rencontre des fameux « singes du rocher » avec notre Babinou.

Nous faisions donc route, toujours le chrono à la main pour arriver avant la nuit à Gibraltar. Le tout en faisant du rase cailloux en longeant les plages à quelques centaines de mètres pour éviter le plus possible les courants rentrants de 1,5 nœuds.

Ce n’est pas facile de calculer une distance de route journalière quand on suit toutes les baies et autres pointes !


(photo)

« Le rase cailloux avec la SierraNevada enneigée »

Il faut reconnaître que 8 nœuds en rase caillou, ça décoiffe, on n’a pas le temps de s’attarder à « mater les gonzesses ». Nous étions l’animation des touristes qui s’emmerdent à bronzer sur leurs plages sans même un bouquin dans les mains…

 

Quand je vous dit que nous faisions du rase cailloux c’est vrai au sens propre.

Une fois, malgré mon attention continue (à zigzaguer entre les très nombreuses bouées de pêcheurs et « zieuter » mon sondeur constamment pour me caler entre 3 et 5 mètres de fond), j’avais en face une grosse baleine qui faisant un coup oui, un coup non le dos rond juste sur la surface de l’eau à peine ridée.

Puis réflexion faite quand la « bête » fut devant mon étrave, je réalisais : « quand même, des bestioles si grosses à 100 mètres du rivage, ça fait suicidaire »…

et en plus, comme par hasard, la « bête » se trouvait dans le prolongement d’une langue de rochers qui eux étaient bien visibles au dessus de l’eau plate.

Inutile de vous dire que j’ai quitté le pilote auto et que j’ai mis le coup de barre du siècle pour éviter ma « baleine » qui nous aurait fait de grosses bosses à la coque.

Nous en étions donc à faire route vers notre ultime étape Gibraltar, avant le grand saut, quand notre « énergumène », Teiva de son petit nom, décide « qu’il veut aller à la plage avec des toboggans ». Il faut dire que les records ce n’est pas « son truc, à lui ».


Mission est donc donné au capitaine de trouver une plage de sable fin, sans vagues, avec du soleil, surtout avec des toboggans et si possible pas de monde.


Je dois avouer que depuis mes 3 jours de rase cailloux (au point de pouvoir parler aux touristes sur la plage) je connais la Costa del Sol comme si je l’avais faite à pied.

En rasant les plages, j’évite ainsi le plus gros du courant qui peut faire jusqu’à 1,5 nœuds dans le nez (c’est le remplissage continu de la Méditerranée par l’Atlantique qui compense entre autre l’évaporation de cette mer fermée, ceci étant dit pour les incultes).

 

Lorsque tous les paramètres sont réunis sur le dit « coin paradisiaque », tout en tenant compte des impératifs de timing du capitaine (qui veut quand même tenir sa moyenne et se rapprocher au plus près de Gibraltar), il est 15H30 et nous décidons de mouiller là - face aux toboggans -

Ne me demandez pas le nom du patelin, car à part les très grandes villes, ma carte marine électronique (Maxsea) est muette. Si j’en veux un peu plus je sors …

non je n’ose pas le dire…

non, je ne peux pas, les marins vont bondir…

Allez va, chose avouée est à demi pardonnée :

La carte Michelin !

Je dois vous avouer que ma Do préférée, dont vous saviez déjà que c’est elle qui tient la bourse, avait fait la moue quand il fallut sortir 160 € pour acheter les 2 guides Imray (seules références pour la côte espagnole, où toutes les plus petites criques et mouillages sont répertoriés voire photographiés). Bref le guide à posséder d’office quand on veut faire du cabotage comme nous le voulions.

« Non. Trop cher », me dit ma Do.

« Et puis de toute façon après l’Espagne nous n’en aurons plus besoin. Ca sera 160 € à la poubelle » renchérit-elle comme une normande qui n’aurait jamais navigué !

 

Autant vous dire que je ne ferai jamais plus de cabotage «sans filet ».

D’ailleurs, je lui ai dit - tel quel - à ma DO.

 

Bref, nous voila mouillé à 100 mètres de cette belle plage de sable gris, avec les barques de pêcheurs remontées à même la grève (ça commence à sentir l’authentique). Aussitôt notre « P’tit Coco » est mis à l’eau (le « petit bateau » comme l’appelle Teiva) et ni une ni deux tout l’équipage sur la grève.

Qui dit plage à toboggans, dit plage municipale et donc plage d’une ville. Car la Costa del Sol ce n’est qu’une suite de plages avec des constructions relativement heureuses avec une recherche d’architecture et pas de niveaux supérieurs à 4 étages (sauf dans les villes qui ont toutes leurs buildings alignés les pieds dans l’eau). A tout avouer c’est la Costa del Sol qui a reçu notre préférence : tout y est et même les montagnes enneigées juste derrière pour plaire à ma Do.

Pour le coup le capitaine a fait fort, car non seulement il y a un super toboggan avec sa cabane et les filets de pirates qui vont avec, mais le long du « paseo » bordé de petits troquets et restaurants, il y a 2 parcs avec jeux pour enfants et du jamais vus : des jeux pour adultes (pour tout vous dire je n’avais pas vu tout ça aux jumelles).

Notre artiste se régale. Après 2 tours à chaque manège dont ceux pour adultes, interdit aux moins de 14 ans (on cède à tous les caprices chez les Prachou pour leur fils) : il va courir après les mouettes, casse des coquillages entre 2 gros cailloux « pour faire du sable », monte sur le mirador désaffecté du surveillant de baignade, bref tout ce qui fait « râler » sa mère après lui. Mais au moins il se défoule, nous lui devons bien ça.

Il est quand même de bonne constitution. Mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il s’adapte à toutes les situations jusqu’au moment où nous sentons que là, sur ce coup, il faut l’écouter et donner dans son sens. Et comme cela on arrive à le tenir l’artiste.

D’où l’impératif de la plage aux toboggans qui a remis Gibraltar au lendemain !


Dans ce patelin très sympa « sans nom » nous déambulons sur le « paseo » en repérant le petit resto du soir qui nous accueillera : « surtout - pas cher ». Notre artiste quand il s’agit de marcher en ville, il a ou mal au ventre ou mal ailleurs, bref il nous fait la viole pour se faire porter.

Moi, ça fait longtemps que j’ai compris le manège : il se la joue fainéant.

Mais sa mère toujours aux petits tsoin-tsoin le porte. En râlant après lui, mais le porte quand même. Moi, je m’en moque, c’est elle qui a mal au dos… car il pèse l’artiste !

 

Bref, nous achetons quelques produits frais et nous rentrons à bord apporter nos achats et pour nous préparer pour la sortie resto.

L’heure arrivant ma Do préférée commence à dire qu’elle craint de laisser notre annexe isolée sur la grève et de nuit. Sur ces belles paroles, nous attaquons l’apéro et la nuit tombant vite le plaisir de rester bien au chaud dans notre petit « chez nous » l’emporte…

Ouf, pour ma Do elle a gagné le prix du resto ; mais nous concocte un bon petit plat comme elle en a l’habitude.

Tout l’équipage se lèche les babines (moi je pense quand même à mes « sardines à la plancha » à 7 € qui m’ont filé sous le nez).

Après le dîner, nous nous passons très souvent (toujours à la demande du petit monstre) une séquence de « c’est pas sorcier ». Ce soir c’est la Lune.

Après la Lune, lavage de l’équipage et dodo.

Pour vous qui vous lavez normalement dans vos maisons bien chauffées, sachez que pour nous, la toilette c’est ¼ de lavabo pour laver tout le corps et ½ verre pour se laver les dents. Ceci est le régime « en navigation ». En marina, c’est le 5 étoiles pour nous, puisque l’on fait comme vous à la maison… C’est là que Teiva à droit à sa baignoire remplie à bloc et il éclabousse partout sous les « râlements » de sa mère.

Mais ce soir c’est ¼ de lavabo et encore ma Do se lave dans le jus de son fils.

Là sur le coup, je vais vous faire une confidence : ma Do a la vue qui baisse.

Au point, que de près, sans lunettes, elle distingue à peine ce qu’elle mange !

Autant dire que les poils de cul dans les chiottes …

Donc c’est moi (capitaine, je le rappelle) qui le fait. Parce que ça fait « cracra » les sanitaires pas nets. Chacun ses lubies !

Au moment de nous coucher nous constatons une légère tendance de notre petit nid flottant en aluminium, au roulis. Mais un roulis, roulis. Un vrai.

Ma Do s’inquiète et me dit : « à ce compte là, je vais aller dormir sur la couchette du carré » (puisque celle-ci est disposée dans le bon sens) ; alors que notre lit d’amour qui est disposé dans le sens de la marche ma Do s’est vu impartir la place proche du vide.

Un vide de 1, 60 m quand même.

Il ne fait pas bon tomber du lit. Mais le catamaran ça ne roule pas.

Sauf au mouillage. Le bateau étant toujours face au vent, si la houle est perpendiculaire : ça roule comme il faut.

Et puis bonheur, par on ne sait quel enchantement la houle a cessé avant que ma Do mette à exécution son envie de découcher. La nuit fut fort calme et réparatrice.

Au petit jour, comme d’habitude, nous levons l’ancre pour Gibraltar.

Il ne restait qu’une quinzaine de miles.

Nous y serons dans la matinée.

Le rocher est majestueux, là planté au milieu de la mer bleue.

Avant de le contourner par sa pointe sud, nous dépassons le gros cargo qui s’est échoué lors de la dernière tempête. Vous savez celle où nous avons éclaté notre genaker…
 

(photo)

« Le rocher de Gibraltar et son épave. Regardez bien ce n’est pas encore Araka Nui …»

C’est beau mais impressionnant.

Vous avez sûrement remarqué qu’il y a 2 phares !!

Vous allez dire ils assurent à Gibraltar.

Non.

Tout faux.

Au 2ème plan c’est une mosquée !!

Vous je ne sais pas, mais moi j’y vois un symbole…à cet endroit. 

 

Après avoir contourné Gibraltar par sa pointe Sud, oh quelle vision ; oh quelle horreur !!

Des dizaines de gros pétroliers mouillés dans la rade. En arrière plan, une immense raffinerie fumante et puante, effectivement l’horreur.

Nous gagnons le quai station essence après avoir réussi un créneau très serré avec notre bateau qui prenait à lui seul toute la surface d’eau disponible. Ce n’est pas tout de faire les beaux aux moteurs, mais il faut passer à la pompe et à la caisse… ma Do.

Pendant que nous poirottons à manœuvrer entre les bateaux de la Marina en attendant notre tour (le gas-oil est beaucoup moins cher à Gibraltar) j’exhorte ma Do à passer un coup de VHF au bureau de la marina (par correction, lui dis-je), car en plus nous « tournicotons » sous leurs fenêtres « pour solliciter une place » précisai-je.

Ce que ma Do fit dans son meilleur anglais.


Et moi, dans mon mauvais anglais et sans traducteur, j’ai compris dans la réponse que « maccash ». Pas de place pour un cata ! Oh les rosbifs !

Le pompiste, charmant, nous explique que depuis la tempête (encore elle) une des marinas à l’intérieur du grand port de commerce a été volatilisée et que les 2 autres marinas sont saturées.

 

Adieu GPS, singeries et autres bazars anglais...nous irons rejoindre 4 autres catas au mouillage au nord de la piste d’aviation, côté espagnol encore un peu plus près de la raffinerie…

Nuit au mouillage impeccable (traduisez : qui ne roule pas et de plus sans risque de déraper et d’aller se vautrer dans les rochers avec la houle et le vent).

Pour le coup, tant pis pour la raffinerie !

Nous demandons sur VHF l’heure de la marée « par précaution » précisai-je à ma Do.

En effet, nous avions bien relevé sur internet les marées à Gibraltar mais nos indications s’arrêtant 8 jours avant, nous avions du extrapoler les résultats.

Bien nous en a pris, car la marée est 3H00 plus tard que nos calculs !

Quand je vous précisais que nous avions planifié une simulation en fonction des courants avec une vitesse donnée pour avoir toujours les courants « dans le cul » ou nuls…

Là pour le compte nous aurions eu tout faux.

Bref, merci ma petite voix qui nous a permis de rectifier le tir et combien !!

 

Après avoir défait et refait la simulation le Conseil des sages donne son verdict :

Appareillage à 7 H00 demain matin, donc de nuit ; Moteurs au maxi, voile si le vent est suffisant ; tous les way-points positionnés avec leurs heures précises de passage (il ne faut ni être en avance ni en retard, sinon tout les avantages dus au courant deviennent illico un inconvénient avec le courant dans le nez…)

Nous arrivons donc à la journée du Dimanche 9 novembre, le titre de ce journal…

Ce fameux jour de :

 

« La traversée du détroit de Gibraltar » :

 

Il s’agit d’un petit rien de bras de mer entre Europe et Afrique : une quinzaine de milles au plus étroit en somme.

Non seulement les courants y sont très forts (jusqu’à 2,5 nœuds) mais ils se croisent suivant l’heure par rapport de la marée. Ainsi, suivant que l’on est en plein milieu du rail a fricotter avec les supers tankers ou à faire du rase caillou dans le même sens, dans un cas vous pouvez avoir le courant favorable et dans l’autre dans le nez. A chaque heure, toutes les données sont différentes. Donc, au fur et à mesure de notre avancée il faut être au bon endroit. Sinon quand vous avez 2,5 nœuds de courant de face alors que le bateau avance à 6 nœuds, vous avez compris la vitesse d’avancement (la route fond) est de 3,5 nœuds. Autant dire qu’à cette allure vous avez droit au grand jeu des renverses de courant qui se succèdent et vous n’en sortez plus de ce foutu passage.

Avec ma Do, nous avions voulu nous la jouer « pro » avec calculs et simulations préalables. Les croquis minutés étant sur la table à carte et bien en mémoire il n’y avait plus qu’à lâcher le fauve.

A l’heure pile, comme un départ de train SNCF, Araka Nui vient de lever l’ancre. Toujours le capitaine aux manœuvres plage avant et ma Do à la barre.

Le premier way-point est passé à l’heure prévue, le second également. Nous en sommes à faire du rase caillou le long de la côte espagnole comme prévu dans les guides, puisqu’à cette heure de la marée c’est le seul endroit de tout le détroit qui n’offre pas de courants dans le nez. Mais attention il ne faut pas y traîner, car ¼ d’heure plus tard ça se transformera en remontée de l’Amazone.

Puis, un paramètre que nous n’avions pas bien évaluer se présente : le vent.

Il se met à souffler franchement plus fort que prévu. Bien sûr, nous avions intégrer toutes les prévisions météo du coin avec notre super système de BLU et logiciel ad hoc, sauf que dans ce foutu Détroit resserré entre deux chaînes montagneuses le vent subi un « effet venturi » (accélération du vent) et la force des vents double au moins.

Au fur et à mesure que le jour se mettait en place, le vent forcissait.

Tiens, devant nous, 2 bateaux dont un cata qui étaient au mouillage la nuit dernière avec nous !

Ils sont partis de bonne heure ce matin pour être déjà là.

Avec ce vent d’Est, pile dans le cul et qui commençait à friser les 25 nœuds notre Araka Nui planait, surfait dans l’écume.

Et là vous n’allez pas me croire.

Nous allions trop vite !

Notre timing et la simulation ne tenaient plus la route.

Il restait une solution pour bénéficier des 3 heures de courant sortant très fort :

Naviguer dans le rail avec les « monstres ».

Et c’est ce que nous avons fait…

Dans l’émotion et la grandeur du moment nous n’avons pas pensé de prendre des photos.

 

Imaginez ces gros super tanker et autres porte container hauts comme des immeubles de vingt étages qui avancent au moins à 25 nœuds et se suivent à quelques miles les uns derrière les autres et avec, pour donner un peu de piquant, une mer de furie blanche d’écume le tout sous un ciel d’apocalypse chargé de gros nuages noirs.

Il fallait le voir notre tout petit Araka Nui toutes voiles dehors, vent arrière et moteurs en avant toute à tenir sa place aux côtés des mastodontes.

 

Inutile de vous dire que les 2 autres voiliers sur leur parcours « classique » nous les avons laissés littéralement sur place. Ils ne doivent pas encore réaliser.

Le plus dur dans l’histoire aura été d’interpréter le plus tôt possible (alors que nous allions tous dans le même sens) de quel côté le monstre nous arrivait. Afin de dégager du bon côté pour le laisser passer. Car ils allaient quand même plus vite que nous, malgré nos 10 nœuds dans les surfs…

Pour Paulette qui doit me prendre pour une tête brûlée écervelée et sans aucun sens des responsabilités, j’apporte une précision.

J’ai un bon fusible à bord qui déclenche quand les conditions dépassent le stade sécurité : c’est ma Do…

Donc, avec Do partez tranquille, le voyage sera facile !!

 

Nous avions prévu de faire éventuellement une première escale marocaine à Tanger.

Mais dans cette course effrénée, la tête dans le rail, Tanger nous est passée sur Bâbord, nous avons préféré continuer, profiter de cette belle allure sachant que notre destination, les Canaries, était à plus de 700 miles.

Chemin faisant entre vents favorables et pétole toutes les villes marocaines que nous avions envisagé de visiter ont été squeezée (trop éloignées de notre route ou arrivée de nuit ou pétole et obligation de s’y rendre aux moteurs…).

C’est ainsi qu’après la 3ème nuit de mer (record de l’équipage) Araka Nui franchi la première moitié de son parcours.

Ces nuits de quart c’était notre première expérience avec ma Do.

Au gré de nos humeurs, occupations ou autres impératifs de parents nous avons très bien géré la chose.

Il faut dire que notre grand fauteuil de salon en cuir (que j’avais embarqué subrepticement un jour à Sabran, sans en parler à ma DO, pour faire mes siestes lorsque je travaillais à bord toute la journée) est une des pièces maîtresses du bateau.

Aujourd’hui c’est le lieu de prédilection de notre Teiva. Dès son levé il s’y cale, on l’emmaillote dans une couverture, doudou main gauche, p’tit ours sur le ventre et chocolat chaud main droite Si tôt fini le chocolat il demande sa télé, précise exactement le film qu’il désire et il s’envoie un de ses 60 DVD Walt Disney ou autres.

Mais pendant les quarts de nuit, en navigation, nous positionnons ce fauteuil Amiral, très confortable, en position allongée et avec les pieds calés en hauteur il n’y a plus qu’à attendre toutes les 10 minutes le bip du radar qui se met en route pour 1 minute, aller faire un tour d’horizon de vérification dehors et retour au fauteuil au chaud et au calme.

Mercredi 12 novembre :

 

« Le grand jour »

 

C’est tout d’abord un jour de pleine Lune. La nuit, la voûte céleste est certainement moins plaisante à scruter mais en contre partie la mer n’est qu’un grand miroir d’argent.

Ensuite, nous passons dans la journée la barre des 350 miles depuis Gibraltar, soit la moitié du parcours. En Méditerranée nous avons mis 15 jours pour faire cette distance…

Puis, une grande première en mer, une chose trop intime pour être contée ici, ma Do me le censurerait.
 

Enfin notre 1er poisson !

 

Et pour finir escale à SAFI. Notre première escale Atlantique. Dépaysement assuré.

 

Je me dois de vous donner quelques mots sur notre premier poisson « Carlos ».

Vous le saviez depuis que nous naviguons en Méditerranée jamais la moindre sardine pêchée à la traîne.

Puis Carlos à DENIA, nous offre 2 superbes rapalas. Bestioles sifflantes et rutilantes de couleurs avec 2 mahous hameçons inox.

Pas une seule journée ne se passe sans que les rapalas Carlos nous suivent de près à l’arrière.

Depuis que nos navigations sont devenues hauturières et en Atlantique nous croisons le long des côtes marocaines pour être connues comme les plus poissonneuses du monde.

Autant dire que nous ne désespérions pas d’arrêter un jour de bouffer du Vivagel…

Et puis, à plusieurs reprises pendant cette traversée, nous avions bien croché des poissons mais à chaque fois décrochés avant même d’en voir la couleur.

A tel point que je commençais à douter sur les rapalas Carlos et m’apprêtais le lendemain à revenir sur mes « classiques ».

Et puis encore une belle touche … mais cette fois montée à bord sans encombre.

Un joli thon de 4 Kg

Comment le tuer ?

J’avais lu dans les élucubrations d’un voileux (assez génial sur beaucoup de points – il s’agit du bateau Banik) que pour le pas faire souffrir la bête il « l’ensuquait » avec un verre de rhum…

Etat d’esprit sympa au demeurant. Je pense qu’il faut respecter tout être vivant fut-il un poisson que l’on va manger. Je garde toujours en mémoire cette lecture sur les aborigènes (« message des hommes vrais au monde mutant » Marlo Morgan, collection : J’ai lu) où lorsqu’ils tuaient un quelconque animal (serpent ou autre bestiole du bush) ils le remerciaient d’être passé par là pour leur permettre de se nourrir et ensuite ils s’excusaient de l’avoir tuer pour la même raison de nécessité alimentaire.

Vous m’excuserez mais je trouve cela très beau.

 

Donc fort de cette pensée je me trouve devant mon animal qui doit absolument remplacer le Vivagel pour un ou deux repas.

 

Et là, mon atavisme de sauvage, excité de la calebasse, pas fini du cigare, fou d’être bredouille depuis 6 mois, peureux comme un gueux de perdre ma bouftance encore une fois et pour assurer le coup je crie à ma Do : « vite LE couteau ».

Le couteau spécialement acquis à cet effet arriva.

Et sans prière et sans grâce je lui perçai la nuque dans un gros lâché de sang.

De peur de le perdre encore, je crois que je lui ai vidé les entrailles alors qu’il n’était pas encore occis.

Comble de cette affaire de poisson, cette première bête excellente du reste, arrive dans notre assiette ici à SAFI, 1er port de pêche du Maroc ; et je serai demain matin à l’aube à la criée avec un ami marocain pour acheter, à bas prix, à s’en péter la panse ; soles, thons, saint-pierre et autre dorades… C’est l’aventure.


Mais SAFI c’est une autre histoire peut être dans le numéro 4.

Ma Do ne s’est pas encore mise au journal.
En attendant je dois vous envoyer mes bulletins 2 et 3 depuis un cyber café et ça c’est une autre grande première et ce n’est pas gagné (cela fait 3 fois que j’échoue).

 

D.P

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 18:54

 

Mercredi 29 octobre 2008 :

  Aujourd’hui est un jour très attendu : FEDEX livre notre commande de pièces multiples d’accastillage.
   Nous allons pouvoir repartir et donner du Sud !

   Et bien NON. 

   La commande est incomplète ou plus exactement pas conforme à notre attente. Pourtant Jean-Michel RUSSO, notre concepteur et réalisateur du gréement (qui je vous le rappelle est un prototype puisque c’est un mât bipode : traduisez un grand A posé sur la largeur du bateau qui fait 7 mètres de large) nous suit consciencieusement depuis la conception, la réalisation et l’amélioration de ce gréement.

    En fait c’est ma Do qui ne suit plus…en terme de dépenses ! Il est vrai que ce choix de gréement il nous arrive de le regretter, mais comme il est vain d’avoir ce genre de sentiment gratuit, nous en resterons optimistes quoiqu’il advienne.

   Je disais donc que l’enveloppe du départ était déjà très salée aujourd’hui à force de remplacer ce qui ne tient pas, ce qui ne fonctionne pas et ce qui doit être visiblement amélioré nous dépassons largement 20 % du prix initial.     

   Sachant que nous avions déjà fait une concession énorme dans nos moyens en acceptant le devis initial qui était global et forfaitaire, cette rallonge nous saigne aux quatre veines et nous sape le moral.

   Au moment où j’écris ces lignes nous sommes toujours à AGUADULCE (vous savez, où nous avions réalisé le carénage de notre «  fer à repasser ») et nous n’avons pas encore repris la mer. Donc nous n’avons aucune idée sur le nouveau comportement du bateau sous voile.

Comme je le disais précédemment, avec notre Araka Nui nous avions 3 handicaps :

  • Une carène remplie de berniques.

  • le surpoids du bateau ;

  • Une surface de voilure 50% inférieure à la normale ;

  Dans le premier cas, tous les espoirs sont permis, puisqu'à présent la coque est lisse comme une peau de pêche.


  Dans le deuxième cas, nous avons pris des mesures drastiques : non seulement en faisant le vide de tout ce qui n’était pas utilisable immédiatement, mais jusqu’à revoir notre manière de vivre à bord en particulier le plein de nos réservoirs d’eau douce et la manière de les utiliser…(en se lavant économique = dans un ½ lavabo ; en se lavant les dents = dans une ½ timbale ; en faisant la vaisselle = à l’eau de mer en ne rinçant à l’eau douce que les verres etc…). Ne riez pas cette pénurie pourrait vous arriver un jour… Seuls les normands (bien arrosés) ont encore plusieurs décennies avant que le vent tourne pour eux !


  En attendant nous avons gagné presque 8 centimètres à la ligne de flottaison…et le bateau « est bien dans ses lignes » maintenant.

   Ceci revient à plus d’une tonne de charges. Ca en fait des « merdes » à débarquer !

   Non, je ne peux pas dire des m… parce que je l’ai ai toutes données à mon meilleur ami, Philippe…


  Dans le troisième cas, nous avons placé un « bout dehors » supplémentaire de 3 mètres de long (ce qui donne en plus une belle ligne à notre cata un peu trop carré) pour diminuer le côté trop « ardent » du bateau (càd forte tendance à remonter au vent, donc compensé par les safrans qui de ce fait faisaient freins hydrodynamiques – ce qui en rajoutait une couche aux 3 handicaps de notre « fer à repasser », vous m’avez bien suivi). Nous avons encore la possibilité de commander un « reacher » ( petit génois) mais qui ferai 30 % de plus de surface de voile que notre génaker en place mais surtout qui supporterait des vents de 30 à 35 noeuds puisque taillé dans un tissus plus fort. Pour l’instant ce gros investissement supplémentaire n’est pas imaginable et puis j’attends de mieux connaître le comportement du bateau. C’est donc le dernier facteur sur lequel nous pourrons jouer plus tard, si nous voulons gagner un peu de vitesse et donc de sécurité.
 

Jeudi 30 octobre 2008 : 

   Nous avons louer une voiture pour la journée, principalement pour aller chercher notre génaker réparé à ALMERIMAR et mettre à profit le mauvais temps pour remonter toutes nos voiles et autres pièces nouvelles afin d’être fins prêts lorsque la bise (d’Est) sera venue.

   Puis, nous avons profité de ce moyen de locomotion pour emmener Teiva dans le désert de la Sierra Nevada, dans le Nord d’ALMERIA, dans un site mythique où tous les grands westerns spaghettis de nos jeunes années avaient été tournés. Je laisse le soin à ma Do de vous conter cette belle journée. Je me contenterai d’insérer mes photos au texte.

D.P

 

FORT BRAVO – ALMERIA :

" Nous attendons les indiens assis sur nos sacs de blé dans Fort Bravo ".


   La reconstitution est parfaite, il ne manque plus que des figurants plus authentiques que nous.

   Teiva se fait son petit cinéma, se prenant tour à tour pour un indien ou un cow-boy.

 

"Le dromadaire est plutôt flegmatique mais je ne préfère pas le caresser.  Au loin, le camp des indiens."

 



"Teiva préfère être dans les bras de sa maman que de jouer dans les rues".


    Il est trop petit pour admirer les qualités de la reconstitution.
C’est vraiment très bien fait.


"Notre cow-boys a peur des vrais cow-boys qui se tirent dessus devant le saloon, pourtant c’était l’occasion, pour lui, d’en faire autant ..."


L’ AQUARIUM d’ AGUADULCE :
 

"Maman je veux le pêcher ..."

   C’est un très bel aquarium avec une dizaine de grands bassins, chacun correspondant à un milieu spécifique : fleuve Amazone, récif corallien, grand fond avec des requins qui passent au dessus de nous, herbier de posidonies, rochers où se cachent les murènes.

   L’eau est si claire que l’on se croirait nageant au milieu des poissons.


"Danse nuptiale d'hypocampes"

   Nous faisons trois fois le tour des différents bassins afin d’en prendre plein les yeux, nous sommes les seuls touristes en ce mois d’octobre.
   Nous rentrerons sous la pluie avec nos vélos…



LA PLAGE – LE PORT D’AGUADULCE :

 


"Tous les jours, nous allons sur la plage pour que notre petit mousse puisse se défouler".
 

"Teiva est très habile pour monter en haut du filet. Il nous épate".


 


"Sur le port, je donne à manger aux mulets et aux pigeons, ce qui semble permis par les autorités portuaires alors que je me suis fait tirer l’oreille quand j'ai apporté de la nourriture à une dizaine de petits chats."

D.S.

   (ndlr : notez exceptionnellement la signature de ma Do sur cet article!!) 

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 10:21

 

Vendredi 24 octobre 2008 :

 

Aujourd’hui est un grand jour :

  • Voilà un peu plus d’1 mois que nous avons quitté définitivement Toulon ;

  • Notre voiture Picasso serait vendue ;

  • Le carénage de notre beau bateau est achevé.

 

     Au fil des jours Dominique (ma compagne) remplissait assidûment notre petit « journal de bord » sur un cahier et à la demande de sa famille.
Chose louable.

     Au fil des jours je me tapais par BLU ou internet les commentaires moult et moult fois répétés à la famille et aux amis.

     Par contre, au fil des jours les commentaires sur notre vie à bord affluaient (sur le cahier de Dominique) mais ne profitaient à personne.


" Les Do's :  ELLE : Dominique SAVAGNER;
                       LUI : Dominique PRACHERSTORFER" 


     J’étais moi-même contre le principe de tenir un site web relatant de notre périple. Force est de constater que nous sommes bien dedans et tout ceux qui désirent obtenir de nos nouvelles restent sur leurs faims, alors que nous écrivons consciencieusement nos aventures – sur un cahier qui ne sera jamais lu, ou qui sera tellement important quand il arrivera dans les mains d’une personne qu’il lui faudra 6 mois pour assimiler toutes nos aventures. Conclusion ce n’est pas la bonne solution. La solution est :

« LE PETIT ARAKA NUI »

 

     Il se voudra simple au départ et peut être qu’au fil du temps il se perfectionnera avec des photos et autres trucs vidéos. Nous enverrons par e-mail, aux escales, les derniers textes à tous ceux qui désirent nous suivre.

     Ca commence bien. Il est 21H30 et Dominique me dit depuis son lit qu’elle ne peut pas dormir…(à cause de la frappe sur le clavier). Bon garçon je stoppe l’ordi, vai me coucher et commenterai mes derniers jours de carénage … demain. Inch’allah.

 

 Samedi 25 octobre 2008 :

Rétroactivement à cette date je tiens à relater 3 faits les plus marquants qui auront retenu mon attention.

 

1 - Notre premier poisson pêché à la traîne :

Depuis 6 mois que nous parcourons la Côte d’Azur dans un sens puis dans l’autre, jamais nous n’avions omis de placer nos cannes de traîne et jamais nous n’avions pris de poisson…

Enfin nous longeons les côtes espagnoles et oh, grand bonheur, la canne se plie !

Après un gros effort pour remonter la prise ENORME, il s’avère que c’est …

un gros sac plastique noir !

Nous ne l’avons pas mangé !

Quelques jours plus tard, la canne se re-plie !

Nouvelle opération de moulinage musclé (pour ne pas « casser la moyenne – déjà très faible – on ne ralenti pas l’allure).

Vu de loin la prise est ENORME, il semble que c’est encore un sac plastique. Vu de loin on distingue même la forme… comme si nous avions hameçonné un sac plastique solide par une des poignées et la poche se gonflant comme un Canadair qui écope…

 

Dans ces cas là, il n’y a rien d’autre à faire que de mouliner fort. A chaque tour de moulinet «  la prise » approche et les diagnostics vont bon train. Tout y passe.

On a de l’imagination quand on navigue.

Quand la prise commence à s’approcher de la jupe arrière, là c’est l’unanimité des diagnostics : c’est un POISSON bizarre, mais un poisson bien vivant.

Vite fait harponné avec notre bâton de ski bricolé pour cette tâche, et hop voilà la bête dans la jupe (spécialement dessinée par moi-même pour se genre d’activité entre autre).

A première vue c’est un type de poisson indéterminé, en tous cas pas de ceux que tous les voileux pêchent en Méditerranée classiquement, ni vus dans les bouquins.

Déjà, il faut que je vous décrive « la gueule de la bavure ». En effet, il y a bien une poche (en l’occurrence le ventre) qui a bien fait l’écopage façon Canadair et qui se trouve pleine d’eau à craquer, environ 15 litres.

Le ventre est couvert de picots.

La tête est très anguleuse, presque carrée et il a 2 gros yeux globuleux, l’animal.

Moi qui ai bourlingué en plongée dans les mers chaudes je diagnostique : un tétrodon !

Oui on appelle ça aussi un poisson coffre qui se gonfle pour se protéger… qu’on dit.

Mais un tel poisson nonchalant qui vit dans les rochers ça ne mort pas à un rapala (leurre pour le thon) en pleine mer par 500 mètres de fond et à une vitesse de 6 nœuds !

Ou bien ce n’est pas un tétrodon, mais c’est un tétrodon malade ou mal dégonflé

ou bien…

Ou bien un « Uru », ce poisson de la famille des tétrodons dont les japonais raffolent mais qui doit être vidé par un spécialiste (il y en a très peu dans le monde) sinon il est mortel.

Mortel tu as dit ?

Alors poubelle, dit avec détermination notre Do, avec son sens aigu de bonne conservation et responsable de l’état de l’équipage.

 

Ainsi, nous sommes donc quasi toujours bredouille, si ce n’est que le poisson actuellement consommé à bord c’est du poisson carré, sans tête, Vivagel je crois.

Teiva aime bien, c’est déjà çà.

L’histoire n’est pas finie.

Nous arrivons à la marina de DENIA le 2 octobre.

La première marina depuis la mise à l’eau d’ARAKA NUI.

Nous racontons notre histoire d’« Uru », à l’apéro, à un voisin espagnol, occupant d’un magnifique yacht (du style de ceux qu’on voit cul à quai à St Tropez devant Sénéquier avec le bouquet de fleurs à 200€ sur la table plage arrière,- lui aussi avait son bouquet…). Il s’appelle Carlos, originaire de Palma, il est venu me donner main forte sur le quai quand il m’a vu batailler sur une roue crevée du vélo de ma Do.

 

Bref Carlos ne nous aide pas plus sur la description de notre « Uru » et nous dit simplement : en Méditerranée tous les poissons sont comestibles…

Réflexion faite, ce qu’il nous dit est juste.

Merde ! Trop tard notre « Uru » est au fond (après avoir quand même passé 2 jours au frigo – juste le temps que le capitaine exécute les ordres de son second !).

Mais Carlos qui nous avait pris en sympathie, va sur son gros yacht, ramène 2 superbes rapalas sifflants spéciaux pour le gros thon (que je connais très bien puisque j’ai du les rayer de ma liste d’achat, ma Do trouvait ça trop cher). Bien sûr j’ai fait la mine qu’il fallait, gros yeux d’étonnement et tout le bzi-bzit. Après tous les remerciements d’usage je lui promets que nous aurons une pensée pour lui lors de notre premier thon.

J’en profite pour glisser dans cette histoire vraie juste un petit mot d’excuse pour ma belle mère, car je sais qu’elle aime quand je fais court et vais droit au but.

Je poursuis donc. Ma première expérience de marina m’a été donnée ce jour. D’abord ce type qui me regardait, depuis son beau yacht à moteur et à fleurs ; même pas je lui ai adressé un regard et à peine un salut. Le voileux bête et méchant, quoi.

Il s’est avéré que c’était un homme très intéressant hormis le magnifique cadeau qu’il nous avait fait. Comme l’histoire continue (c’est toujours la même histoire, Paulette, on s’accroche jusqu’au bout) vous comprendrez pourquoi plus loin, je regrette de ne pas lui avoir demandé son e-mail pour le remercier dès la première prise.

Et bien nous y voilà à la phrase que vous attendiez depuis le titre, Paulette.

Une demi heure après notre départ de DENIA un des rapala « Carlos » prend un poisson.

Ca tire dur, mais ça vient.

Très vite je devine les reflets bleus, jaunes et verts d’une … daurade coryphène.
Tout l’équipage arrive à la rescousse avec caméra, harpon.

La belle dorade de bonne taille est là à 2 mètres de la jupe. Juste la distance pour que le diagnostic de l’équipage soit unanime. Même Teiva confirme : c’est bien le poisson qu’on lui montre tous les jours dans « Copains des mer ». (Bourrage de crâne, ils disent).

Je me dois de préciser que la dorade coryphène (maï-maï, en tahitien) rare en Méditerranée est le plus recherchée des poissons au niveau de sa chair mais en plus il est très beau en couleur.

Et hop, un coup de queue et notre maï-maï s’en retourne après s’être décroché; lui non plus ne finira pas à l’ordinaire de l’équipage qui doit se contenter de sardines du marché (c’est le poisson le moins cher me dit ma Do !)

Merci Carlos, nous ne désespérons pas. Mais nous sommes toujours bredouilles.

 

2 - Notre voile génaker qui s’ouvre, au port, et se déchire dans des rafales de 50 nœuds : 

Sur les conseils de Carlos d’ailleurs nous approchons la marina d’ALMERIMAR dans l’ouest d’ALMERIA.

Il faut dire qu’en quittant DENIA (10 minutes avant la prise de notre daurade coryphène) notre poulie de génaker s’est ouverte et pliée (une goupille rapide mal enclenchée) ce qui a nécessité le remplacement complet de l’emmagasineur. (1300 € après 30% de remise). Pièce envoyée directement par FACNOR en FEDEX à ALMERIMAR.

D’où notre seconde marina « forcée » d’ALMERIMAR.

Je précise que notre programme de voyage c’est : mouillages et pas de marinas !

Il faut dire qu’avec notre beau cata de 7 mètres de large ils nous voient venir. En général c’est entre 20 et 45 € par jour. Je vous donne le prix juste pour que vous compreniez bien

- vous qui nous connaissez- pourquoi nous ne voulons pas faire de marinas…

Bref, nous voilà dans notre seconde marina. On commence à devenir bon ; accostage amiral de notre Do etc... (Il faut que je vous dise, sur ARAKA NUI c’est Do qui manœuvre à la barre et moi qui passe les aussières ou assure les mouillages. Ca mérite d’être précisé, car dans le genre marins machos, nous constatons que c’est souvent l’inverse chez les autres. Bref chez nous c’est comme ça, parce que les mouillages c’est quand même costauds et ma petite Do je préfère qu’elle garde ses mains intactes pour … faire la vaisselle. (Quoi qu’on dise, les mecs, on a tous un petit côté macho qui sommeille).

Ah pardon, Paulette j’en reviens au sujet.

Nous arrivons donc à ALMERIMAR le 9 octobre.

Le bateau est accosté au quai d’accueil. Puis après les formalités d’usage à la Capitainerie on nous dirige vers notre place où des équipes de quai nous attendent.

Petit breefing du capitaine à son second (qui s’inquiétait quelques peu du fait d’un vent de travers qui soufflait à 30 nœuds). Elle avait bien remarqué ce vent ma Do, puisque nous venions de faire CARBONERA – ALMERIMAR toutes voiles dehors et aux moteurs à 1800 tours pour passer juste devant cette dépression qui se creusait ; mais surtout arriver avant la tempête. De ce côté mes choix ont été très bons - mais osés –

En fait notre système météo que nous captons avec notre installation sophistiquée de BLU est d’une excellente fiabilité. Le gros coup de vent à 35 - 40 nœuds était bien prévu en fin de journée. Déjà la veille nous avions eu l’autorisation de mouiller dans le petit port de pêche de CARBONERA. Deux autres voiliers sont arrivés dans la nuit pour se mettre à l’abri.

Au petit matin je vois que le vent n’a pas encore tourné comme prévu (notre prévision météo est très fiable mais il arrive qu’un petit décalage s’instaure par rapport à la réalité du lieu). A 6H00, ma Do préférée dort. Je lui chuchote : on appareille dans 10 minutes.

Et 10 minutes plus tard le mouillage était levé et full speed vers le fameux CABO DE GATA avec ses courants très forts.
Elle est opérationnelle ma Do !

Je disais le choix était osé ; mais bien calculé quand même. Mis à part que mon équipage n’était pas « en forme » et que je me suis tapé 6 heures de veille dehors sous les grains et le vent. Notre ARAKA NUI avec toutes voiles dehors, les 2 moteurs, 30 nœuds de vent dans le cul et la houle courte qui nous faisait faire des surfs à …

péniblement 8 nœuds ! (Pour les non – marin : 1 nœud = 1852 mètres à l’heure).

Je savais que mon bateau était depuis quelques temps un « fer à repasser » mais là ça dépassait l’entendement. Nous y reviendrons en détail, Paulette, dans mon 3ème couplet.

Nous arrivons donc à ALMERIMAR…

Et tout ce qui précède simplement pour dire ceci : lorsqu’ après cette traversée à brides rabattues, nous nous sommes réfugiés et enfermés dans notre petit home douillé, pris une bonne douche chaude et longue, longue - merci marina – un bon dîner et dodo. Et toi génaker qu’il faut rentrer tous les soirs tu attendras demain, il fera jour.

Au petit jour effectivement, ma Do préférée qui a un grand panneau de pont au dessus de sa tête avec vue directe sur notre gréement me dit : « il y a le génaker qui s’ouvre un peu sur le haut ». « T’en fais pas ma Do on le rentrera tout à l’heure ».

« Tout à l’heure » tu as dit Prachou ?

Cinq minutes n’étaient pas passées que déjà ce n’était plus la surface d’une enveloppe qui baillait au vent de notre génaker, mais 4 pages !

Là les méninges du capitaine se sont mises en route.

Il était temps de sortir de la léthargie matinale.

Fissa en slip sur le pont, pour tenter de limiter la casse.

Le temps de sortir et d’arriver plage avant toute la partie supérieure de la voile était déjà déroulée laissant le vent se prendre dedans avec d’autant plus de force.

Spécialement pour Paulette je ne passerai pas en détail toutes mes vaines tentatives que je réserverai aux pros qui en feront la demande écrite.

Le vent souffle en rafales à 54 nœuds (exceptionnellement je traduis : 100 Km/h).

La capitainerie a enregistré du 150 Km/h dans une rafale.

Notre système d’étarquage spécial de la drisse m’interdit son largage - trop de forces – je pense plutôt à larguer la poulie de l’emmagasineur en maintenant un bout de rappel dessus. Entre temps 3 hommes de la marina sont à bord près de moi. Un voileux voisin arrive aussi. Il essai de reprendre à la main du mou dans une des écoutes. Nous lui hurlons dans la tempête de tout lâcher. Au même moment les 80 m² de la voile lui arrachent des mains l’écoute dont il venait juste de relâcher la prise (sinon il en aurait perdu un peu de peau et de chair dans le creux de la main !). Bref dans cette apocalypse de claquements de voile en nylon et de vagues (oui, nous sommes bien dans le port) les méninges ne fonctionnent pas aussi bien.

Conclusions : l’emmagasineur que j’avais largué est venu lacérer la voile en 2 temps trois mouvements, les écoutes que j’avais joliment amarrées aux balcons avant, m’ont arraché un balcon inox (600 € chez l’artisan du port). Et pour clôturer le tout quand j’ai vu ma voile en lambeaux, ma Do préféré m’a passé le meilleur couteau du bord et j’ai sectionné cette drisse spéciale que je ne voulais pas perdre. Ce qui a envoyé toute la voile dans l’eau et la suite n’était plus un problème, si ce n’est la facture de notre négligence !

10 jours auront passés dans cette marina sans s’en rendre compte.

 

Notre voilier préféré et concepteur du gréement complet, Jean Michel RUSSO de la Seyne sur Mer, s’est mis dans le coup pour nous préparer une commande à envoyer par FEDEX : drisses et autres accessoires. Il nous a donné les conseils de réparation, suivant nos photos, pour argumenter avec le voilier local etc…

Un souci me préoccupait sans cesse : la présence de coquillages sur les coques de notre beau cata « fer à repasser ». En effet, depuis la Corse je n’arrivais plus à faire face à la poussée des coquillages et autres saloperies sur nos œuvres vives.

Ca sera le 3ème couplet.

 

3 – Le carénage de notre « fer à repasser » : 

 

Depuis ALMERIMAR où nous faisons réparer les casses, nous nous attelons à trouver une autre marina qui puisse sortir notre cata de l’eau. En effet, à Almerimar ils nous ont pris pour des américains : dans la mesure où leur travel-lift n’était pas assez large (manquait 40 petits centimètres) ils nous proposaient de sortir notre bateau avec une grue qui venait de perpette pour 2000 €. Plus les travaux de nettoyage et peinture qu’ils ne me permettaient pas de faire moi-même et les pots d’anti-fouling ma Do est tombée en transe au vu de la note finale.

Toutes les casses successives, le carénage nécessaire, la CSG à payer, la Picasso qui ne se vendait pas et la carence de locataires dans le petit appt de Do s’en était plus qu’il n’en fallait pour lui mettre le moral au plancher des vaches, à ma Normande préférée !

Après 24 H 00 de chao intellectuel (j’étais moi-même incapable d’y voir clair et tenter l’ébauche d’une décision) nous reprenons le taureau par la queue et nous louons une petite voiture pour faire la tournée des ports alentours et constater de visu les possibilités. Nous avions bien essayé au téléphone mais pas de résultats fiables par rapport à notre cas particulier.

Le téléphone ; nous avons acheter une carte sim « Orange » espagnole et zip dans le portable de Dominique, royal, ça fonctionne et c’est pas cher…Nous avons même les Canaries pour le même tarif national. Notre n° est : (00 34) 65 14 94 094.

Finalement après plusieurs visites, c’est AGUADULCE qui peut nous mettre au sec avec son travel-lift. Donc tarifs tout à fait acceptables (moins de 500 € pour sortie et remise à l’eau). Autre détail important ils passent la coque au Karcher en sortie de l’eau et après c’est nous. Petit bémol quand même, nous mesurons la largeur dispo entre les 2 quais : ça passe à 10 cm près. C'est-à-dire qu’il y aura 5 petits centimètres de chaque côté. Pas la place pour mettre des pare battages pour protéger le ragage de la coque contre le béton du quai.

Dès que nous récupérons notre balcon inox (après 10 jours à ALMERIMAR) refait de neuf et découvert le prix équivalent de l’or en barre (depuis cette bavure où je n’avais même pas demandé de devis nous avons convenu avec ma proprio que dorénavant ce sera elle, et elle seule, qui définira dans son meilleur anglais les achats, les commandes etc… moi je suis trop nul, trop brave et indécrottable. (Normal j’ne suis pas Normand!)

Donc nous quittons ventre à terre ALMERIMAR vers AGUADULCE. Je vous précise que là nous remontons vers le Nord, bref nous faisons marche arrière. Des fois on est en droit de douter si on va bien la passer cette foutue porte de la Méditerranée.

Juste une petite digression nécessaire (la première…).

La Méditerranée on ne veut plus la voir. Le temps y est imprévisible, la mer se forme grave en un quart d’heure, les vagues lèvent vite et sont courtes, les côtes sont bétonnées pour des clapiers à touristes, les marinas sont montées tous les 20 Kms suivant le schéma du service à l’américaine pour des voileux à l’esprit dans le même métal et j’en passe, bref tout ce que nous n’aimons pas et qu’à force on voudrait fuir.

Nous recherchons exactement l’inverse. Et confidence (en scoop) je me demande si les Canaries ne vont pas nous faire le même effet…

Je n’en dirai pas plus aujourd’hui sur ce sujet top secret.

Nous arrivons donc à AGUADULCE…

Pas de pot. Depuis 7 jours que le vent était d’ouest, juste ce qu’il fallait pour nous pousser vers notre nouvelle marina 20 miles plus nord et aujourd’hui Dimanche, il s’est mis d’Est le coquin. Bref dans le nez. Et d’Est fort - à 25 nœuds. Juste ce qu’il faut pour faire « broméger » ma Do dans son évier favori. Teiva n’est pas allé jusque là, mais c’était au bord des lèvres.

Bien sûr, 25 nœuds dans le nez avec notre beau « fer à repasser » c’est au moteur que ça se fait messieurs dames.

D’après mon équipage préféré ce sont les moteurs qui les rendent « patrak ».

En fait, depuis Toulon à chaque fois qu’il y a trop de vent (et que ça remue) ou qu’il est dans une direction qui ne convient pas à notre  « fer à repasser » (et que ça remue aussi) c’est les moteurs qui tournent.

Vous avez compris mon équipage est simplement malade… quand ça remue.

Donc je disais « ça bromège » dur pendant la remontée nez au vent vers AGUADULCE.

D’ailleurs le nouveau « Mercalm espagnol » n’a pas donné l’effet prescrit, puisqu’il est parti en fusée aussi avec le « bromège ».

N’empêche heureusement dans notre fine équipe le capitaine tient le choc, sinon on repart dans nos vignes… non plutôt ailleurs.

Ceci étant dit, ma Do et mon artiste sont assez vite malades et l’amarinage ne c’est pas encore fait sentir. Inch Allah, ça viendra.

 

Nous arrivons donc à AGUADULCE…

J’essai de faire court pour Paulette.

Mardi matin nous passerons les premiers au travel-lift.

J’ai préparé 2 petites planchettes de contre-plaqué de 15 mm pendues au maître-bau (l’endroit le plus large du bateau).

Ma Do fait une manœuvre en marche arrière pour rentrer le cul du bateau entre 2 quais larges de 10 petits centimètres de plus que nos coques. Les machos espagnols en sont bouche bée sur le quai et pourtant il y a du monde pour l’évènement de l’année.

Une fois prisonnier entre les 2 quais avec mes petites planchettes intercalées je sais que c’est gagné.

Et puis ça palabre, ça palabre entre eux.

Les chefs donnent des ordres aux sous chefs ; les grutiers donnent des conseils aux marins ; les chefs écoutent mais font comme ils ont dit ; les marins font et défont les manilles puis les grosses sangles.

 

Finalement j’ai bien traduit leurs palabres et préoccupations : les sangles vont inévitablement se crocher dans les safrans ou les dérives. Et oui, une sangle ça pend au fond par son poids, mais ça ne se met pas à l’équerre des quais tout seul.

Les palabres se poursuivant j’ai finalement prévenu que j’étais « bucéo » (plongeur, pour ceux qui ne maîtrisent pas l’espagnol) .

En quelques secondes ma Do qui suivait tout ça de près me sort mon maillot et mon gilet. Je capelle tout ça presque en avançant vers la jupe arrière. Le chef me fait signe, s’interrogeant si j’ai quand même un masque et palmes. Que je prends au passage puisque entreposés dans une des marches de la jupe… et plouf.

Une poussette sur les sangles, je les positionne à ma convenance et en 2 demies apnées l’affaire est réglée.

Ma coquine de Do me dira le soir même : « t’as vu l’eau comme elle était sale, de gas-oil et autre ? Moi je n’y serais pas allée ! »

Et oui, c’est ça les plongeurs démineurs, lui répondis-je ! Le sens du devoir...



"Publicité gratuite pour des marineros charmants".

Bref notre belle plate forme de 90 m² s’élève de l’eau, roule vers la zone de nettoyage, montre ses beaux berniques à la population avant un décrottage efficace au racloir inox et au Karcher.

Cette étreinte qui me tenaillait l’estomac depuis notre départ commence à s’estomper. En effet, plus nous avancions et plus je me rendais compte de l’évidence : le bateau est en surpoids, il est sous voilé à 50% et il a des coques sales comme un vieux chaland abandonné. Tout ça c’est des mots pour vous qui me lisez, mais pour moi c’était la sécurité de l’équipage qui était en jeu.

Un voilier qui se traîne même avec les moteurs puissants à fond, ça ne peut pas faire !

Du coup j’ai gratté, poncé, peint pendant 4 jours non-stop sans m’en rendre compte et sans la moindre douleur. Ah non, je mens, je carburais au Voltarène 75 tous les jours.

J’ai bouffé de la poudre bleue d’anti-fouling les 2 premiers jours comme un esclave et sans broncher. J’avais les "boosters à donf". Bref j’étais sur un nuage de bonheur. Enfin nous tenions le bon bout. Ma Do a été héroïque. Malgré son Teiva qui ne lui lâche pas les basquets, la bouffe et la vaisselle elle a donné du rouleau plus qu’il n’en fallait sans rien dire.

Bilan : un ponçage complet de l’ancien anti-fouling érodable, 2 couches de primer, 4 couches d’anti-fouling dur et une belle robe lisse bleu clair.

A la mise à l’eau, après nos remerciements chaleureux, un bon vent de travers attendait ma Do. Un homme me dit dans un très bon français : « attention, ils disent qu’en quittant les quais le bateau va se mettre en travers ».

Traduisez : "il va aller se mettre en vrac dans les barcasses en face" !

Et je réponds royal : « j’ai une pro à la barre ! »

Effectivement ma Do a sorti son bateau droit comme un « I ».

En avançant dans cette haie de bateaux sur nos 2 côtés je dis à ma Do : « tu vas trop vite, une manœuvre réussie, c’est une manœuvre au ralenti ».

Elle me répond : «  je suis au minimum, c’est lui qui glisse tout seul ».

Je crois qu’on a gagné notre pari !! J’en ai les larmes aux yeux.

Voilà la fin de cette histoire. Nous allons vous envoyer ce petit baratin qui a un but : vous montrer ce qu’est notre quotidien…

Mais ne croyez pas que ce n’est que des galères. Non, je n’en rajoute pas. Seulement je n’ai tout simplement pas parlé des très bons moments, juste pour ne pas faire trop long et ne pas embêter Paulette pour ce 1er essai !

Cette fois-ci, c’est donc moi qui signe ce 1er volume, il est 2H00 du matin, mais faites confiance à ma Do quand elle va s’y mettre vous aurez droit à tous les faits et gestes de son fils. Et là attention Paulette, il y en a des tartines à dire !

Juste un mot sur Teiva pour les impatients.

Il est de bonne composition et s’adapte à tout. Mais il faut dire que nous sommes à l’écoute et nous savons quand il faut faire un break  et lui consacrer un moment. Par exemple, pendant le carénage il a découvert des portées de petits chatons qui nichaient dans les rochers de la digue. Alors c’était : « on va voir les petits chats », « on va pêcher un gros mulet dans le port pour donner à manger aux chats », comme on s’est fait rabrouer par les gardes –c’est interdit de pêcher dans le port – alors Do fait des ratas de semoule pour ces pauvres chats maigrelets. Dès le 3ème jour ils nous avaient repérés dans le chantier, ils sont venus voir Teiva pour réclamer !!

Nous allons aussi à la plage qui jouxte la marina en ville, nous nous installons dans un café branché et lâchons notre fauve vers les jeux pour enfant. Il monte comme Casimodo dans cet arbre de Noël en cordages haut de 5 à 6 mètres et 15 mètres de diamètre avec une aise déconcertante. Même les plus grands que lui sont moins à l’aise.

Et lui il se la joue à la grande classe : il se le fait pieds nus sur les cordages, il se la joue à la tahitienne. D’ailleurs il est toujours à poil et pieds nus. Pendant le chantier, il s’est sauvé pour faire un tour du bateau en courant à poil, en se fendant la poire !

Au train où vont les évènements, normalement nous aurons des choses à vous dire dans le prochain volume…

Pour ceux qui ne veulent plus recevoir notre journal, tapez sur l’adresse en bas de page et notre méga ordinateur vous rayera de la liste des heureux destinataires…

Vous pouvez aussi faire des suggestions, nous sommes ouverts à tout pour vous faire plaisir et vous faire partager notre Aventure grandeur Nature.

Confidence : à priori Do est contre une participation active à notre  « petit Araka Nui », je compte sur votre soutien actif pour l’en dissuader. Elle insiste à poursuivre son cahier… qui ne profitera à personne.

Un grand merci à Philippe qui vient de vendre notre Picasso. Non seulement ça remonte le moral de ma tendre trésorière, mais ça renfloue quand même de façon non négligeable la caisse de bord qui était devenue légère, légère !!

 


D.P
 

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Présentation

  • : Araka Nui autour du monde
  • Araka Nui autour du monde
  • : Le voyage initiatique de Teiva sur le catamaran ARAKA NUI parti en 2008 pour un tour du monde. Arrivé en Casamance en septembre 2009, il en repart 2 ans plus tard, mais cette fois sans son papa... C'est l'occasion pour ce dernier de collecter des sujets d'informations aussi divers que variés sur la spiritualité, la géopolitique, l'environnement et les sciences en vue d'étudier ces sujets le moment venu avec Teiva et de débuter son initiation vers un nouveau paradigme.
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